Oh Sees - Smote reverser C'est assez dingue de se dire qu'on inaugure la première présence sur nos pages d'un groupe aussi incroyablement bon que Oh Sees, connu auparavant sous le nom Thee Oh Sees, OCS ou encore The OhSees, même si on vous en avait touché quelques mots lors de notre reportage à Dour en 2013 pour vanter les mérites scéniques des Américains. Et c'est encore plus inexcusable, car Smote reverser est leur 21ème album en 15 ans !!! Oui, c'est l'une des particularités de cette formation menée par le stakhanoviste John Dwyer qui met KO Mike Patton (je pourrais en citer d'autres) en terme de productivité, allant jusqu'à sortir deux albums par an quand il a un peu plus de disponibilité. Le pire, c'est que c'est rarement décevant et le dernier en date (qui ne le sera peut-être plus quand vous lirez ces lignes) n'échappe pas à la règle. Une bombe psyché et prog-rock qui fera osciller vos membres et travailler vos neurones tant l'intensité musicale est de mise.

On ne s'amusera évidemment pas au jeu des comparaisons, du top album ou je ne sais quelle autre lubie ou débat sur les OCS. L'objectif ici est de vous convaincre d'écouter un "autre" très bon album de la bande de John Dwyer dont la pochette d'un esthétisme exquis annonce que tout ne sera pas saint dans cette galette. Et en effet, les Oh Sees, apôtres d'un garage rock teinté de psych-prog et de kraut, nous font terriblement repenser à une décennie où cette musique étant qualifiée de celle du diable. Entourés de membres experts (dont Thomas Dolas aux claviers), la figure de proue du combo a de quoi batifoler pendant une heure avec sa guitare avec ses sempiternels soli ténébreux ("Anthemic aggressor" est en une belle preuve). Et au delà de compositions majoritairement portées sur le travail des guitares, Smote reverser laisse une place également prépondérante aux claviers (sur l'inaugurale "Sentient oona", le ton est déjà donné), qu'ils soient présents dans les rythmiques ou en lead ("Enrique el cobrador").

La magie de cet album réside dans la force et la qualité de ses titres variés et à l'esprit, qui peuvent être autant directs que quasi expérimentaux, d'un caractère placide puis tendus jusqu'à susciter l'hostilité, ou peuvent laisser s'évader une mélancolie profonde comme ne jamais laisser en transparaître. Le tout, joué bien évidemment avec éclat, se révèle être l'un des sortilèges enchantés de 2018 à posséder absolument dans sa discothèque. Mais à quoi carbure John Dwyer pour ainsi maintenir cette inspiration inaltérable ?