Oceansize - Frames Deux albums long-formats et une poignée d'EP's ont suffi à Oceansize pour s'installer comme l'une des formations phares de la scène post-rock/metal alternative et progressive. Après avoir sorti des disques à un rythme effrené (au moins un par an), le groupe de Manchester à ralenti la cadence pour prendre le temps d'affiner patiemment Frames, son troisième opus. Là où Effloresce fourmillait d'idées, alors que Everyone into position faisait parler la puissance tout en étant un peu plus structuré, Frames synthétise les deux et simplifie le format typiquement (post) rock progressif pour repousser les limites de l'intensité mélodique. Quelques arrangements éléctroniques, une rythmique lancinante et des boucles de guitares qui tournent sans fin, le diptyque "Commemorative t-shirt"/"Unfamiliar" évoque la virtuosité technique des 65daysofstatic, la distorsion éléctrique en moins, la beauté mélodique en plus. Alors que le groupe était jusque là signé chez Beggars Banquet (émanation du cultissime 4AD avec dans ses rangs Biffy Clyro, Tindersticks et les excellents iliKETRAINS), avec un certain succès (relatif certes mais pas négligeable non plus...), le quintet mancunien a fait le choix de reprendre sa liberté, en signant chez le tout jeune label Superball Music.
Conséquence (ou pas) de ce changement contractuel, Oceansize semble plus libéré qu'auparavant, sa musique s'est complètement décomplexée, plus compacte et pop dans son approche mélodique, "Trail of fire" en est le meilleur exemple. Un piano langoureux, un chant délicatement omniprésent et des orchestrations qui dévoilent patiemment leurs apparats avant l'explosion de guitare tant attendue. Une éruption post-rock d'une rare intensité, des harmonies sublimes et une maîtrise absolue de son sujet, Oceansize signe là l'un des meilleurs morceaux de sa discographie, ce qui n'est évidemment pas peu dire. Le cotonneux "Savant" et l'hypnotique "Only twin" succèdent à la merveille qu'est "Trail of fire" : les aspects progressifs de la musique du groupe s'estompent peu à peu, celle-ci gagnant en immédiateté ce qu'elle perd en complexité. Une vague de mystère et d'onirisme puissant vient envelopper "An old friend of the christies", son orgue grandiloquent et son final passionné déversé dans une véritable déferlante de saturation éléctrique. Une puissance de feu que les anglais mettent en exergue sur un "Sleeping dogs and dead lions" sous haute tension permanente, surplomblé d'incessantes ruptures de rythmes et d'instrumentations schizophréniques aux tendances math-rock. Ravageur. Après quelques 55 minutes d'un véritable tsunami sonique aux effluves post-rock et mélodies sublimes, Oceansize referme son troisième disque avec deux morceaux : "The frame", titre post-rock céleste et minimaliste aux crescendo évanescents qui peut évoquer par instants la musique enfantine de Sigur Ros ; puis "Voorhees", ghost track tortueuses aux distorsions profondes qui conclue avec élégance et retenue un album d'une rare richesse, confirmation des qualités précieuses d'un groupe que rien ne semble pouvoir arrêter dans sa quête d'absolu musical.