rock Rock > Nórd (2002)

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"J'ai vu Paris la journée / Respectable / Et sans pudeur / Comme cette fleur / qui poussait / sur un tas de fumier "
Paris, la ville de Nord. De façon quasi-bestiale, la pensée humaine se perd, de tourments amoureux en divagations diverses, elle semble irrécupérable au sein de la capitale. Et ailleurs. Du moins c'est ce qu'il ressort des textes de Nord. Un groupe qui commence son petit bout de chemin avec un premier album intitulé J'écoute en silence sorti en 1999 sur Celluloid/Melodie, une signature indé. Depuis mars 2001 Edel (Sony) a pris les commandes et c'est un nouvel album à prévoir en mars 2002 que nous prépare Nord, actuellement en studio. De 1999 à 2001, le public français a pu les découvrir aux cotés des Cranberries, de Bob Dylan ou de Silmarils.
Nord c'est avant tout un combo rock simple : basse (Julien), guitares/chant (Stéphane), Batterie (Benjamin) et claviers (Cedric) accompagnés de quelques samples, de bons bagages et de nombreux atouts de leur coté, leur prochain opus Le ciel est la limite devrait en combler plus d'un.
En attendant on vous propose de les découvrir à l'aide leur premier album J'ecoute en silence et d'un quatre titres Chapitre_O.

Nórd (2002) / Chronique LP > J'écoute en silence

Nord : J'écoute en silence La marche à suivre ? ECOUTER EN SILENCE. =)
L'album ne devrait pas passer inaperçu pour les amateurs de rock français. Oui du rock français. Ca existe aussi. Et même du très bon. Nord a choisi un style qui évoque tout de suite de grands noms et la comparaison est inévitable, que ce soit au niveau de la scène nationale ou au niveau de leurs influences. Bien heureusement tout ne se résume pas à cela. Oui ils chantent en français, oui c'est du rock, oui les thèmes abordés semblent assez proches mais J'écoute en silence est loin d'être une galette Tostaky si vous voyez ce que je veux dire !

"Et c'est l'heure d'aller souffrir encore (...) Et la nuit je m'endors seul, seul à compter les vagues". "Le jour se lève". Un titre annonciateur ?
Le jour se lève et assassine à ce qu'il semble. Une éternelle amertume nous empare sur ce titre (à l'instar du groupe ?) un malaise croissant que les guitares amplifient, afin de mettre nos plaies à vifs d'un commun accord. Des textes simples, pas de lyrisme pompeux, la voix se clarifie se détend, sinueuse, puis se redresse, d'un seul cri court, et nous entraîne vers une humanité pitoyable -"et je suis là cassé (...) A Paris les routes sont pavées de sang"- où l'on a l'impression de se perdre au milieu de tout et de nulle part, où les instruments sont envahis par quelques samples. "Dans ces rues vides pleines de monde", dans J'écoute en silence la musique se veut un appel à la révolte, fragile, unique, un appel à la jeunesse, une violence familière : "Nous détruirons nous détruirons sans cesse (...) Nous ferons payer aux usuriers qui asphyxient la jeunesse". Un thème très exploité, à la limite du commun qui fonctionne cependant là où d'autres ont pu échouer. Car Nord déploie les artifices pour nous prendre au piège, une trappe musicale où l'on se laisse glisser avec délice. "O sang" donne l'impression de tourner sur soi, où l'on est accompagné par une voix off presque irréelle, soutenue par une compo qui semble aller en s'épurant pour revenir chargée d'angoisse et de douleur. D'une manière générale, Nórd fonctionne sur des intro pointues, à vous en faire frissonner, surtout lorsque les claviers et violons s'en mêlent. Un ton douceâtre se confine dans un creux de votre esprit, et la perte de l'être se fait encore plus ressentir, perte de soi ou de l'autre, ainsi que sur "J'attends" où l'on sait pertinemment que l'amour perdu ne revient jamais. "Alors moi je me souviens du temps où le futur était une promesse" ("O sang"). Noirceur catégorique et fatalisme, Nord se tord les tripes, retourne le sens des mots aussi bien que leur sonorité, soulève un coin de l'écorce à l'aide d'un riff appuyant langoureusement sur vos tympans.

Là où ça fait mal dans le plaisir, lorsque l'on se retient de pleurer, les larmes des violons suintent et vous emmènent dans "Tes nuits" le titre que je préfère sur Chapitre_O [le 4 titres sorti en octobre 2001]. "Je suis tes nuits que tu appelles lorsque la mort se sent l'envie de te faire plaisir".
Une récurrence classique de la mort amoureuse, des thèmes souvent abordés, l'ensemble musical peut être lassant si l'on n'est pas un tant soit peu averti. Mais si Nórd joue avec nos nerfs au gré des samples, va-et-vient interminables aérant les compos, leur son reste classique et posé, seule au milieu, une vague de colère nous laisse la liberté de nous enflammer à notre gré puisque après tout, seul "Le ciel est la limite" non ?

Le ciel est la limite : sortie officielle prévue le 19 mars 2002...