Ni-les insurgés de romilly A la mi-février 2015, Ni lance un petit teaser de trente secondes nous annonçant l'arrivée, après deux EP prometteurs (dont le premier chroniqué sur nos pages), de son premier album répondant au nom de Les insurgés de Romilly. Si vous cherchez l'explication de ce titre, une histoire à base d'étrons et de (c)anal vous est contée à la fin de "Butor". Voici donc un long format qui, au vu de ce que le groupe a démontré précédemment en terme de folie instrumentale, risque de faire mal. Très mal même. Ni une, ni deux, j'enfourne la galette à l'artwork très soigné, un collage surréaliste intitulé "Une nuit sans cauchemar" issu de l'imaginaire loufoque de l'artiste Jacques Déal, complètement raccord avec le math-rock instrumental et excentrique du quatuor. "La musique est de retour" nous annonce t-on en guise d'introduction par le biais d'un petit échantillon de l'héritage de la chanson française... il sera difficile de réchapper à ces quasi trois quart d'heure de musique tortueuse. Vous êtes prévenu.

Présent dans une niche musicale créative qui commence à s'imposer franchement dans notre hexagone (avec Poil, Le Singe Blanc, Ultrazook, Papaye, Kouma pour ne citer qu'eux), Ni assume pleinement son rock foutraque et indomptable dans lequel se répondent guitares et basse avec des soubresauts vocaux (coucou Le Singe Blanc et Poil), le tout arbitré par une batterie survitaminée. Les gars de Bourg-en Bresse conservent indéniablement leur forte identité se situant aux confins d'un jazz-core à la Zu où chaque structure se métamorphose et traverse d'autres terrains artistiques qui peuvent tout aussi bien être celui du métal(-core), du prog voire de la noise rock. A ce titre, l'insaisissable "Cuistre" symbolise assez bien cette description. L'architecture musicale des huit compositions du quatuor est si frappante de technicité et d'originalité qu'elle risque de mettre à mal le cerveau de petits jeunes en mal de sensations auditives (je leur conseille d'écouter "Butor" à ce sujet). De la plus courte à la plus étendue des notes de guitare, du son le plus rond au slap tranchant de la basse, de l'onomatopée au cri le plus féroce, ou que la cadence soit véloce ou somnolente, Les insurgés de Romilly abasourdit et ne peut laisser indifférent. Et ce n'est pas "Torfesor", le dernier morceau labyrinthique du disque dans lequel viennent s'immiscer des chœurs-cris assurés, entre autres, par les 3 membres de Poil et la ravissante Jessica Martin Maresco (ICSIS, Pili Coït, Meï Teï Sho), qui viendra contredire tout ça.

A l'image de formations experi(mentales), telles que les Américains de Yowie que je vous recommande vivement de découvrir, c'est très souvent pour le meilleur ou pour le pire. Car comme toute musique étourdissante, celle de Ni est à double tranchant : soit l'on y trouve son plaisir en se laissant transporter dans ce monde curieux qui peut à terme devenir pour certains pathologiquement addictif, soit au contraire, c'est totalement rédhibitoire. A vous de voir (et d'écouter surtout).