Ni 2015 Ça fait quoi de se retrouver à 4 après avoir vécu l'aventure PinioL à 7 ? Ils ne vous manquent pas trop les PoiL ?
Anton : On est très heureux ! Ça devenait insupportable, en plus leur hygiène est tout de même douteuse. Surtout le nouveau batteur de PinioL Jean Joli.

Je me demandais si cette expérience à 7 a eu une grande influence sur la composition de Pantophobie...
A : Pas vraiment à mon sens. Il est très différent d'écrire pour 2 batteries et deux basses. Les contraintes sont assez différentes même si la patte de chaque groupe y est identifiable effectivement.

Pour nous situer, Pantophobie a-t-il été écrit/composé avant ou après Bran coucou de PinioL ?
A : Certains titres traînaient dans les ordinateurs ou dans les têtes depuis longtemps, certains ont été achevés juste avant le studio. D'autres ont été peaufinés durant l'écriture de PinioL...

Vous avez toutes les phobies évoquées par les titres de votre album ?
A : Et plus encore. Celle des poulets touche en vérité à peu près tout le monde sur cette planète, non ?

Est-ce que vous avez la phobie de la feuille blanche ou plutôt de la partition blanche comme vous êtes majoritairement instrumental ?
A : Une partition s'écrit généralement sur une page de papier blanc.

J'ai l'impression que Ni devient de plus en plus métal dans l'esprit, ça doit être certains gros riffs et les gueulantes. D'accord ou pas ?
A : Cet album est en effet plus lourd, plus sombre et les chants sont plus présents. Ce n'est pas une fatalité concernant la suite du projet, mais le "métal" à toujours fait partie de nos influences.
Nico : Effectivement, le côté plus lourd, et aussi le fait d'avoir des structures un peu plus "directes" qu'avant sur ce disque, ramène peut être un petit côté metal. Mais, ce n'est pas vraiment réfléchi ou voulu, c'est juste le chemin qu'on prend naturellement. Il y a plusieurs nouvelles facettes avec ce disque.

Est-ce que vous avez changé d'équipe pour la production et la réalisation de ce nouvel album ? J'ai l'impression que le spectre sonore a plus de profondeur, c'est moins "cru" qu'avant.
A : Nous avons travaillé pour l'enregistrement avec Hervé Faivre, qui officie entre autre auprès de Igorrr. Une rencontre vraiment cool, un studio super, un travail méticuleux ! Ensuite concernant le mix, c'est notre ami R3my boy qui a notamment travaillé sur l'album de PinioL et qui a de nombreuses prods à son palmarès, par exemple le DVD live de Gojira .
Enfin pour le mastering, c'est comme toujours notre ami Romain Raffini de 2r Audio qui fourni toujours un travail très respectueux du mix et précis. Nous sommes tous d'accord pour dire en tout cas que cette équipe est la bonne !
N : Je pense que ce résultat est un peu un "mix" des prods qu'on avait essayé de faire dans le passé avec notre premier album et les 2 EPs : plus live, plus produit, plus lourd. On a essayé de tout mélanger sur ce disque.

Le clip d'"Heliophobie" est sorti en janvier, plus de 17 000 vues sur YouTube actuellement. C'est énorme pour un groupe relativement peu connu ? Quelle importance donnez-vous aux clips en général ? Il ne me semble pas que vous en aviez fait avant, si ?
A : Nous avons toujours souhaité faire des clips, car nous pensons notre musique se prête particulièrement bien à l'interprétation visuelle ou cinématographique. Et nous sommes toujours enthousiastes à l'idée de collaborer avec des artistes plasticiens pour les pochettes d'album ou vidéastes. En effet c'est la première fois que nous pouvons produire des clips qui arrivent au bon moment et nous pensons d'ailleurs à en faire au moins un de plus pour Pantophobie. Mais nous avions précédemment fait un clip pour le titre "Marquage culotte" sur l'album Ni II qui est une collaboration avec Paul Chabot de Compote film et le peintre Toma L qui sont de bons amis.

Ce n'est pas tout, plus récemment, c'est un clip animé qui a fait l'actu chez Ni, celui d'"Alektorophobie". Dur et Doux a allongé la maille ? Il est assez classe, pouvez-vous m'en dire deux mots ?
A : Ce clip a une très longue histoire, puisqu'à la base, c'était un travail commencé pour un morceau du précèdent Les insurgés de Romilly. C'est une collaboration avec le peintre collagiste Jacques Deal et notre ami Paul Chabot de Compote film. Le montage prenant une éternité et notre budget étant éternellement serré, nous avons progressivement décidé d'en faire un clip pour l'album suivant... et sur un morceau court.

Toujours au rayon image, j'ajouterais que cette pochette est magnifique. C'était déjà le cas avec la précédente d'ailleurs, à qui appartient cette réalisation démoniaque ?
A : Il s'agit là du travail de l'excellent Davor Vrankic qui nous a fait l'honneur de nous donner l'autorisation de construire une pochette en utilisant son travail fascinant.

C'est quoi un album réussi selon Ni ?
A : Un album réussi pour moi, c'est un album que je pourrais ré-écouter avec plaisir et fierté tout au long de ma vie.

Vous vous sentiriez à votre aise dans des gros festivals métal comme le Hellfest ou le Download par exemple ?
A : Bien sûr, ce serait une super expérience pour nous et notre musique sonne encore mieux en plein air quand les gens sont bourrés.
N : Je pense que oui, une partie du public serait apte à recevoir ça. Mais ce n'est pas évident de faire sa place et de se retrouver au bon moment au bon endroit avec les bonnes personnes pour se retrouver programmer sur de fests aussi gros. Le groupe a 10 ans, Anthony, François et moi même nous jouons ensemble depuis plus de 20 ans, et nous avons vu beaucoup de groupes commencer après nous, et se retrouver bien plus haut que nous sur l'affiche maintenant. Pour autant, on continue notre chemin, on avance sans concessions. Le temps payera peut-être. Et puis sinon, on mourra fier de ce qu'on aura accompli, avec certainement un sentiment d'injustice et/ou de jalousie. (rires)

Ni 2018 En regardant un peu dans le rétroviseur, est-ce que vous êtes pleinement satisfait de l'évolution de Ni ? Qu'est-ce qu'il manquerait éventuellement encore à ce groupe pour qu'il soit comme vous l'avez espéré ?
A : Pour moi, Ni représente notre amitié à tous les quatre avant tout. Le projet évolue en même temps que nous vieillissons et nous essayons toujours d'être sincères et pointillistes pour retranscrire au mieux ce que nous ressentons et ce que nous partageons ensemble. C'est un exutoire total, il est hors de question de s'en passer ou de laisser le projet se fatiguer. J'espère que Ni a encore de longues années devant lui pour faire le rock.
N : Personnellement oui, je suis satisfait de ce qu'est devenu Ni aujourd'hui, même si on en veut toujours un peu plus que ce nous avons actuellement... Je suis partagé entre d'un côté le sentiment de vivre de rêves : enregistrer des disques, faire de la tournée avec mon groupe d'ado, gagner un peu d'argent avec, et d'un autre côté un énorme sentiment d'injustice quand je vois tous les sacrifices, le travail réalisé, et qu'en face de nous, nous avons des professionnels de la musique frileux, où avoir des likes, des vues, et être dans les petits papiers est plus important que la musique et la démarche de notre groupe. Je n'ai aucun problème à essayer d'accepter et comprendre le système de l'industrie musicale en France d'aujourd'hui, mais plus le temps passe, plus j'ai l'impression qu'il est incompatible avec notre démarche et notre style de musique malheureusement. Et ce n'est pas faute d'essayer, de contacter, ou de tendre des perches.