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Interviewing Sounds (fév. 2024)

Nous aurions pu nous contenter de vous présenter Neighboring Sounds en parlant de sa ressemblance avec Jimmy Eat World, No Knife et Fireside mais ça aurait été réducteur. Nous voulions en savoir plus sur son album Cold in the smart city, comprendre tout le bleu sur cette ville, en connaître les moindres rues, les moindres recoins, et nous avons donc envoyé nos questions à Arild Eriksen, chanteur et guitariste du groupe qui nous a rapidement répondu. Sortez les cartes et regardez l'échelle, il vous emmène en balade.

J'écoutais récemment l'album de Crash, Young boy I can help you through your exams, sorti en 2001, qui m'a amené à The First Cut et l'album Silence afterwards sorti en 2006. Pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu brièvement nous parler de ces deux précédents projets ?
C'est une série d'évènements naturels qui nous a conduits à lancer Crash à Bergen en 2000. Aaron et moi, nous sommes connus dans différentes organisations de défense des animaux dans les années 90, et j'avais parmi d'autres choses été roadie pour JR Ewing et Sportswear, lors d'une tournée légendaire en Suède et en Finlande. Au printemps 2000, nous étions de nouveau ensemble à Bergen. J'étudiais l'architecture, et lui était à l'université. Thomas revenait d'études à l'étranger et voulait reprendre la batterie, Kristian avait déménagé de Stavanger, et donc Kids Like Us lui prenait un peu moins de temps. Nous sommes entrés en studio seulement trois mois après avoir commencé à écrire des chansons et trois mois après, nous avons sorti un 45T sur notre propre label, Sound Fiction.
Nous sommes partis pour notre première tournée scandinave avec Kids Like Us et Milemarker. Quand nous avons joué à Umeå, nous avions déjà assez de morceaux pour un album, nous avons convenu avec Premonition Records de le sortir en collaboration. Aaron a quitté le groupe après que nous ayons sorti un split 45T avec Solea (groupe avec des membres de Samiam, Texas Is The Reason et Sense Field), il a été remplacé par Thomas Larssen, du groupe straightXedge Kids Like Us (Commitment Records). Nous avons commencé à enregistrer un LP avec le producteur Geir Luedy (manager d'artistes comme Sigrid et Aurora), mais cela a pris du temps.
Quand on a annoncé que nous allions jouer au Øyafestivalen en été 2003, le manager du groupe finlandais The Crash a pris contact avec nous (nos groupes avait le même nom). Leurs grands projets et leur position dans les charts nous ont incités à changer de nom. Nous avons ainsi nommé le groupe The First Cut, d'après la chanson de Yusuf Islam (Cat Stevens), et sorti l'album Silence afterwards sur le label d'Oslo Mas-Kina Recordings. Après plusieurs bonnes critiques et quelques bons concerts nous avons dissous le groupe.

Neighboring Sounds - band Comment est né Neighboring Sounds ? Qui en sont ses membres ?
Neighboring Sounds est la continuation naturelle des groupes précédents. Un peu plus mature, un peu plus courageux, un positionnement clair dans un univers musical qui commence doucement pour finalement jouer un rock bruyant. Lorsque nous avons commencé, nous avons eu du mal à trouver un bassiste qui travaillait à notre rythme et à notre niveau d'ambition. Anders est arrivé et ça a matché parfaitement. C'est un gars agréable et charmant, il connaît la moitié du monde, et il a toujours une solution aux choses auxquelles on a trop réfléchi. Il joue également dans Flight Mode, signé chez Tiny Engines, et dans le groupe de football punk Islandsgate qui est naturellement plus populaire que les autres groupes dans lesquels il joue.

Votre album Cold in the smart city est édité par sept labels : Friend Club (US), strictly no capital letters (UK), BCore (ES), Friend Of Mine (JPN), Adagio830 (GER), Lilla Himmel (N), Sound Fiction (N). Comment s'est faite cette collaboration entre Neighboring Sounds et tous ces labels ? Quel a été l'accueil du public avec cette distribution aux quatre coins du monde ?
Nous pensions que c'était un excellent moyen pour un groupe inconnu de diffuser sa musique. Nous pensons que le disque est très très bon, et tous ceux que nous avons contactés ont pensé la même chose. Nous ne pensions pas vraiment que des labels légendaires comme BCore se joindraient à cette réalisation. Je dirigeais Sound Fiction dans les années 2000 et je connaissais Morten Samdal d'Onsloow, ce sont eux qui nous ont mis en contact. Tous ceux qu'on a contactés ont une diffusion différente dans la scène. Ils sont là depuis des années, ont sorti des tonnes d'albums géniaux et ce sont tous des gens incroyablement gentils. Nous pensons que l'accueil a été fracassant.

Pourquoi avoir choisi le thème de la ville pour votre disque, cela a-t-il un lien avec ta profession en dehors de Neighboring Sounds ?
Il n'y a rien de plus important que la façon dont nous dessinons et construisons les villes.
Des thèmes comme la gentrification et la façon dont est compartimentée la ville ont toujours préoccupé les groupes punk. Je dirige un bureau d'architectes qui travaille sous différents angles pour concevoir la ville, et je vois comment l'inégalité et le manque de logements à des tarifs abordables rendent d'autant plus difficile la pauvreté, mais aussi plus difficile de créer une alternative nouvelle.
L'inégalité est une recette pour créer de la passivité et ceci jusqu'à ce que ça explose. Je voudrais contribuer à cette explosion. Je suis heureux de pouvoir participer au développement du genre que j'aime, l'ancrer dans le présent. Nous vivons à une époque où les crises se succèdent, où très peu voient de bonnes alternatives au libéralisme de marché, qui détruit le monde et nous avec. Nous en voyons les options et je veux chanter à ce sujet.

Quels autres thèmes abordez-vous dans vos chansons ? Y a-t-il un message social ou politique? Vous êtes beaucoup plus punk que vous n'en avez l'air ?
J'écris beaucoup sur la disparition du milieu naturel, mais aussi sur la priorité à donner à la communauté. Pour moi, la communauté punk a toujours été la chose la plus importante. Je n'ai jamais ressenti le besoin de laisser l'agressivité être l'expression de l'opposition au libéralisme et au mondialisme.
J'aime initier des projets pour tous, et j'ai récemment créé un jardin communautaire à Grorud, où j'habite, à Oslo. C'est un quartier qui possède un beau mélange de modernisme des années 60, des petites maisons d'environ 20 mètres carrés par personne, et les appartements les moins chers de la ville. Une diversité extrême, mais avec une infrastructure sociale qui fait du bien aux enfants, même si les offres pour adultes manquent.
Cultiver ensemble est quelque chose qui ne nécessite pas beaucoup de connaissances préalables et dans le jardin, tout le monde est égal. Je viens du punk hardcore, j'ai été actif pour la défense des animaux et les squats, Je pense avoir emporté ces bagages avec moi dans l'univers lyrique du groupe et dans ma vie professionnelle.
J'ai parfois perdu de l'intérêt pour l'emo, surtout l'emo américain des années 2000, où les paroles de nombreux groupes étaient manifestement apolitiques, c'est pourquoi j'ai été heureux de voir comment la scène américaine, presque unanimement, a soutenu Gaza ces derniers mois.

Neighboring Sounds - live Qui a dessiné la pochette de votre album ? Son illustration soulève les problèmes des grandes villes. Pourrais-tu nous en parler ?
C'est Esben Titland, guitariste du groupe Modern Love (Refuse Records), qui a réalisé l'illustration. J'ai collaboré avec lui sur plusieurs projets, dont une courte BD satirique sur le co-logement et une plus épaisse sur l'agriculture dans l'espace public de la ville.
Personne n'est aussi doué pour transmettre les nuances qu'Esben. Il a souvent une vision oblique que je trouve amusante, mais toujours avec une conscience politique. Je lui ai demandé pourquoi il y avait des accoudoirs au milieu du banc et il m'a répondu : "Ne devais-je pas dessiner une ville froide et hostile ? Maintenant, personne ne peut dormir dessus".
Je lui avais demandé d'illustrer une ville sans espoir, intelligente et froide. Le dessin montre des fourgonnettes autonomes qui livrent ce que nous achetons en ligne, mais aussi la vidéosurveillance et la société de consommation avec des vitrines aveugles, destinées à la frénésie shopping. Si nous demandons nature et frugalité, nous voulons aussi une vie urbaine qui privilégie la production locale et les commerces et les entreprises locales. Nous voulons une ville où les gens se rencontrent, une ville où les étrangers se rencontrent.

As-tu beaucoup voyagé ? Quelle ville t'a le plus charmé ? Celle qui t'a le plus étonné ? Celle qui t'a le plus effrayé ?
J'ai beaucoup voyagé en effet, mais j'ai tendance à retourner dans les mêmes villes. J'aime les villes mystérieuses et archaïques comme Fès au Maroc et Yazd en Iran, mais c'est à Berlin, Athènes et Istanbul, que j'ai toujours envie de retourner. Pour diverses raisons. Berlin est un chaudron bouillonnant d'ingéniosité et de résistance à la pensée du marché. Les projets de logements alternatifs, les usines appartenant à des artistes, l'agriculture urbaine comme à Prinzessinnengarten, les restaurants végétaliens fantastiques, les marchés locaux comme Markthalle Neun, Core Tex. Athènes est une ville qui semble être dirigée par les habitants eux-mêmes et Istanbul est un joli mélange de ces deux villes.
Au cours de l'année écoulée, je me suis néanmoins rendu à Londres, et à l'Est de Londres en particulier. Là où la scène architecturale a travaillé avec le développement urbain social depuis plus d'une décennie, où l'héritage de la vaste planification sociale réalisée par la ville dans les années 50 et 60 est profondément enraciné.
En Norvège, les architectes sont presque inconscients de la manière dont ils peuvent influencer la société pour le mieux. J'ai besoin d'inspiration et de nouvelles idées. Je fais ça lors de ces voyages.
Barcelone est aussi une belle ville. Après de nombreuses années d'existence d'un gouvernement local qui a favorisé la budgétisation participative et une démocratie locale forte, les effets se font sentir. Les gens créent des coopératives d'habitation et de travail, et ils sont très sensibilisés à l'écologie sociale, probablement parce que l'ancien maire, Ada Colau, a si bien défendu la pensée de Murray Bookchin.
Aucune ville ne m'a fait peur. Les immeubles résidentiels interminables à l'extérieur d'Ankara, avec rien d'autre que de l'asphalte entre les deux, sont néanmoins terrifiants. Mais il est également surprenant de voir comment une ville comme Hong Kong, qui est aussi haute et dense, a une vie de rue bouillonnante qui fait complètement oublier l'architecture au-dessus.

"Polis" est un titre assez fort, pourquoi avoir choisi ce titre ?
Il s'appelle "Polis" parce que je voulais donner des associations à des villes avec un fort sens de la communauté et une bonne démocratie locale, comme la cité-État grecque, où bien sûr beaucoup n'avaient pas le droit de vote. La démocratie était un exercice permanent de coopération et de débat. Il s'agit d'un modèle de démocratie locale, rendu pertinent par exemple au Kurdistan, profondément enraciné dans le punk, mais où les décisions consensuelles sont nuancées par des modèles sociocratiques, où le consentement suffit à inclure les voix dissidentes.

Comment vois-tu la scène indépendante norvégienne aujourd'hui ? Y a t-il une réelle cohésion entre les artistes ? Quels sont tes groupes préférés ?
Nous existons dans notre petite bulle emo à Oslo et Bergen. Ce sont probablement principalement Oslo et Trondheim qui ont une scène musicale à laquelle nous nous identifions, avec des groupes tels que Flight Mode, Killer Kid Mozart, Accidents Never Happen et Weight à Oslo, ainsi que Onsloow et Probleman à Trondheim.
Bergen, d'où nous venons, est toujours une ville où tout le monde connaît tout le monde, mais pour l'instant avec une scène indie que je ne connais pas. Bergen est plutôt connu pour le black metal, Röyksopp et Kings Of Convenience. Ça fait longtemps que Burzum n'a pas craqué d'allumette et que Gaahl n'a pas été arrêté pour avoir kidnappé quelqu'un pour boire son sang.

Neighboring Sounds - release Avez-vous des projets de concerts ou de festivals en Norvège ou ailleurs ? Comment se sont passés vos précédents concerts ?
Nous faisons des projets pour l'année à venir. Je suis un peu occupé en ce moment avec d'autres tâches, mais nous sommes prêts à faire des tournées et à jouer des concerts, nous écrivons d'autres chansons pour de nouveaux albums bientôt. Nous avons eu de bons concerts avec beaucoup de gens dans le public. Lorsque nous avons sorti le disque, nous avons organisé des release party, entre autres au magasin de disques Tiger à Oslo. Un petit endroit. Nous avons commandé un gâteau et acheté des boissons gazeuses, et nous avions convenu d'un bar pour l'after. C'était une excellente façon de célébrer la sortie.

Avez-vous un message pour nos lecteurs ?
Après de nombreuses années de domination américaine dans le genre, il me semble que des groupes européens intéressants émergent. La scène qui mettait en vedette des groupes suédois comme Fireside, Logh, Refused, Starmarket et Separation, des groupes anglais comme Bob Tilton, des groupes allemands comme Monochrome, des espagnols comme Aina et le norvégien Lash Out me manque. Sans parler du meilleur groupe européen des années 90, Life But How To Live It ?. Il y a tellement de culture américaine dans le monde, tout est un peu pareil. Ils chantent à propos de l'expérience américaine d'un pays avec lequel nous avons heureusement peu de points communs.
Nous devons chanter à propos de la communauté et d'un monde où les gens participent aux décisions. C'est pourquoi j'aime de jolis groupes comme les Belges de Feverchild. Il est clair qu'ils s'inspirent aussi de la musique américaine, mais ils ont le nerf et l'attitude des Européens.

Merci Arild et Neighboring Sounds pour cette interview.

Publié dans le Mag #59

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