Rock Rock > Natacha Tertone : Chronique LP

La patience n'existe pas

Natasha Tertone La patience n'existe pas Une vingtaine d'années après avoir mis au placard le projet, Natacha Tertone a réactivé de vieilles envies, recontacté de vieux amis et a composé de nouvelles poésies musicales. Une fois la température prise via quelques concerts et la réédition de Le grand déballage, le public s'est retourné pour un grand "oui" faisant exploser ses premiers objectifs de crowdfunding (174 % !). Plongeons dans ce regard énigmatique où l'on n'est pas certain que le vert symbolise l'espoir.

La patience n'existe pas comporte une dizaine de titres et quelques ajouts qui assurent des liaisons aventureuses instrumentales (accordéon, harpe, vibraphone... tenus par des amis le temps de quelques secondes), des morceaux que l'on reconnaît de par des textes forts, mais également des lignes mélodiques ou rythmiques qui ne peuvent laisser indifférent. Pop, électro, rock... les barrières volent en éclat, on passe d'un beat très synthétique à des riffs électriques aussi distordus que chaleureux, d'un sample appuyé et machinal à une ritournelle de sonorités clinquantes débarquée des années folles. Et il fallait au moins une telle créativité musicale pour détourner l'attention des mots qui la captent irrémédiablement ! Des textes ciselés, personnels, parfois enjoués, parfois acides, avec des références plus ou moins évidentes ("Si la ouate a ses bons côtés, C'n'est pas elle que je préfère" pour ouvrir le débat avec Caroline Loeb, "De batailles menées contre Moulins à vent mauvais" pour continuer à résister et citer Verlaine...), Natacha Tertone joue aussi parfois avec les mots et les champs lexicaux ("La valse de 25 ans"), variant les plaisirs d'écriture comme ceux de l'expression orale tant elle change les tons, les rythmes, les intentions. Fine, sa voix perce, douce, elle est forte, quel que soit le choix, on la repère et on la suit. L'autrice/compositrice ne chante pas, elle incarne ses chansons, cela fait une grande différence lors de l'écoute car on gagne en proximité et en intimité.

Hybride, déconcertante, passionnante, pointue, lyrique, électronique, électrisée, les adjectifs pour qualifier Natacha Tertone ne manquent pas, mais peuvent manquer de cohérence si on les liste comme le ferait Prévert. Mais c'est là tout leur talent (elle travaille avec d'autres et notamment son comparse de toujours Bruno Mathieu), réussir à amalgamer un tas d'inspirations et d'expériences pour en faire une musique personnelle qui touche ceux qui l'approchent.

Publié dans le Mag #70

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