Namdose 1 Sacha Vernaeve Première question évidente : comment s'est effectuée la rencontre entre Ropoporose et BRNS ? Aviez-vous déjà partagé une affiche ensemble ?
Antoine (BRNS) : On se connaissait mutuellement depuis un certain temps sans réellement s'être parlé plus amplement. Comme si on se reniflait un peu le derrière ! La première fois qu'on a entendu parler de Ropoporose, c'était aux Rockomotives, en 2012, un festival dans le Loir-et-Cher programmé par Richard Gauvin. Il se trouve que ce dernier est également le manager des Ropo, ils nous en a naturellement parlé et, par la suite, on a eu l'occasion de les voir plusieurs fois en concert, ici comme ailleurs. Par l'intermédiaire de Richard, l'idée est née de faire un split 45 tours où chacun présenterait deux morceaux inédits sur une face : il est sorti en 2016. On comptait enchaîner sur une tournée ensemble, mais cela ne s'est jamais concrétisé.
Quand on a appris qu'on jouait avec Ropoporose aux Nuits du Botanique l'année passée, on s'est dit que ce serait pas mal de faire quelque chose d'un peu spécial, vu qu'on était jamais arrivés à monter cette fameuse tournée. On a rencontré Paul-Henri Wauters, programmateur du Bota, afin de définir le déroulement de la soirée. C'est là qu'est apparue cette idée de création commune. On a ensuite travaillé une douzaine de jours répartis sur deux mois pour composer les morceaux que vous pouvez écouter aujourd'hui !

C'est assez incroyable comment on arrive à voir assez facilement la patte de chaque groupe dans chaque chanson, certaines sont carrément du Ropoporose ("Woe", "All that you have"), d'autres font plus penser à du BRNS ("You can dance"). Comment s'est passé le processus de composition ? Tous ensemble ou chaque groupe a apporté ses idées et vous mélangez ça en répétition ?
Romain (Ropoporose) : Lorsqu'on s'est retrouvés pour la première fois tous les cinq dans la même pièce, instruments en main, on a vraiment regoûté à cette sensation étrange de ne pas savoir comment commencer, en se regardant dans le blanc de l'oeil, comme tout groupe naissant qui se respecte. Et puis finalement on a bœufé très longtemps, en arrêtant vite des avis positifs et négatifs, car nous n'avions pas beaucoup de temps pour créer 40 minutes de choses neuves. On a donc rapidement dégagé des maquettes qu'on a vraiment composé à cinq, et cette collégialité a vraiment donné le ton de l'ensemble du répertoire. Mais on a également, à certains moments et par peur du vide, été puiser un peu dans nos filets... "All that you have" part d'une maquette de Ropoporose alors que, par exemple, "Wake up" a été composé par les BRNS avant qu'on ne l'arrange ensemble. C'est donc un savant mélange des deux, même si le côté compo à cinq est vraiment un moteur pour nous !

Namdose 2 Manou Milon Lors de votre show, vous avez joué un titre qui n'est pas sur l'album. Est-ce que ce bonus n'est destiné exclusivement qu'à vos spectateurs ?
Antoine (BRNS) : C'est exact, on a un nouveau titre, il s'appelle "Shelter". Histoire d'avoir un set un peu plus touffu, on se voit quand on a le temps pour composer du nouveau matériel. C'est assez étrange, car ce n'est pas du tout dans la même énergie que nos premiers jets, on est beaucoup moins sous pression, donc on se pose beaucoup plus de questions. Cela donne des morceaux qui possèdent une autre couleur, et ça apporte un peu de finesse au set, on évite le syndrome "pied au plancher".

Quelle est la plus grande difficulté quand on monte un projet de ce type ?
Romain (Ropoporose) : Je pense que c'est d'éviter le côté "1+1 = 2", même si c'est un truc inévitable quand deux groupes s'allient, avec ce côté sexy du mégagroupe. La vraie question finalement est de se demander si Namdose c'est BRNS et Ropoporose ensemble, ou bien cinq musiciens qui forment quelque chose de tout à fait différent. Je penche bien sûr plus pour cette dernière. Sinon, une autre difficulté plus concrète serait bien évidemment de réussir à s'entendre sur les breaks entre deux batteurs...

Un deuxième disque est-il au programme ou tout n'était une rencontre éphémère (et ce serait bien dommage) ?
Antoine (BRNS) : On ne sait pas encore le dire, évidemment. Après la tournée Namdose, chacun retournera à ses occupations pour une durée encore indéterminée. Mais je crois que si après nos prochaines tournées respectives, on se rend compte que nos agendas concordent pour un écrire un second album, je pense que personne ne sera contre !

Question pour Ropoporose : Récemment, vous aviez déjà tenté l'expérience du 2 en 1 avec Piano Chat. Est-ce qu'on aborde une collaboration de la même manière avec Piano Chat qu'avec BRNS ?
Romain (Ropoporose) : Quand on a composé Braziliers en 2015 avec Marceau on a abordé ça comme une plage ludique, un moyen de s'amuser en dehors de nos groupes respectifs qui nous prenaient beaucoup de temps, avant de d'avantage s'y consacrer. Namdose et Braziliers ne sont bien sûr pas la même aventure, même si le vin nous rapproche tous à la fin, mais pour réussir à répondre à cette question, je dirais qu'on a abordé les deux collaborations, ma sœur et moi, comme un très beau moyen de se promener ensemble dans des paysages différents.

Question pour BRNS : Vous n'étiez pas censé être quatre dans votre groupe ? Pourquoi Lucie n'a pas participé à ce projet ? Une femme de chaque côté, la parité, non ?
Antoine (BRNS) : Historiquement, BRNS est un trio. On a toujours eu une personne en plus : Olivier, César, Lucie et aujourd'hui Nele, avec qui on a fait seulement une petite dizaine de concerts. César est resté à ce poste pendant quatre ans, il a donc participé à la composition sur Patine et Sugar high. À son départ, on l'a remplacé par Lucie, qui a assumé avec brio ce poste parfois ingrat de mercenaire. Mais à partir d'un moment, ça devenait compliqué de jouer avec elle, de caler des répétitions, des résidences, etc, vu qu'elle habite à Paris et a un travail prenant. On a donc décidé de réaliser la création en tant que noyau de base, à nous trois. Et le prochain BRNS, que nous avons enregistré en octobre dernier, a été également écrit sans quatrième membre.

Pour terminer, j'aimerais bien que vous me commentiez chaque titre de l'album, comme un réalisateur le fait dans les bonus d'un DVD, une sorte de "track by track"
All that you have : Le morceau part d'une base Ropoporose, le guitare-batterie de base, qu'on tient ensemble avec Pauline, avant de se faire répondre par les BRNS. L'effet ping-pong est marrant, mais on a tâché de ne pas le remettre à toutes les sauces par la suite. C'est un bon morceau introductif je pense, très ouvert.

Fast : C'est un peu la bulle de douceur dans l'océan de... passons. C'est un morceau moins invasif que les autres, assez droit et synthétique. Personnellement (Romain/Ropoporose), la fin ultra mélancolique est mon moment préféré du disque, entre l'arythmie des cymbales, les rimshots et le caractère liturgique des voix.

Woe : C'est un peu le single de l'album, avec un refrain bien hooligan à la Clues qu'on aime beaucoup. On l'a principalement composé près de Vendôme lors de notre deuxième session de composition, et je me rappelle bien du moment où on a pensé au break de fin en 32 mesures ; ça a d'abord été 16, et c'était tellement marrant de se regarder aussi concentrés, l'oeil hagard, qu'on a directement doublé la longueur. Il y a un vrai côté transe à ce moment là en concert, et jusqu'ici personne ne s'est planté dans le compte !

Namdose 3 Sacha Vernaeve Wake up : C'était une idée de Tim qu'on a remaniée ensemble. On ne s'est pas cassé la tête pour la structure : couplet - refrain - couplet - refrain - clap de fin.

You can dance : Nous étions assez contents de trouver cette intro qui fait office de "refrain instrumental". Mais on peinait à trouver une suite, on se lançait dans du rock balourd dont on était pas très fiers. Des références nineties dont on ne parlera pas... L'avantage des sessions de compositions espacées, c'est que ça peut vite se débloquer la fois d'après, quand on a pris un peu de recul. On s'est revus et hop, le morceau était dans la boîboîte, avec cette petite outro très Blonde Redhead qu'on affectionne particulièrement.

Off the hook : En partant d'une petite idée des Ropo, on est arrivés à ce titre assez complexe, bordélique et nerveux, qui a vite trouvé une place de choix à la fin de nos concerts. La fin du titre est vraiment très agréable à jouer, épique et à la limite du bon goût, elle fait toujours son petit effet après 50 minutes de set.