MOPA - Amen De la sueur, du sang, des larmes.

Artwork qui tranche avec celui de son prédécesseur (et de la réédition Suisse signée Division Records), un EP qui avait propulsé My Own Private Alaska dans la short list des potentiels futurs grands, album long-format enregistré dans les conditions que l'on sait et des échos du studio évoquant un chef-d'œuvre en puissance. Amen était fatalement très attendu. Trop peut-être. Et pourtant. Mais on y revient plus loin. Pour ceux qui n'auraient pas suivi l'histoire et la trajectoire un peu hors norme des trois Toulousains, c'est à la suite d'un banal échange de messages par MySpace que MOPA s'est retrouvé invité à enregistrer chez Ross Robinson. Pour qu'un an et demi après et tout un travail de longue haleine pour peaufiner ce disque et le distribuer mondialement dans les meilleures conditions possible, Amen parvienne enfin jusqu'à nous. L'attente n'aura pas été vaine.

"Anchorage". Premier titre, premiers frissons, une pluie de notes parcourant un clavier mis sous tension dès les premières secondes, une batterie qui vient faire contrepoint, un chant/spoken word engagé, littéralement habité. Piano-core pour l'étiquette futile, ça c'est fait. Mais surtout des arpèges d'inspiration clairement classiques qui viennent envelopper ces hurlements écorchés vifs à peine domptés par les coups de baguettes martyrisant la caisse claire, avant un final, magnifique de désespoir et de mélancolie destructrice. MOPA pousse les premiers cris de cet album et on oublie déjà toute l'attente qui a entouré sa sortie pour se concentrer sur la seule chose qui ait un quelconque intérêt ici. Ce qu'il a dans le ventre. "After you" vient apporter la réponse. Et elle est implacable. Le travail de producteur signé Ross Robinson a clairement porté ses fruits. Le groupe verse moins dans ce côté frontal qui faisait la caractéristique première de son EP et joue plus sur les nuances, cette retenue d'un instant qui permet de saturer l'atmosphère la minute suivante. De la hargne-(core), des cris qui éclaboussent les amplis et des passages plus raffinés entrecoupés d'accords de clavier plaqués avec une fougue peu commune, entre deux arpèges et quelques éclairs de rage brute, My Own Private Alaska parvient à contrebalancer les déflagrations émotionnelles qui nous prennent à la gorge par des moments plus apaisés, afin de mieux en accroître les effets. Notamment sur "Die for me", qui comme trois autres des morceaux de l'EP ("I am an island", "Kill me twice" et "Page of a dictionary") figure sur l'album, mais dans une version légèrement remaniée. Car on ne passe pas quelques semaines avec Robinson pour faire la même chose que deux ans auparavant.

Seulement six morceaux inédits au final certes, mais n'est-ce pas préférables à douze titres composés à la va-vite pour remplir un tracklisting., la question n'a même pas lieu d'être lorsque l'on pose un demi-tympan sur le rendu final de l'album. Des influences tirant du côté des maîtres Chopin et Rachmaninov (toutes proportions gardées, il reste encore un monde entre MOPA et les dieux du clavier), un aspect rock screamo alternatif et épidermique qui doit sans doute un peu à Will Haven, "Broken army" démontre tout le chemin parcouru depuis les débuts du groupes, dans la plus simple intimité du local de répétition, jusqu'à aujourd'hui, au moment où les Toulousains sont sur le point d'exploser à la face du monde. Car MOPA a clairement gagné en caractère, affirmant un peu plus sa personnalité unique, celle-ci n'ayant rien à voir avec une simple addition de talents. Il y a ici clairement autre chose. Que ce soit sur leurs propres compositions ou sur celles qu'ils ont emprunté à d'autres (un "Where did you sleep last night" rendu célèbre par Nirvana mais signé Leadbelly), les Toulousains affinent les contours de leur univers musical et surtout évitent l'écueil annoncé de la redondance dans leur écriture. Un petit bémol néanmoins avec cette cover, le rendu final étant largement en deçà des créations originales du groupe qui se rattrape avec le morceau-titre de l'album, épidermique et sans concession, avant de livrer un final de très haut niveau. "Just like you and I" et sa mélodie incandescente met le groupe à la limite de la rupture. l'aliénant jusqu'à son final : un "Ode to silence" tout en dissonances et éclairs atonaux lardés de déflagrations screamo chaotique. En gardant un état d'esprit irréprochable, la même envie d'en découdre et l'humilité d'un groupe qui n'est encore qu'au tout début de son histoire, My Own Private Alaska deviendra grand. Car musicalement, le groupe a déjà tout.