mopa_my_own_private_alaska.jpg Il y a des fois où à vouloir chercher l'originalité à tout prix, on ne suscite que l'ennui. Il y en a d'autres où en partant d'une idée assez curieuse, on aboutit à quelque chose de vraiment inventif et étonnant. My Own Private Alaska a parfaitement intégré ce principe à son concept pour le moins singulier. Dans un format, chant/batterie/piano qui épouse autant des influences classiques qu'il tutoie les limites du post-hardcore, MOPA brille de mille feux autant qu'il surprend par les références qu'il se plaît à afficher : jusque-là, on ignorait complètement qu'il puisse exister un quelconque point commun entre Frédéric Chopin, Helmet et Will Haven, maintenant, on sait que ce point de convergence se trouve dans la cité toulousaine. Et dès les premières secondes d'un "Die for me (If I say please") au titre éloquent, on comprend vite que cet effet d'annonce n'est pas juste un coup de pub. Un pluie de notes qui parcourent un clavier aux sonorités post-classiques, une batterie métronomique et en retrait qui se charge d'imprimer une rythmique dynamique avant que les hurlements screamo/hardcore ne viennent déverser leur haine sur la platine. "My hand... your bland" vocifère le chanteur, véritable exutoire à la férocité inouïe, ce premier titre de l'EP inaugural de MOPA suinte la douleur, la sauvagerie... "Page of dictionnary" puis "Ego zero" poursuivent dans la même voie, portée par des mélodies au piano proche du mouvement romantique, les compositions du trio se gorge de rage brute qu'il jette à la face du monde dans de véritables manifestes psychotiques et ravageurs. Hurlements stridents, piano, évoquant autant Chopin que Debussy, qui joue sa partition sans se soucier du chaos qui l'entoure et batterie en retrait, le trio toulousain explose les limites de la cohérence musicale pour créer quelque chose d'aussi brillant qu'inédit.
Le résultat est édifiant. Ereintant, il prend au trippes et s'enfonce dans une féérie morbide que l'on croirait sortie tout droit de l'imaginaire de Tim Burton (réalisateur des Noces funèbres et du futur The Sweeney Todd). Glaçant autant qu'émouvant. Passionnément autodestructeur, My own private Alaska est un EP au magnétisme quasi surnaturel dont les effluves mélodiques s'insinue inexorablement dans nos esprits avant que les déferlements de violence ne viennent les en extraire. Cathartique, torturée, véritable sonate post-classique/hardcore déchirante et schizophrénique la musique de MOPA projette des textes apocalyptiques dans un océan de dissonances et affronte ses démons intérieurs comme aucune autre. Epuisant mais jouissif, envoûtant mais effrayant, le groupe manie le paradoxe et fait naître le chaos ("I am an island") avec une virtuosité de tous les instants. My Own Private Alaska nous prend à la gorge, nous assaille de ces sursauts "ovniesque" pour ne plus jamais nous lâcher. Mêlant beauté contemplative et poétique ("First steps") à un hardcore abrupte et radical, le groupe livre un premier essai sans concession, racé et inventif. Une véritable curiosité... brillante et terrifiante.