Mogwai - Live au Grand Rex 2017 Mogwai - Live au Grand Rex 2017 20h15, alors que nous ne sommes pas encore placés par de jolies jeunes filles distinguées sur l'un des 2702 sièges de ce miniplexe de cinéma, résonnent déjà les notes exotiques de Sacred Paws, un duo féminin (voire trio par moment) protégé des Ecossais puisque signé sur leur maison de disque Rock Action Records. Pendant que le public s'installe progressivement, nous nous hissons au premier étage pour surplomber ce charmant groupe anglo-écossais à mi-chemin entre Vampire Weekend et un je-ne-sais-quoi de Talking Heads dans l'intention. Autrement dit, c'est dansant à souhait, les guitares virevoltent aux rythmes trépidants d'une batteuse intraitable qui arrive à en faire tomber son micro de chant en plein milieu du set. C'est dire tout l'engouement de cette jeune formation composée d'ex-membres de Shopping et Trash Kit. Une bonne entrée en matière, quoiqu'apparaissant très loin de l'ambiance attendue par l'audience venue fêter le retour des Glaswégiens à Paris.

21h00, la bande de Stuart Braithwaite monte sur scène accompagnée de Cat Myers d'Honeyblood, venue remplacer Martin Bulloch à la batterie, ce dernier souffrant de problème de santé sérieux d'après le staff du groupe (cela rappelle l'annulation de la tournée américaine du groupe il y a 9 ans suite au problème de pacemaker du batteur). Les premières notes de guitares de "Crossing the road material" se répandent dans l'air, le rythme part, progresse tranquillement et la machine instrumentale s'emballe. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise, on est bien à un concert de Mogwai, bien que le son du haut du premier étage ne soit pas des plus optimal, croyez-bien qu'on n'en doutait pas. Une superbe introduction suivie de l'incontournable "I'm Jim Morisson, I'm dead", extraite de The hawk is howling, qui de part sa beauté rare et son ampleur folle fait monter l'ambiance d'un cran, bien aidé par un volume sonore au dessus de la moyenne. Le show prend subitement un virage pop avec "Party in the dark" laissant la part belle à un superbe travail à deux claviers et à la voix de Stuart, évidemment trop rare, qui s'émancipe sous ses effets. Une voix que l'on retrouve dans la foulée sur un morceau bien old school, "Take me somewhere nice", une plage cotonneuse procurant son lot de frissons et baignée de lumières vertes et blanches un tantinet tamisées.

"Coolverine", l'un des "hits" du dernier album, permet de préparer le public à l'un des meilleurs moment du spectacle : une suite "Hunted by a freak" - "Mogwai fear satan" qu'on n'est pas prêt d'oublier. Si la première est là pour rappeler ce pourquoi on aime tant le pouvoir onirique de Mogwai, la deuxième vient donner en direct une leçon de puissance sonique avec 4 guitares, quelque part entre le drone et le larsen, sous couvert d'un rythme faussement tribal. Un morceau qui ne semble plus s'arrêter et qui guide tout un panel de stroboscopes nous aveuglant pour l'occasion. Magique, tout simplement. Heureusement, la suavité de "Don't believe the fife", proche d'un Boards Of Canada sur sa première moitié, nous permet de nous remettre de nos émotions, malgré son intensité finale appréciable. Les sonorités mi new-wave mi-Kraftwerkienne de "Remurdered" surprennent de prime abord mais égayent nos écoutilles avant un "Every country's sun" pas très mémorable. Tout le contraire d'"Auto-rock" et de ses notes de pianos immergées dans des séquences électroniques digne d'un NIN en mode cool. Ça reste gravé en tête, à l'inverse des discours du groupe qui se contente de quelques "merci" ou de phrases prononcées avec une certaine timidité. Et ça marche aussi pour l'attitude du groupe sur scène qui se contente uniquement de regarder ses instruments et rester quasiment immobile dans l'ensemble, surtout le grand Dominic. Le rock noisy bien prenant de "Old poisons" vient clôturer à peine plus d'1h15 de show, le groupe sortant de scène pour y revenir seulement deux minutes plus tard.

22h20, les arpèges de "Two rights make one wrong" se mêlent aux douces nappes de claviers pour donner un titre post-rock soyeux qui arrache les larmes du corps. Un chant trafiqué essaie de sortir de la faille sonore illustrée par un glitch laissé à l'abandon par Cat qui se prépare en coulisse à affronter son ultime épreuve : "We're no here". Ce dernier morceau est une poésie musicale, une espèce d'allitération dédiée à la lourdeur et à la lenteur, presque comme du Neurosis sans en être véritablement, et qui se termine en un magma sonore turgescent.

Mogwai a donc décidé de finir son show parisien par ce qui représente au mieux sa personnalité, entre le calme et la tempête, frôlant ou touchant plus ou moins ses extrémités, et ce avec une classe incomparable. Ce soir, leur spectacle nous a appris au moins une chose, la plus importante : chaque membre de la formation écossaise a pour but de se mettre au service de son entité musicale, ne faire qu'un. Comme des matelots sur un bateau, chacun a son rôle bien défini pour servir un dessein : celui de nous transporter, nous faire vibrer. La mission fut plus que réussie, merci Mogwai. Il est 22h38, les lumières se rallument, les uns se lèvent et en redemandent, les autres restent scotchés dans leurs sièges l'esprit encore affecté par la splendeur du spectacle, comme se tenir devant un générique de fin d'un film au cinéma.