Il y a des disques qui, en les écoutant, vous ramènent instinctivement dans des univers chargés d'images qui correspondent parfaitement à la réalité de ceux qui en sont les auteurs. Messstation, le dernier album de Miss Tetanos, en fait partie. Ce projet electro/EBM, monté en 2010, sévit depuis quelques temps déjà dans le fin fond de la province du Hainaut, à l'ombre et à la lumière de Charleroi, ville culturellement bouillonnante dont le passé industriel semble avoir laissé des traces dans chaque pulsation et sonorités de ses morceaux. Désormais duo depuis le départ de leur batteur, Miss Tetanos s'est refait, en quelque sorte, une beauté musicale bien plus électronique et frontale qu'auparavant, toujours sous le contrôle du thérémine de Katia et des synthés de Fabrice, tous deux chanteurs (souvent sous effets !), excepté pour "Christophe Colon" où le micro est laissé à la voix gutturale de Sir Herbert Boureau, chanteur de Raxinasky et Furax.
Sur Messstation, leurs influences new wave et post-punk (mais pas que) dessinent les contours de leur identité, mais ne sont qu'infusées dans une mixture plus dense où se croisent des cadences souvent infernales et une multitude de mélodies bizarroïdes empruntées principalement à l'EBM, à la darkwave ou à la techno. Des genres plutôt anciens (années 1980-90) qui ramènent le duo à leurs premiers amours. Un retour aux sources qui ne s'encombre pas d'artifices. Simple et direct, le disque se singularise de par son approche, parfois spectrale, de la mélodie couplée à des voix qui sont utilisées comme des notes de claviers (ou autres). Si l'énergie de Miss Tetanos vient en grande partie de ses beats, sa dimension mélodique n'est pas en reste et peut à la fois tenter de les suivre ("Dolly Pran") ou carrément de s'en détacher ("La tombe"). Et si son univers musical fait écho à la condition post-industrielle de sa ville, l'excellent artwork signé par l'Allemand Holob en prolonge l'expérience à travers sa dénonciation sans détour de toutes les formes d'exploitations et des conflits dans le monde.
Au final, tout est cohérent chez Miss Tetanos, et sa rigueur n'exclut même pas l'humour. En témoigne, notamment, ses jeux de mots bien placés dans ses morceaux, que je t'invite à écouter au plus vite, si tu as envie de te défouler après une journée de boulot bien emmerdante.
Ted
Juin 2026
Publié dans le Mag #70
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Ça arrive de temps en temps, après un rush d'enfer, de ressortir un disque oublié du tiroir. Le concerné s'appelle SSIM Sonatet III, le dernier album en date des Belges de Miss Tetanos sorti il y a un an via quelques labels dont la bonne crèmerie Rockerill Records (Attic Ted, Slift, Prince Harry). Et pourtant, celui-là aurait dû nous sauter aux yeux tant sa pochette est magnifique en tout point. Une œuvre colorée d'Elzo Durt mêlant notamment le thème de l'Égypte avec celui de la manufacture et de l'industrie. Quel lien entre les deux ? Je n'en sais rien, mais la porte aux effets hypnotiques au centre de la pochette exprime à la perfection le ressenti final que j'ai de cet album qui n'est pas de tout repos. Cette transe électro-rock guidée par les sons totalement barrés de thérémine fout le tournis et s'abat sur nos oreilles comme une pluie battante, ses phases cycliques garnies d'éléments kraut et psyché nous possèdent avec une facilité inquiétante, un peu comme La Jungle (autre groupe affilié à Rockerill Records, au passage) dans un tout autre style. Tiens bon la barre, car de "Toby" à "Plopsalad" en passant par "Veel kantoren te huur in Brugge", Miss Tetanos va te secouer dans tous les sens.
Ted
Décembre 2022
Publié dans le Mag #52
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Apparu sur les radars en 2013 avec la sortie d'un 1er album imprononçable, Miss Tetanos a emboîté le pas cette année avec un 5 titres dont le nom est d'autant plus mystérieux : Don't drink so much than Nostradamus. Emballé d'un artwork réalisé par un spécialiste du détournement de picto mais aussi le bassiste de Mont-Doré, Jérôme Considérant, ce vinyle se compose de plages électroniques (entre techno et rock-indus) tapageuses et progressives parfait pour les rituels de transe en groupe. Mené par Miss Tetanos au theremin et au chant, elle-même accompagnée de Sri.Fa aux claviers et de Stephen O'Maltine (c'est de la dynamite !) à la batterie, ce trio originaire de Charleroi en Belgique - haut-lieu des affaires de leur recommandable label Rockerill Records - a des arguments à vendre. Fougueux par la domination de ses cadences, harmonieux par ses claviers et son thérémin dérangés, ténébreux par ses voix métamorphosées, ce disque est on ne peut plus en raccord avec l'esprit punk et déviant de son label (La Jungle, Prince Harry, Rraouhhh !). On surkiffe et à peine fini, on a déjà envie de se le repasser en boucle, c'est dire tout son attrait et sa force.
Ted
Avril 2018
Publié dans le Mag #30
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