Miegeville - EstOuest Miegeville nous avait laissé avec Longue distance, on le retrouve avec "Longue nuit" et un métronome qui compte un temps qui s'affole et nous a plongé dans le noir. Pessimiste, le refrain tourbillonne avec un piano guère plus encourageant, même la guitare semble pleurer et se perdre dans l'obscurité. La lumière revient de manière éclatante avec "Les couleurs, tu vois", peut-être mon titre préféré. À l'opposé du précédent, ce morceau enjoué donne à voir un avenir plus brillant au travers des yeux d'un enfant, un enfant qui y croit et qui redonne de l'espoir. "Tu peux l'attendre la fin des combats" est la première phrase de "Tu chantais", morceau qui fait écho à "La mort des combats" et à ses "Lalalala" que chantait Milka qui a rendu les armes, désabusé. Le timbre de Candice (Winnipeg) se mêle à la voix de Miegeville pour "La baleine bleue" (puis pour "Acte manqué"), autre texte aussi triste que poétique ("Je suis le squelette de la baleine bleue, je n'ai plus ni ma chair ni ma peau pour survivre, c'est la mort sur les os que je redeviens ivre, chaque soir, chaque soleil, à chaque fois qu'il pleut"). Aux couleurs éclatantes qui reconstruisent des cathédrales présentes sur l'artwork, "Blanche" apporte une couleur de fond, et si on est à l'opposé du noir, ne va pas imaginer y trouver une ode à la pureté ou à la fraîcheur, relie davantage les mots à la froideur d'un constat d'échec. Pour autant, Matthieu garde l'espoir, "Ma Garonne débordera" liste de petits plaisirs impensables ("Quand on choisira le goût des océans, cerise ou citron"). Le coup de poing de l'album défonce "Les portes", le rythme se fait binaire, les instruments nerveux et le flow en spoken word vener inarrêtable se permet de mixer Game of Thrones et Rassemblement National ("Marine n'est pas Snow, J'suis pas sauvageon"). Pour terminer, "Acte manqué" est la nouvelle version de "Ensemble dans le vent" avec le renfort de Candice et de quelques loops.

Ce rapide tour de l'horizon EstOuest permet de comprendre que Miegeville varie ses plaisirs en s'inspirant des déceptions que lui offrent le monde. Avec un véritable sens de la poésie, sans choc frontal basique, les dérives de l'Humanité attisent son inspiration plus que les sourires des enfants ou tout au moins du sien. L'environnement qu'on oublie, les conflits, une société brunâtre qui se replie sur elle-même au lieu de tomber les chemises, des technocrates qui ne veulent plus rêver, le futur n'est pas radieux... Que l'on cherche au Nord, à l'Est, au Sud, à l'Ouest, on ne trouve guère de bonnes réponses et la seule solution quand on est à tel point déboussolé, c'est peut-être de se contenter de créer, de façonner, de faire grandir des mélodies, des mots, et même des mômes, pour garder la perspective d'un demain meilleur.