melissmell Je commence par cette question : comment s'est passée la période covid ? Et j'ajouterais comment se passe la période d'entre deux tours de la présidentielle ?
Elle est compliquée.
On est d'accord, on pensait avoir tout eu avec le covid...
C'est le pompon. C'est le clou de la soirée en ce moment !

Peut-être pouvons-nous commencer par le visuel de l'album ?
Oui c'est un phénix.
Il est très coloré par rapport à l'intérieur de l'album.
C'est le paradoxe. C'est l'enfer et le paradis en même temps. Le purgatoire, en quelque sorte.
Et donc peut être une partie autobiographique.
Oui, on a tous un phénix en soi.
Oui, parfois, on a du mal à le réveiller. Mais c'est vrai que ton album fait du bien dans la période actuelle parce qu'il est vrai.
Il est fait comme je peux donc effectivement il est vrai. Il est fait avec les moyens du bord. C'est l'instinct qui me guide.

Ton instinct t'a bien guidé puisqu'il y a des titres qui sont quand même assez percutants. Peut-être qu'on peut parler du premier extrait de l'album "Bérézina", avec son clip où tu es complètement anonyme dans la rue du Gros-Horloge.
Eh bien cela a encore une fois été fait à l'instinct car même moi je ne sais pas ce que je fous sous le Gros-Horloge. J'ai marché et marché au hasard. Mon instinct me ramène toujours là sous le Gros-Horloge. Alors j'y suis allée me faire filmer.

Et c'était pour toi une nécessité de montrer les Restos du cœur et la réalité du quartier.
C'est le destin et le hasard qui m'ont mis aux Restos du Cœur. C'est Diane Bové, une amie qui est infirmière et qui est membre des Restos. C'est sa mère, Fanfan, qui m'a mis en relation avec les Restos du Cœur de Rouen parce que l'idée était de filmer une maraude des Restos du Cœur avec les anonymes de la rue. On a croisé que des gitans. On n'a pas croisé d'autres cultures, on a croisé que des blancs de peau, si je peux dire, on n'a pas croisé de Black ni de beurs.

On te sent beaucoup émue et cela montre qu'effectivement l'album qui est à vif c'est du vrai.
Si je mens, c'est pour le bien. C'est pour faire du bien. Si je mens, c'est pour pas pour éviter le mal.

Tu disais également que tu as fait avec les moyens du bord. Mais quand on regarde l'arrière de la pochette, du disque, c'est quand même un all stars band que tu as convoqué.
Oui, c'est ce que je désirais en fait appeler les copains que j'ai croisés et essayer de faire quelque chose ensemble et de marquer l'histoire et de marquer une page et de tourner la page de cette période de ma vie.
C'est vrai qu'on aimerait tous. Tu dis juste "Appeler les copains", mais on n'a pas tous des Noir Désir, des Têtes Raides, des Indochine dans nos relations.
C'est le destin qui m'a amené là.

Comment tu as inclus tous ces guests dans la composition ? Tu avais déjà la structure de l'album ou ça s'est fait un peu comme un bœuf ?
Ça s'est préparé. On a travaillé avec Guillaume Favray et Pierre Le Feuvre avant le covid car l'album a été créé entre 2015 et 2018 et personne ne voulait le signer cet album. Et je ne voulais pas refaire un Ulule parce qu'on avait fait un an en 2019 un duo avec Didier Super qui avait été vendu à 500 exemplaires mais je ne voulais pas refaire cela. On a donc travaillé en amont, Matthieu et moi, on a fait la maquette en deux ans. On a fait un disque d'une heure. Il devait y avoir 17 titres, mais on n'avait pas la place de les mettre tous sur le disque.

Tu parlais donc de la composition, la difficulté de trouver un label pour défendre l'album.
La difficulté de composer aussi. Tout est dur quand même.
L'album sort demain et ça sera aussi une belle récompense, je pense, de l'offrir au public. Une chanson qui interpelle c'est de "Joey III". Comment est venue l'idée de reprendre les traces de ce personnage de Noir Désir et de te l'approprier ?
"Joey III" est et un personnage qui revient de l'enfer et qui est un peu dans la brume et dans le brouillard. Et il cherche. Il cherche la réponse à sa question. Comme il ne croit ni au Dieu ni au diable, il cherche la vérité, la vie. Où est la vie ? Est-ce que c'est dans la mort ou est-ce que c'est dans la vie sur terre ?

On peut aussi revenir sur la composition de "Rue de la Chaussée" puisque la biographie dit que tu as connu des passes difficiles...
J'ai connu la rue et je suis encore dans une passe extrêmement difficile.

Sur la chanson "Notre siècle a 20 ans" tu portes un regard à la fois désabusé, mais plein d'espoir sur l'époque actuelle.
Oui, je demande à la jeunesse de se lever et de faire la révolution comme en mai 68. La jeunesse, au lieu d'aller regarder la télévision et prendre rendez-vous au McDonald ou d'aller au cinéma, qu'elle batte le pavé parce que je ne l'ai pas trop vu bouger la jeunesse ces derniers temps. On a élu Hitler démocratiquement. Donc il faut être vigilant et se réveiller. Et le père Le Pen et la fille Le Pen et la Marion Maréchal-Le Pen, ce sont des racistes, c'est tout. Ils ont essayé de se dédiaboliser mais ce sont toujours les mêmes. Et après ils vous disent qu'ils mangent du couscous ? Moi je mange du poulet pour les flics. Et je mange du Kebab, je suis blonde et j'ai un fils blond aux yeux bleus et je mange du kebab.

Salade, tomates, oignons avec un peu de sauce blanche.
Je mets tout dedans et je mange la sauce algérienne à la kabyle, à la grecque chez les Grecs. Alors moi, je ne suis pas raciste.

Est-ce qu'on peut parler un petit peu de la tournée avec cette date à la fin du mois (de mai ndlr) au café de la danse. Est-ce que tu la conçue comme un concert traditionnel ou c'est l'occasion d'inviter toutes les guests présents sur l'album ?
Ça va être une surprise parce que je sais qu'il y a Imbert Imbert que j'ai invité en première partie, donc qui va venir jouer avec nous. Il sera et c'est sûr, après les autres, je ne sais pas. Ils sont tous dans leur projet, avec leurs dates, avec leurs concerts Les Ogres de Barback, Denis Barthe et Christian Olivier, des Têtes Raides.

Je termine toujours les interviews par "Quelle question je ne t'ai pas posée et quelle aurait été la réponse à celle-ci" ?
Pour moi, c'est "ni Dieu ni maître". Voilà, je ne sais pas quoi répondre d'autre.