Un an après Eden, fall, le pianiste rennais Melaine Dalibert revient avec Vermilion hours, une collaboration aussi naturelle qu'évidente avec le britannique David Sylvian, figure centrale de la pop expérimentale et ex-chanteur de Japan. Une rencontre qui s'inscrit dans la durée puisque David a déjà mixé plusieurs disques de Melaine et signé certains de ses visuels. Cette amitié collaborative valait bien la peine de se prolonger à travers une œuvre passionnante se déployant en deux longues pièces d'une vingtaine de minutes, où le piano bien dosé en réverb' de Melaine, dialogue avec les nappes électroniques et autres traitements sonores de David. Plus qu'un simple accompagnement, ce dernier agit en architecte de l'espace, fidèle à son travail solo et à ses collaborations ambient (de Holger Czukay de Can à Stephan Mathieu en passant par Christian Fennesz).
Le piano ne mène pas, il dérive, porté par des textures qui en élargissent constamment la résonance. On retrouve ici la signature ambient de Melaine Dalibert, cette sensation immédiate de suspension du temps, un flottement qui invite à la contemplation et à l'abandon. Peu à peu, l'écoute cesse d'être analytique pour devenir physique, complètement méditative. Les notes ne s'imposent plus, elles agissent. La durée des morceaux favorise cette immersion lente, proche d'une improvisation captée sur scène. Pour les plus pressés, des versions courtes sont proposées, mais c'est bien dans ces longues plages que Vermilion hours révèle toute sa force. Il s'agit ici d'une œuvre discrète, profonde, où deux sensibilités s'accordent pour laisser le temps se dissoudre.
Publié dans le Mag #69


