McLusky McLusky Vingt ans après l'annonce de votre séparation, que représente ce nouvel album pour toi ?
D'un point de vue purement personnel, je m'en fous un peu de tout ces trucs d'anniversaires, d'événements marquants... Au plus profond de moi, je suis quelqu'un d'intensément sentimental, donc tu penses bien que m'attarder sur ce genre de choses, même une seconde, me dévasterait. Ce nouvel album était vraiment agréable à enregistrer, ça nous a permis d'aller dans un nouvel endroit pour le faire (NDLR : le groupe avait enregistré ces deux précédents chez Steve Albini à Chicago), et puis je suis ravi que les gens le prennent assez au sérieux pour l'acheter.

Le titre de l'album est frappant. Pourquoi The world is still here, and so are we ?
Parce que les deux choses sont vraies. Et puis, le sens peut changer selon le ton qu'on lui donne. Est-ce une bonne chose ? Une menace ? Ou juste un constat ? Allez savoir...

Y a-t-il des idées de chansons de l'époque ou de vieilles démos que vous avez ressorties pour ce disque ?
Non, c'est que du neuf. De toute façon, trop de temps était passé depuis notre séparation. Il y aurait fallu que je crédite quatre générations de cellules mortes.

En quoi le processus d'enregistrement a-t-il été différent par rapport au début des années 2000 ?
C'est à peu de choses près la même chose : mettre une bonne ambiance dans le studio, jouer le morceau puis le réécouter. Il y a aujourd'hui beaucoup plus de possibilités de retoucher, d'éditer le morceau. C'est tentant de déplacer très légèrement un coup de grosse caisse qui n'est pas tombé au bon moment, mais, au fond, c'est inutile. On préfère refaire les prises jusqu'à ce qu'on tienne la bonne. C'est un plaisir de jouer le même morceau plusieurs fois. Le studio, c'est toujours un super moment pour nous. Ah si ! Il y a une différence que je réalise en direct juste pour toi, c'est qu'on fait le mix à distance désormais.

Quel a été le morceau le plus difficile à terminer sur l'album ?
Je ne me souviens pas que l'un d'eux ait été difficile à finir. Toute chanson compliquée à terminer est laissée sur le bord de la route, elle se démerde toute seule pour rentrer... et du coup, ne finit jamais sur le disque.

La paternité a-t-elle changé votre manière d'écrire ?
Non, je ne crois pas. Peut-être que je suis juste un peu plus concentré sur mon planning, mais c'est toujours le même bazar. C'est chouette quand elle danse sur un morceau, cela dit. C'est un bon indicateur que quelque chose fonctionne.

McLusky n'a jamais vraiment appartenu à une scène ou un mouvement précis, c'est punk, indie, rock... Est-ce que vous voyez cela aujourd'hui comme une force ?
Oui, aujourd'hui c'est certain, mais j'essaie de ne pas trop le revendiquer.

Dans le morceau "People person", vous chantez que vous n'êtes pas sociable. Pourtant, vous passez votre vie sur scène devant des foules. N'est-ce pas contradictoire ?
Ah, mais je pense que je suis sociable. Le narrateur de la chanson n'est pas forcément moi...

McLusky McLusky Et ces phrases en français qu'on peut entendre, "Oh mon ami, oh cher amour" ? C'est ironique ou il y a un autre sens ?
Les phrases en français ? Il n'y aucune réflexion là-dedans ou de choses à comprendre, c'est juste un flot de mots balancés comme ça. J'imagine que c'est à la fois sarcastique et sincère... Désolé si ma réponse a l'air de ne pas en être une !

Vous sentez-vous proche de certains groupes actuels ?
Il y a plein de bons trucs qui tournent, mais ils sont presque tous bien plus jeunes que nous. Je peux citer Thank, USA Nails, Ganser, Twine, Sugarhorse, etc...

L'humour est-il toujours votre arme secrète sur scène ?
Je pense que ce sont les chansons, mais c'est vrai que c'est sympa de parler un peu au public. La magie opère entre nous.

Que peuvent attendre les fans des prochains concerts européens ?
Un engagement furieux, sans rappels !

Aimez-vous toujours autant jouer des morceaux plus anciens comme "To hell with good intentions" (2002) que les nouveaux ?
Oui ! Surtout qu'ils sont trop faciles à jouer. On n'a pas donné assez de concerts au fil des années pour qu'on en arrive à jouer en mode pilote automatique. Recontacte-moi dans 300 shows, je te dirai peut-être autre chose.

Une chance de vous voir jouer un album entier en concert ?
Si on nous file beaucoup d'argent, pourquoi pas. Mais, honnêtement, je préfère des sets qui sont vraiment pensés pour le live, c'est bien mieux, surtout pour un groupe comme le nôtre. Rien de tel que de jouer des morceaux brut de décoffrage dans un ordre qui fonctionne bien pour le public.

Vous évoquez la nostalgie comme une force et un risque. Comment éviter de devenir "juste un groupe de reformation" ?
Lance les dés. Certaines personnes ne passeront jamais à autre chose, et je ne peux pas trop les blâmer.

Comment voyez-vous le rôle d'un label comme Ipecac en 2025 par rapport à l'époque d'avant ?
Honnêtement, je n'y pense pas. Je suis juste content qu'ils soient là, et qu'ils soient formidables.

McLusky McLusky Si les réseaux sociaux disparaissaient demain, ce serait un soulagement ou un problème ?
Un énorme soulagement. C'est trop facile de croire que chaque personne sur Terre a complètement perdu la tête.

Le clip de "Chekhov's guns" vous a sorti de votre zone de confort. D'autres idées de vidéos sont à venir ? Y a-t-il un jeu de mots avec Chekov de Star Trek et le principe du "fusil de Tchekhov" ?
Je laisse les idées de clips à Remy, qui bosse avec nous. Son cerveau fonctionne sur des ondes vidéo (si elles existent). Le seul Tchekhov référencé dans "Chekhov's guns", c'est Anton Tchekhov. C'est le genre de référence que je glisse pour tenter désespérément de me faire passer pour un intellectuel.

Pensez-vous que votre musique puisse se prêter aux bandes originales de films ou de séries ?
Oui, carrément. "People person" devrait d'ailleurs apparaître dans un film assez important, mais je ne veux pas porter la poisse.

Si vous pouviez revivre un concert de McLusky, lequel serait-ce ?
Sans hésiter, le tout premier. À l'époque, je n'aurais pas porté ce T-shirt jaune pétant, bien qu'on s'amusait davantage.

Quelles paroles du nouvel album résume le mieux où en est le groupe aujourd'hui ?
Je ne trouve pas une seule ligne, désolé. "You own your own mistakes but not your back catalogue" est plutôt pas mal, mais comme j'en suis au point où je possède réellement mon propre catalogue, ce n'est peut-être plus très exact.

Enfin, si McLusky était une boisson en 2025, ce serait quoi ?
On serait du whisky fortifié en vitamines et en fer. Si tu nous bois au bon moment, tu t'envoles, à un autre moment, tu dors direct. Oui, on interagit avec les autres médicaments.