Quelle belle idée de programmer, le même soir et au même endroit, les Gallois de McLusky (de retour avec un nouvel album après une longue séparation) et nos frenchy de Gâtechien (qui, eux aussi, ne tournent plus beaucoup). Une idée pas si saugrenue, puisque les deux formations quasi légendaires partagent bien des influences en commun comme Fugazi, Shellac ou encore The Jesus Lizard. Et quoi de mieux que de vivre ça avec quelques bons potes du W-Fenec avides de décibels, de chaleur et de mouvements de foule ? On vous raconte cette soirée idéale.
Gatechien
Le RDV est pris avec JC, notre photographe, un peu avant l'ouverture des portes, pour faire une rapide session photo avec McLusky. Le temps d'échanger quelques amabilités et déjà fusent diverses plaisanteries (« L'autre jour, certains ont cru qu'on était un groupe de rap... MC Lusky !!! Ahaha ! »). Rien d'étonnant venant de Falco, un frontman gouailleur, prompt à la vanne comme à l'anecdote, ce qu'il confirmera brillamment quelques heures plus tard sur scène. Le trio joue le jeu des photos sans broncher, efficace et détendu, pour notre plus grand plaisir. Après avoir feuilleté avec enthousiasme la production fraîche sur l'écran du boitier reflex de JC, nous descendons dans la salle flottante, prenons un godet de bière, et nous installons aux premières loges. Guillaume Circus nous rejoint peu après avec quelques exemplaires de la saison 4 du fanzine Huguigui les bons tuyaux sous le coude (merci encore pour le cadeau, mec !), on balaie l'actu devant les Gâtechien qui sont déjà en place avant l'heure, achevant leurs derniers réglages et prêts à envoyer le son.
Faut-il encore présenter le duo basse-batterie poitevin-charentais Gâtechien ? D'un côté, Laurent Paradot (Headcases, Epiq, Captain Parade, Balboa to Bilbao) avec son jeu de basse excentrique, de l'autre, le furieux batteur Florian Belaud (Gina Artworth). Près de 25 ans de mariage au compteur et 5 enfants (et quelques demi-frères et sœurs) dont l'excellent 4 produit par Ted Niceley (Fugazi, Noir Désir, Girls Against Boys...), et toujours aussi doués dans ce qu'ils font, à savoir un savant mélange unique de noise-rock corrosif, d'indie rock décalé, de post-hardcore vivace, et d'autres trucs avec plein de malice vocale et instrumentale. Visiblement très heureux et touchés de jouer en première partie de McLusky (on les comprend !), les Gâtechien ne cherchent pas à faire dans la démonstration, même si certains pourraient se permettre de le penser tant son bassiste est impressionnant de maîtrise (le jeu nerveux du batteur, à l'opposé, reste très classique) en explorant un spectre de mélodies et de tonalités assez larges dans sa palette sonore. On pense en premier lieu à "Pompignac", joué assis pour l'occasion. Laurent doit probablement compenser à lui seul le "manque" de musiciens (au minimum un guitariste, par exemple). Ce soir, le duo nous sert quelques classiques comme "Faux départ", en insistant pas mal sur le répertoire de 5, sorti en 2011, et occultant les morceaux de ses premiers disques. Pas tout à fait illogique vu le temps consacré à leur prestation scénique qui a fait, tout du long, preuve de robustesse avec une pointe d'humour non dissimulée. Les ayant vu une paire de fois, on n'en a jamais réellement douté, on est juste rassurés de les voir encore bons ce soir.
McLusky
Les stars de la soirée restent toutefois les membres de McLusky. Bien qu'ils n'aient jamais obtenu la reconnaissance méritée au regard de la qualité de leurs œuvres (que foutent-ils sérieusement à Petit Bain en 2025 ?), ils sont attendus de pied ferme (y'a du monde !) par les fans de la première heure et visiblement par une nouvelle génération qui a dû apprécier leur nouvel album, The world is still here and so are we. Ils reviennent dans la capitale un an après un concert au Point Éphémère qui, selon Circus, était tout bonnement excellent. Placé tout devant, on s'attendait à un champ de bataille. Ce fut le cas, et les Gallois l'ont provoqué puisque sans introduction, ils balancent coup sur coup leurs quatre putains de tubes intergalactiques : "Lightsabre cocksucking blues", "Without MSG I am nothing", "Collagen rock" et "What we've learned". L'univers est indescriptible, le public est déchaîné comme jamais, bouge dans tous les sens, les premiers coups sont donnés, on est écrasés sur les retours tout en résistant comme on peut pour ne pas trop s'éloigner de la scène dans une chaleur moite qui commence sérieusement à s'installer. Devant nous se tient Damien, un colosse roux gaucher qui tient sa basse de droitier avec ferveur (à l'envers, donc) et balance ses riffs avec ferveur. Il la troquera parfois avec la guitare de Falco, et n'hésitera pas à aller chantonner dans le public avec une fan sur les épaules. Il indiquera l'avoir fait car étant en tournée, il n'avait pas le temps d'aller à la salle... ça vous montre le niveau des garnements. Falco fait du Falco, avec sa verve en voix de canard et son casque anti-bruit sur la tête, il plaisante régulièrement avec le public avec plus ou moins de succès (j'ai particulièrement bien aimé à la fin le « Il nous reste non pas deux mais trois chansons à vous jouer, et ce n'est pas un cadeau qu'on vous fait, j'ai juste oublié de l'intégrer dans la setlist. Du coup, je me souvenais plus qu'on la jouait »). Finalement, le seul discret de l'équipe est le batteur qui, derrière son panneau en plexiglas, se contente de donner le juste rythme à chacune des folies instrumentales que nous servent le groupe ce soir, à savoir surtout celles issues de McLusky do Dallas et le petit dernier en date. Le trio nous fera même l'honneur de nous présenter un nouveau titre nommé "Computer", avant de terminer avec la sauvage "Whoyouknow" et les ondes noisy et indisciplinées de "To hell with good intentions". En un peu plus d'une heure, McLusky a tout donné et ne reviendra plus sur scène. Peu importe, rappel ou pas, les Gallois ont mis tout le monde d'accord. Et pour un lundi soir, la dose était parfaite.
Merci à Lauren (Rarely Unable)
Photos : JC Forestier
Publié dans le Mag #68





