Maudits poursuit son histoire à un rythme élevé (une sortie par an !) avec un album à la fois différent et connecté au précédent. Différent car Raphaël a rejoint officiellement le trio (qui est donc un quatuor), le violoncelliste entendu sur de nombreux titres (chez Hypno5e, Eryn Non Dae., Monolithe, Psygnosis...) laisse sa place d'invité à d'autres et en tient donc une plus grande sur la suite de Précipice, suite rendue plus évidente par la présence de la "Part III" de la composition emblématique de l'opus précédent.
Et si je suis tenté de commencer le commentaire critique et musical d'In situ soit par cette suite, soit par les apports des invités vocaux, il me faut débuter par le commencement et "Leftovers". Maudits a agencé ses titres dans un ordre qui ne doit rien au hasard, il serait barbare de le chambouler parce que certains passages m'ont davantage impacté. Ces restes démarrent en douceur, comme s'ils introduisaient le violoncelle, le chaleureux instrument se marie agréablement à la guitare avant que celle-ci ne s'électrise et assombrisse nettement le tableau, c'est une progression que l'on retrouve sur "Fall over", titre plus étiré où la 6-cordes cajole avant, là encore, de voir se durcir le ton avec une rythmique plus imposante et bientôt un tempo qui s'accélère. Alternant moments de quiétude post-rock et élans post-metal, le groupe prend plaisir à changer les ambiances et les sonorités sans que l'on soupçonne les coutures. "In situ" donne son nom à l'opus, c'est le symbole (trop court) de l'union du violoncelle et de la guitare (avec quelques oiseaux), une délicatesse qui prépare à une autre, car c'est avec les mêmes idées de doux mélange que se construit "Roads". Titre remarquable puisqu'il démontre qu'un chant peut venir s'incruster sur les instruments sans dénaturer le propos, ici, c'est celui, cristallin, de Mayline Gautié (Lůn), qui vient sublimer le travail des Maudits. Le groupe reprend ensuite quelques idées du passé, idées pas totalement exploitées sur les deux premières parties de "Précipice" dont nous découvrons une autre facette. J'apprécie particulièrement les phrases de basse et de guitare, l'aspect "écho" du violoncelle qui semble leur répondre un poil en retrait, le titre possède une dynamique très organique, c'est un vrai régal. Le délice se poursuit avec "Carré d'as", nouvelle piste avec du texte, c'est la voix d'Olivier Lacroix (Erlen Meyer, Novembre, Galion, Cadillac...) qui vient poser des mots avec un style slam/spoken word du plus bel effet et qui s'accorde particulièrement aux attaques instrumentales, j'adore et ça m'a permis de réécouter le "911" des Guns Of Brixton. Le retour au calme se fait avec "Lev-ken" qui connaît aussi sa montée en tension et fait résonner les cordes sur un passage ombragé avant que la lumière ne fasse le ménage pour reprendre possession de nos oreilles.
Avec chaque nouvelle expérimentation comme avec chaque approfondissement de ses sujets, Maudits marque des points et ne semble garder que le meilleur pour - même quand il met le noir en couleur dominante de son artwork - être de plus en plus brillant.
Publié dans le Mag #68





