Matt Pryor - Wrist slitter Quelques semaines après avoir livré un EP collaboratif avec James Dewees, son compère au sein de Reggie and the Full Effect et The Get Up Kids, le toujours très actif Matt Pryor revient à son projet solo avec un nouvel effort, sorti moins de deux ans après l'excellent May day, encore une fois par le biais du label Arctic Rodeo Recordings (Far, I is Another, Retisonic...). Un disque de songwriter dans la lignée des travaux de son auteur : soit à la fois indie, pop-punk, rock et aussi classieux que racé, personnel qu'insaisissable.

Une intro qui, il faut bien l'admettre, ne sert pas à grand-chose, mais qui laisse place à une mélodie typiquement californienne, "The house hears everything" est déjà joliment décomplexé, aussi fun que réellement agréable. Le potentiel de sympathie de l'hyperactif américain (également dans The New Amsterdams et The Terrible Twos) est évident et celui-ci en joue à fond en expédiant un "Kinda go to pieces" respirant la sincérité comme l'efficacité du petit tube sans prétention et fuselé qui peut tourner en boucle sur la platine sans jamais lasser son auditoire. Et si le très court interlude éponyme "Wrist slitter" joue avec les traditions musicales nord-américaines, c'est surtout la suite qui interpelle l'auditeur.

Qu'il promène sa coolitude évidente sur un "Words get in the way" plutôt élégant ou qu'il retombe dans ses jeunes années avec le très pop-punk lycéen "Before my tongue becomes a sword", Matt Pryor fait à peu près ce qu'il veut avec un résultat de qualité égale : très appréciable. Même s'il n'est jamais aussi tranchant et inspiré que lorsqu'il dynamite ses compositions à l'ancienne avec ce "If I wear a disguise" très court et qui ne préfigure pas du petit bijou qu'est sa suite immédiate : le somptueux "As perfect as we'll ever be" et ses arrangements à cordes à la beauté ensorcelante. Le leader naturel de The Get Up Kids y sublime alors son écriture pour mettre l'émotion de l'auditeur à nu et s'en emparer tout en douceur pour ne plus jamais la relâcher. Un morceau d'une telle classe qu'il est difficile de passer à la suite, pourtant celle-ci reste encore très honorable.

Une ballade folk/rock rythmée ("Foolish kids"), une pop-song à fleur de peau mais évitant avec soin l'écueil de la mièvrerie pataude ("So many questions") et une nouvelle pépite effleurant l'intime avec "There is no us" suffisent à faire succomber un auditeur qui s'offre un dernier petit bonheur avec le final endiablé qu'est "Won't speak to me". Une conclusion à l'image de l'album : légère et efficace.