the married monk the married monk Peut-on dire que sans un certain acharnement de Gonzaï, The Married Monk n'existerait plus ?
Non, rien à voir. Gonzaï a fait un super boulot cependant. J'ai été très touché par la proposition de Bester de ressortir The belgian kick en vinyle. Gonzaï avait également organisé deux concerts du groupe en 2012, à Paris et à Lille.

L'autre paramètre, c'est Thomas Rocton, sans son apport, tu aurais relancé la machine ?
Probablement pas. Notre rencontre en décembre 2015, lors de l'enregistrement de l'album de Manuel Etienne a été un déclic pour moi. Il m'a totalement impressionné.
J'ai laissé passer quelques semaines avant de lui proposer de rejoindre MM. Je pense que lui-même a été surpris par cette proposition. C'est en fait la personne que je cherchais depuis bien des années. Cela n'enlève bien sur rien au talent de tous ceux qui ont fait partie du groupe dans le passé.

Et exister sous un autre nom, c'était envisageable ?
J'y ai pensé à une époque. Mais au bout d'un moment, sur les conseils de ma copine, je me suis vite rendu à l'évidence que cela serait un peu compliqué de "repartir" à zéro, avec un nouveau nom.

Lors de ce printemps, on a un autre retour "inattendu", celui des Tétines Noires, tu as rejoué avec eux sur scène, c'est une cure de jouvence ou c'est beaucoup de boulot de se replonger dans le passé ?
Je repense très souvent à ma période Tétines Noires, 1985-89, à tout ce que cela m'a apporté, aux super moments que nous avons vécus ensemble. Nous ne nous voyons pas souvent mais sommes restés très liés. Quand Emmanuel et William m'ont proposé de les rejoindre sur scène en juin dernier au FGO à Paris, j'ai dit oui sans hésiter. C'était comme un cadeau du ciel.

A part toi, peut-on faire un lien entre les Tétines Noires et The Married Monk ?
Je sais qu'il y en a un et j'en parle dès que j'en ai l'occasion. Aussi étrange que cela puisse paraître aux oreilles de certains, la musique du Married Monk ne serait pas la même si je n'avais pas fait partie des Tétines Noires : j'y ai appris le sens du décalage, de la déstructuration, du brouillage de pistes, etc. Je leur dois énormément. J'ai eu beaucoup de chance de "commencer" avec eux car ils m'ont emmené vers des territoires dont je ne supposais même pas l'existence ou que je ne connaissais que de loin, comme le Happening, le Body Art où encore la poésie sonore. Bref, le genre de rencontre qui vous marque pour toujours.

The belgian kick est un de mes albums préférés des années 2000, il semblerait qu'il ait marqué beaucoup de gens, est-ce que tu le comprends et est-ce que tu peux l'expliquer ?
Tu sais, c'est toujours un peu compliqué pour moi de parler de ce genre de chose. Lorsque nous estimons qu'un album est terminé, nous passons le bébé. Le public, les médias deviennent alors seuls juges. Si cet album a plu, ce qui fait toujours plaisir, c'est peut-être qu'il était différent du reste de la production musicale hexagonale de l'époque. Je ne sais pas...

Dans ce nouvel album, il y a quelques références à de "vieux" albums, tu t'es forcé à créer ces ponts ou cela semblait évident ?
En fait, c'est un peu un clin d'œil à ce qu'avaient fait The Beatles avec "Glass onion" où encore David Bowie avec "Ashes to ashes" en citant des personnages apparaissant dans des chansons antérieures. Cette notion de "navigation", de ponts entre passé et présent est très importante pour moi. C'est une des caractéristiques de mon travail de composition et d'écriture.

Parmi ces liens, il y a ce titre, extrait des paroles de "Cyro's request" qui étaient déjà énigmatiques à l'époque de R/O/C/K/Y, faut-il y chercher un sens ou juste profiter des sonorités ?
"Cyro's request" était dans sa première mouture, un morceau instrumental composé par mon frère. A mesure que nous avancions dans l'enregistrement et les arrangements, je me suis rendu compte qu'il y avait de la place pour une voix. J'ai commencé à écrire quelques lignes en prenant ce qui me passait par la tête, "laissant le stylo écrire tout seul", sans chercher à raconter une histoire. Il serait cela dit, bien prétentieux de parler ici d'écriture automatique ou de surréalisme !

Pourtant, la narration est importante, j'ai toujours l'impression que tu t'adresses directement à l'auditeur quand tu chantes, est-ce que tu préfères raconter quelque chose ou le chanter ?
En règle générale, les idées de morceaux me viennent dans la rue, en marchant. Cela arrive comme ça, de manière polyphonique : une musique et une voix, simultanément. La voix est donc dès le départ associée à une mélodie, à quelque chose de chanté/scandé. J'essaie de faire en sorte que la voix ne soit ni plus ni moins qu'un autre instrument.

The Married Monk - Headgearalienpoo Il y a 2 reprises sur l'album, de The Cure et Dogbowl, pourquoi ces titres-là en particulier ?
Reprendre "Siamese twins" était une idée qui me trottait dans la tête depuis plus de vingt ans mais qui en même temps, me paralysait à chaque fois que j'y pensais. En effet, comment faire pour reprendre ce genre de truc, ce morceau "culte" sans aller droit dans le mur. Dans ma tête, cela équivalait à vouloir escalader l'Everest en tongs. Mais au final, la tentation étant trop forte, nous nous y sommes collés avec tout de même la peur au ventre. Pour la partie instrumentale, nous n'avons fait qu'une prise live, piano/basse/batterie. Idem pour la voix. Nous avons ensuite enrobé le tout de quelques dissonances. Je dois t'avouer que nous ne sommes pas mécontents du résultat.
Ce fut à peu de choses près le même casse tête de reprendre 'Bus' de mon vieux copain Stephen Tunney a.k.a Dogbowl. De l'original, pure merveille minimaliste, je voulais faire quelque chose de très orchestré, sans que cela ne devienne pompeux ou ronflant.
Tom s'est chargé, avec brio, des arrangements de cordes et de trombone. Nous avons envoyé le résultat final à Stephen. Il était très ému. A une époque, nous reprenions souvent "Hot day in Waco" du même Dogbowl. Il est venu la chanter avec nous sur scène plusieurs fois quand il vivait à Paris. C'était fantastique !

Il y a un gros travail pour fondre ces reprises dans l'album, comment vous les travaillez ? En général, on cherche d'abord à "faire pareil" que l'original...
Selon moi, une reprise, c'est un hommage. Il faut se permettre des choses aventureuses sans perdre l'essence, l'esprit de la chanson. Quand une idée de reprise me vient, j'écoute l'original une bonne cinquantaine de fois en pensant à ce que je pourrais enlever, remplacer ou rajouter afin qu'il sonne comme un morceau du groupe. C'est quasiment un rituel chez nous : deux reprises par album. C'est un exercice assez compliqué mais très excitant. Nous ferons peut-être un album de reprises un de ces jours.

Tu as produit d'autres artistes, est-ce que cela a influencé ton écriture ?
Pas vraiment. Enfin si, c'est arrivé une fois. J'étais à Berlin au tout début des années 2000. En me baladant dans la rue, je m'étais pris à fredonner une chanson de Superflu, malheureusement jamais sortie sur disque : "Vienne". Chanson faisant, d'après moi, référence à l'ascension très préoccupante de l'extrême droite de Jörg Haider en Autriche à cette époque. Une chanson à la mélodie imparable et que j'avais toujours en tête quand j'ai écrit "Pretty lads" sur l'album The belgian kick.

Comme d'habitude, l'artwork est très réussi, qui en a eu l'idée ? Qui l'a réalisé ?
Je devais travailler sur une partie du design de l'album mais je n'ai pas eu le temps. Nous avons donc demandé à Elie Jorand de s'occuper de l'intérieur de la pochette et à Francis Meslet (photographe et graphiste travaillant avec Ici d'Ailleurs) de s'en charger. Un grand merci à eux deux.

Un clip est prévu ? Pour "Gravity" ?
Oui, si nous trouvons le budget pour le faire réaliser...

L'album est dispo chez Ici d'Ailleurs, quelle a été leur réaction quand tu leur as appris que le groupe allait revenir ?
Stéphane Grégoire, le boss, a été d'entrée très emballé. Et une fois de plus, il nous a donné les moyens de travailler dans de supers conditions, 20 ans après nos débuts au sein d'Ici d'Ailleurs.

Des concerts sont prévus ? C'est plus dur de monter une tournée aujourd'hui qu'il y a 15-20 ans ?
Sans aucun doute pour des groupes comme nous. Mais il faudrait demander ça à notre tourneur. Cela dit, les dates commencent à arriver, dont une à Paris le 27 septembre au Café de la Danse à Paris.

Est-il prévu quelque chose à l'international ? Anglais comme Américains
doivent t'apprécier...

Oui, d'autant plus que les groupes français chantant en anglais ont une bien meilleure image à l'étranger qu'il y a 20 ou 30 ans. On adorerait jouer à nouveau en Espagne, en Belgique, en Pologne, en Angleterre etc...