Chargé de dompter une foule venue pour un autre, Boule est entré sur scène avec Sonia Rekis et son accordéon. Il jongle avec les mots et les émotions, mais une partie de la salle s'en contrefout et poursuit ses bavardages, c'est plutôt pénible car ça parasite le début de soirée de ceux qui, dans les premiers rangs, écoutent, sourient et renvoient des ondes positives. Peu à peu, sa musique gagne du terrain et son "Neuneuil" et ses "Aïe aïe ouille ouille ! Aïe aïe aïe ouille ouille ouille" finissent de convaincre les deux du fond qui comprennent tardivement qu'ils ont raté un concert fort sympathique !

Marcet et son Orchestre Marcet et son Orchestre Les premières notes d'introduction du concert (qui commence avec "Avanaguila") n'atteignent pas le plafond que le public souhaite déjà un joyeux anniversaire à Bidingue qui salue bien bas tout le monde avant de retrouver ses synthés. Tout le monde est au taquet, pas de préchauffage et pas envie de prendre l'option "concert un peu chiant", le spectacle est autant sur scène que dans la salle et jamais l'intensité ne retombe durant le show qui mêle standards insubmersibles et nouveaux morceaux. Si j'ai bien compté, ils sont sept de C'est pas à vous qu'ça m'arriverait avec bien sûr "Stigmatisez-moi !", "Maudit karma" (d'actualité vu que Marine montre sa chatte à Matignon pour obtenir de l'attention) et "Quand on sait pas dire non" mais aussi "Autocentré", "L'empathie", "V'là l'dégât !" et, plus surprenant, "Dans ma boudinette". Ce titre un peu "à part" sur l'opus se transforme en un moment fort du spectacle avec en direct devant nos yeux ébahis, les demis finales des championnats de tapotage de panche ! L'occasion pour moi de découvrir cette compétition, mais également que le mot "panche" est méconnu hors des Hauts-de-France ! Pour les non-initiés au ch'ti, c'est donc le "ventre", on retrouve le mot assez régulièrement dans l'expression "panche à bière" qui caractérise généralement une personne avec un certain embonpoint abdominal. Ici, ce sont trois redoutables panches qui font sonner leurs peluches ombilicales et, soyons honnêtes, il n'y a pas eu match tant il y avait un écart entre le monde professionnel et l'amateur local. En termes d'animations, les Marcel regorgent d'idées, font monter sur scène des fées pour "La fée dépovga", des femmes jeunes d'esprit pour "Femme mûre", te font faire un tour en bateau pour "Brrr... (au début elle est froide)", proposent un sit-in, se font imberner par Chuck Norris, reprennent "Le mouton kabyle" (composée par Les Satellites), assurent une démonstration de nage synchronisée (prenant pour modèle le chef), imitent Polnareff... Il se passe toujours quelque chose même si de temps à autre, la puissance du titre suffit largement : "Petite culotte", "Tout l'temps t'aimer toujours", "62 méfie-te", un président "Comme un balai (in the wind)", "Les neurones à crêtes", "Raoul et Alain", "Où sont passées mes pantoufles ?"... On ne peut pas y passer la nuit (encore que ça ne me dérangerait pas !) et donc certains morceaux que j'aime beaucoup ont disparu de la setlist ("Fil à retorde", "Body building"), n'y sont pas encore revenus ("Arrête ton crin-crin") ou n'y ont pas trouvé de place ("Jean-Patrick" ou les "Bertrand"... à croire qu'il y a un complot anti prénoms !). Outre les déguisements et les couleurs improbables, les Hazebrouckois montrent aussi leur attachement à la démocratie et aux valeurs humanistes en reprenant spontanément "la jeunesse emmerde le front national" et pour ne pas les chagriner de voir la petite bande quitter leur bourg, Marcel et Son Orchestre a la délicate intention de jouer comme des merdes le dernier morceau. Meuh ils n'y sont pas arrivés.

Tout le monde quitte le pré et l'arène, on remballe le chapiteau sans encore savoir que le week-end cirque n'est pas terminé... Ce dimanche-là est nommé le gouvernement de rupture (la bonne blague) qui bat le record du monde de la chute à grande vitesse. Sous nos applaudissements !