manu chao : proxima estacio esperanza "Je vois ce disque comme une seule chanson. Un voyage fluide, sans cassure; sans destination véritable. A part l'espoir, dont j'ai besoin pour vivre." (Manu Chao)
Et si on s'arrêtait tous à la station de l'espoir ? Impossible de se perdre avec ce nouvel opus, Manu Chao aime la vie on l'aura tous compris ... ..et ce malgré son "infinita tristezza" ...
Un regard en arrière nous en dira long sur ces 46 mns et 4 secondes de pur plaisir ... et oui Manu n'a pas frappé dans la plus grande originalité avec Proxima estacion : esperanza.... mais pourquoi lui demander d'abandonner une recette qui fonctionne si bien, au niveau commercial certes, mais aussi au niveau musical. Et pourquoi le lui reprocher ? Clandestino était une perle, notre "Espérance" latino-multinational n'en est pas moins un disque qui invite à l'écoute, que celle ci soit musicale ou humaine.
Un disque plus "féminin "selon son auteur, comme s'il était "la petite sœur de Clandestino". Tout s'explique.
A la première écoute, si on connaît Clandestino, on risque d'être légèrement déçu d'Esperanza. Hormis quelques chansons clefs de l'album on s'imagine que son auteur s'est contenté d'un gros copié/collé avec le premier disque, se basant sur les rythmes de ses premiers hits, à savoir "Bongo Bong" ou "Clandestino". Puis on rentre dans le jeu de Manu... Il me semble qu'on pourrait séparer ce disque en 3 parties, avec comme dans un conte, une introduction des 5 premiers titres pour présenter les personnages, puis une histoire plus spécifique formée autour des 9 titres suivants et enfin l'épilogue sur les 4 derniers. "Merry Blues" ouvre le bal, "Attento" (attention) premier mot du disque, signal sonore, sonnerie de téléphone, et en fond un riff tout simple puis une voix claire ,style reggae "I told you once I told you twice the merry Blues" ... Des chœurs, des bruits de marché ou de cour de récrés... le dernier mot du titre : "esperanza". Manu ouvre son disque avec un pari qu'il s'efforcera de tenir tout le long... raconter une seule histoire... "attention... l'esperance ?" et qui sait, peut-être raconter une vie. Le schéma est simple, les thèmes récurrents, et l'on retrouvera toujours les mêmes ensembles de sons, de bruits, de thèmes musicaux, comme un champ lexical. On enchaîne avec "Bixo" et "Eldorado 1997", deux titres qui se suivent après une coupure sèche, schéma récurrent de cet album. Cuivres et salsa à l'appui, ambiance festive qui se retrouve également sur "Promiscuity" ("oho set me free, oho let me be") ... il semble que le message est clair... on pense à une fanfare de rue, une festival en plein air, une vie sans contraintes. ..et toujours ces mots, comme un refrain obsédant en boucle... "proxima estacion..." à la fin de "Promiscuit"y et la réponse... "esperanza" dans l'intro du 5eme titre "La Primavera". Contrairement à ce! que certains ont pu penser en écoutant cet album, Manu et ses acolytes ont effectués un véritable travail de fond, de remises en question de leurs anciennes compos afin de réunir dans un même disque des compos travaillées et retravaillées avec les mêmes outils. Soient les mêmes sons, des thèmes musicaux identiques, des paroles en répétition, genre "disque rayé" mais pour délivrer une autre cohérence, des textes différents, des messages, un travail de géant en somme qui démontre bien les capacités de ces musiciens à exploiter différemment à chaque fois leur potentiel. C'était un risque à prendre peut-être, le résultat se traduit un peu comme un essai. Et c'est peut-être là que réside le tour de force de Manu. Avec "Me Gustas Tu" on retourne à la compo basique, "tube" et facilité, air entraînant, rien de bien méchant non plus mais on nous sert du plaisir avant tout, impossible de ne pas se repasser le clip dans la tête. Manu Chao fait du Manu Chao et c'est tant mieux. Puis changement radical de registre, l'oreille avertie se prépare alors au titre que je considère comme majeur sur cet album bien qu'absolument pas représentatif du disque : "Denia". Une ouverture musicale sur un genre peu exploité ... "Denia" est un mélange de chants arabes, de rythmes latino, de paroles scandées, pas de raï à proprement parlé ... une merveille qui nous extrait un peu du monde auquel Manu nous avait habitué. Comme quoi, tout est possible, c'est sûrement ce que le chanteur voulait nous faire comprendre... avec sa méthode à lui ! Et toujours des fonds de radio, une flûte et des cuivres qui nous rappellent que quand même on est dans l'univers de Manu Chao. Ce qui lui permet sans peine de faire la transition avec "Mi vida", j'oserais dire un classique du genre, une chanson amère, une saute d'humeur peut être, un chapitre triste du roman de Manu, vite oublié grâce à "Trapped by love" et "Le Rendez-Vous", deux titres qui se suivent et s'accompagnent puisque seul le texte diffère entre les deux, une même histoire que nous raconte Manu. Petit flash back avec "Mr.Bobby", l'hommage à Bob Marley puis on continue dans la lignée des titres propres à cet album, plus neufs avec "Papito" et "La Chinit"a, deux comptines à la mexicaine, une bouffée de fraîcheur qui se poursuit avec "La marea" ... on se replonge alors à nouveau vers ce que je me permettrais d'appeler des titres plus "expérimentaux" car à nouveau basés sur des rythmes que l'on connaît... presque par cœur. "Homens" accueille le flow d'une rappeuse latino qui ma foi s'en sort plutôt bien... le titre est peut être un peu long, mais on appréciera surtout son coté "ambiance" de fond, tranquille et posée. Petit clin d'œil avec "La VacaLoca", encore une fois la recette est la même, bruits de fond divers, rythme entraîneur et un refrain qui nous ferait presque sourire avant de retrouver la marque de fabrique, toujours ces mots "Radio Bemba ;estacion ;Esperanza" telle une litanie. Enfin le dénouement du conte sur "Infinita Tristezza" : "habitants de tous les pays et continents... infinita tristezza..il me semble que j'ai vécu toute ma vie dans l'attente de ce moment là ... infinita tristezza..le moral est bon Cumul à n'en plus finir des extraits de pubs, de films, de sitcoms... un mix des outils qui ont contribués au Cd et le final, un répondeur... les mots enfin se rejoignent pour une dernière recommandation avant le départ Proxima estacion : esperanza.