manu chao :clandestino Quatre années s'écoulent et on le retrouve avec entre ses mains un album époustouflant, Clandestino un joyau de la musique actuelle. Un p'tit gars que les fans ont surnommé le "Bob Dylan latino-américain", non sans raisons. Entre musique et politique ,des réfugiés de la Sun Belt au Chiapas, certains feraient de lui le gourou de leurs revendications sociales. Manu Chao défenseur des tiers-mondistes ? Pourquoi pas? Mais l'homme s'est toujours forcé a ne pas succomber aux pressions médiatiques et à ne pas se contenter de cette description réductrice et démagogue. Ce qui explique les rares apparences télévisuelles, pas ou peu de dates européennes jusqu'en 2000/2001, tri des journalistes, actions humanitaires et politiques assez discrètes. De la tournée Sud-américaine à vélo au sommet du G8 à Gènes, il clame cependant son indépendance face aux évènements et avoue n'avoir peut être qu' un seul "véritable" engagement, celui de faire de la musique. D'ailleurs c'est sans prétentions qu'il nous livre son premier album, intimiste, sincère et envoûtant, un journal de bord qui incite à la découverte et au contact. Son groupe est plutôt une sorte de collectif appelé "Radio Bemba", tout comme à l'époque de "La Mano Negra", l'idée est de réunir un ensemble de musiciens, d'horizons différents intéressés par une seule chose, jouer ce qu'ils veulent jouer, ce qui leur passe par la tête et satisfaire leur envie effrénée de sons et de couleurs, de rencontres, de voyages. Respectueux, curieux, bohème et emprunt de teintes chaudes, ce sont les mots que j'emploierais pour décrire le personnage bien que je ne l'aie jamais rencontré. Car c'est aussi ce que je ressens de sa musique, cette volonté tranquille mais sure de toucher le grand public, de nous faire ouvrir les yeux et les oreilles en douceur, à l'autre, à tout ce qui nous est étranger, à ce qui nous dépasse, à ce qui nous angoisse. Une volonté aussi de continuer à faire un style de musique qui plaît, qui lui plaît. De chansons calmes et passe partout telles que "Je ne t'aime plus", "Clandestino", c'est a dire les hits, aux chansons plus discrètes et conceptuelles du second disque, basées sur les succès du premier, le métissage fonctionne, les oreilles vibrent et la tête réfléchit, le corps remue malgré lui et forcément, que l'on aime ou non on prend le temps d'écouter. Entre passages jazzy et influences cubaines ou mexicaines, une pointe de reggae et une solide base rock, le son de Manu Chao est reconnaissable entre tous. Un peu comme si l'auteur avait voulu s'emparer de morceaux de vie qu'il a traversé, des petits bouts d'êtres, des personnages rencontrés au hasard des chemins, de quelques sons ou couleurs. Et ce schéma se retrouve d'ailleurs tout au long d'Esperanza. Les critiques lui reprochèrent cette facilité de faire un second disque identique ou presque au premier ... certes la recette est la même, les chansons phares toujours aussi attrayantes et légères, mais qu'importe ?
Manu Chao fait du Manu Chao. Et si cela nous rend heureux... que demander de plus ?