Manu - La vérité La vérité ? Manu n'a jamais été aussi proche de Dolly. Les concerts, le travail "en groupe", l'anglais, le moyen de sortir une certaine énergie ? Peu importe les raisons de ce retour aux sources plus rock car même si on adore la douce Manu en version pop, on l'apprécie encore davantage dans un nuage distorsion survolée par sa voix cajoleuse.

Si la guitare n'avait jamais vraiment quitté les bras de Manu, la saturation n'avait jamais été aussi présente que cet opus, elle est omniprésente, seul un titre y échappe, c'est "Je pense à toi" et son dépouillement musical d'où émergent essentiellement les sons graves du violoncelle qui rappellent fatalement Apocalyptica. L'autre plage de calme, c'est "A quelqu'un", qui commence comme une complainte un peu résignée avant de peu à peu se transformer en fougueux élan électrique. Pour le reste de l'album, l'électricité est déjà à tous les étages avec l'envie d'en découdre plus frontalement et carrément de faire honneur à une vieille gloire du punk rock. Manu reprend en effet "Teenage kicks", le titre de The Undertones qui s'il est écrit à l'été 77, sort en 78 alors que les Sex Pistols ont braqué tous les regards sur un nouveau genre musical. Ce morceau est devenu un standard du punk grâce entre autres à ses nombreuses reprises (parmi les groupes qui se sont amusés avec le riff entêtant on peut citer les Buzzcocks, Ash, Skunk Anansie, Therapy?, Green Day, Supergrass, Rasputina et même les One Direction), ici, à part la voix, moins chevrotante, on reste très proche de l'idée d'origine avec un fond sonore un peu brouillon d'où ressortent les notes qui, avec la dynamique, font le sel du tube. Et si là, l'anglais s'impose, on le retrouve aussi par ailleurs ("Toi et moi", "Bollywood"), par bribes comme si la langue du rock venait s'incruster naturellement dans le français maternel de Manu ("Happy end nous restons dans le mood / Take my hand et serrons-nous les coudes ..."), comme une évidence. L'anglais n'est pas nécessaire pour donner du rythme et du punch, notre idiome peut aussi sonner et faire claquer les mots ("Un baiser dans le cou", "Comme un gant") comme leur donner une harmonie qui nous emporte avec force (et rappelle un peu plus Dolly, "La vérité", "Encore de moi").

La vérité ? Peut-être que la vraie nature de Manu refait surface, qu'il lui est impossible de calmer ses démons "de jeunesse", que le Rock est plus fort que tout et comme, finalement, il s'adapte parfaitement à ses volontés de douceur et de mélodie, le mélange détonne plus qu'il n'étonne. De toute façon, avec Manu, le charme agit toujours, quelque soit son arme.