5 années entre deux albums, c'est un rythme qui te convient ? Ou ce sont les aléas du métier qui ont voulu un tel écart ?
J'aurais souhaité le délivrer plus tôt, mais il est vrai que c'est devenu difficile de sortir un album de nos jours. J'ai eu à subir, comme beaucoup d'artistes, des soucis avec ma maison de disques de l'époque pour mon premier album solo Rendez-vous, qui m'ont beaucoup affectée. Cela a ralenti le processus créatif. J'ai donc été un peu lente dans l'écriture cette fois-ci, je n'avais pas de morceaux à l'avance et j'attendais le déclic. Me tourner vers les autres en a été un, par exemple j'écoutais, j'observais, je prenais des notes et elles m'inspiraient la musique. Ne plus seulement parler de moi et de mes joies et peines, mais interpréter et m'approprier celles des autres. Les soumettre à mon regard, mon imagination et les proposer. J'avais et j'ai encore des choses à dire, ce dont on n'est jamais sûr lorsqu'on s'attelle à l'écriture d'un album. Puis nous avons tenté des démarches quand même auprès de certains labels pour cet album, démarches longues et pas vraiment concluantes à nos goûts ... Il a donc fallu s'organiser pour bien préparer cette sortie nous-mêmes via le label Tekini Records, label que j'ai monté avec Patrick Giordano en 2007.

Manu - La dernière étoile Tu avais écrit une autre chanson en japonais ("Tenki ame"), elle ne trouvait pas sa place sur l'album ?
"Tenki ame", est une chanson qui me tient vraiment à coeur. Akira Yamaoka, illustre compositeur japonais, notamment de musiques de jeux vidéos tels que Silent Hill, l'a d'ailleurs demandé pour une compilation qui servira à amener des fonds pour les victimes de Fukushima.
Je ne lui ai pas trouvé sa place sur l'album comme tu dis. Mais il n'y a pas que « Tenki ame » que l'on a finalement pas mis sur l'album... on a enlevé plusieurs titres au dernier moment, car on voulait que l'album soit vraiment cohérent, qu'il soit une entité. Au risque de proposer un album un peu plus court que la moyenne... en fait, on va aussi sortir des add-on à La dernière étoile... du contenu supplémentaire, un peu comme pour certains jeux vidéos... non pas dans un but mercantile, mais pour que ces « extensions » aient elles aussi une cohérence propre, tout en étant intimement liées à La dernière étoile. On espère pouvoir sortir deux EPs de la sorte cette année... Le premier devrait être plus proche de ce que nous faisons sur scène, très rock, très brut. Et le second sera plus lié à la culture japonaise de l'image et aux jeux vidéos... mais bon, je croise les doigts pour qu'on réussisse à faire aboutir ces deux projets complémentaires de l'album.

L'artwork est très joli, quelle est ta part, quelle est celle de Laurent Charliot ?
Merci pour le compliment pour l'artwork. L'idée est partie d'une pochette de Gotye que j'aime beaucoup, celle de la peinture avec le coeur. J'ai pensé à une étoile emplie des images que j'avais en tête pour chaque chanson. Chaque chanson a son étoile. Laurent m'a aidé à réaliser ce que j'avais dans la tête. On se connaît bien, ça aide, car il ne m'est pas toujours facile de faire comprendre mes propos artistiques. C'est ce qui me plaît aussi dans ma collaboration avec Nikko (Nicolas Bonnière). Cette complicité, le fait de de se comprendre facilement. C'est précieux.

Quelques titres sont écrits avec Nico, ce sont des titres qu'il a amélioré ou vous avez travaillé ensemble dès le début de la composition ?
Les titres de cet album ont plusieurs périodes. La première est la résultante de deux jours passés avec Nikko à écouter ses riffs ou ses instrus au dobro. Sont nés alors « Que fais-tu » et « Talk (about) ». Cela a défini la couleur que nous cherchions pour l'album. Puis, étant en tournée avec Eiffel, il m'a encouragé à composer davantage seule. L'idée ne m'a pas fait sauter de joie au départ, j'aime tellement le partage, mais me retrouver seule à batailler avec Pro-tools et Reason était comme un défi et je me suis prise au jeu. C'est ainsi que j'ai fait « J'attends l'heure », « J'oublie », « Le paradis », « La dernière étoile », « Je pars avant » et « Oh dear ». Je savais que Nikko me sublimerait les sons et les chansons par la suite si les titres lui plaisaient.
Puis quand j'ai pu l'attraper de nouveau, nous avons recommencé à composer comme nous le faisons souvent, à savoir : il a une idée à la guitare, je chante une mélodie, nous structurons ensemble et il décore magnifiquement le tout. C'est le cas pour « À toute vitesse », « La Routine » et « À la légère ». Je lui fais entière confiance et il m'inspire beaucoup. Je pense que c'est réciproque.

France Cartigny vient faire les choeurs sur "La routine" dont elle a écrit le texte, comment s'est fait cette rencontre ?
J'ai rencontré France lors d'une session aux studios des Forces Motrices à Genève. David Weber a eu envie de réunir plusieurs artistes français, anglais et suisses qu'il aime et de les faire jouer et composer ensemble. Nous ne nous connaissions pas pour la plupart mais la magie a opéré de suite. Cette belle initiative de David a donné vie à un album Les motrices sessions sorti en 2007, avec deux concerts mémorables à la suite. Il y a pléthore de bonnes chansons sur cet album. C'est là-bas que j'ai rencontré Fred K également, qui m'a aidé à sortir les mots de ma chanson pour Micka, « Goodbye », sortie sur mon album précédent Rendez-vous.

Manu (photo : Jipé Truong) Manu (photo : Jipé Truong) Elle a également écrit "A toute vitesse", tu te reconnais dans ses textes ?
Avec France, ce fut comme si on se connaissait depuis toujours, c'est ma frangine. Alors que je peinais sur deux chansons, ne trouvant pas les textes à la hauteur de la musique, j'ai pensé à elle. Je n'ai pas douté une seule seconde du résultat, et je dois dire qu'il est même au-delà de mes espérances, tant ses paroles me touchent et me parlent. Je suis fan des France Cartigny, l'album Les meilleurs est un de mes disques de chevet. Aussi suis-je fière de cette collaboration. Je tenais à ce qu'elle soit là lors de l'enregistrement des voix, et c'est tout naturellement qu'elle est venue poser la sienne avec la mienne.

Dans tes textes, on peut lire : Je longe les traces ("La dernière étoile"), J'ai marché longtemps ("J'oublie"), Toutes ces montagnes que j'dévale ("A la légère"), "Je pars avant"... tu sembles toujours en mouvement, tu as peur de l'immobilité ?
Effectivement, le mouvement est très présent dans l'album, ainsi que le temps qui passe, cela est lié évidemment. Cela n'a pas été fait en conscience, je le constate également au final. C'est intéressant à analyser. Quelques journalistes comme toi, m'en ont fait la remarque, cela me touche beaucoup, car cela implique une réelle écoute, je t'en remercie au passage, et quelque part des questions, des peurs et/ou des sensibilités communes. Je pense que l'on s'approprie les textes d'une chanson par rapport à ce que l'on est en train de vivre et que l'on entend ce que l'on a envie d'entendre à ce moment-là. C'est mon cas lorsque j'écoute la musique et les mots des autres. Les extraits que tu as choisi sont éloquents, j'en parlerais à mon analyste quand je me déciderais à en prendre un (rires) Pour l'instant la musique est mon exutoire et une belle thérapie.

Tu as rejoint Rage Tour, un tourneur plutôt métal, pourquoi ce choix ?
Nico de Rage Tour est un tourneur de renom, qui s'est montré très enthousiaste à travailler avec moi. Je pense qu'il faut toujours aller vers les personnes les plus motivées et qui ont l'envie. J'ai toujours aimé le métal, mes collaborations avec Apocalyptica et Mass Hysteria en sont un bel exemple. Même si cela n'est pas flagrant dans mon dernier album, cet univers se retrouve toujours à un moment en live sur certains morceaux.

Participer au "Bal des Enragés", c'est un truc qui te brancherait ?
Bien-sûr que j'aimerais participer au Bal des Enragés !

Peu de festivals t'ont programmé cet été, je trouve ça très étrange et je me demande "pourquoi ???", tu as une explication ?
Effectivement je n'ai pas beaucoup de festivals prévus cet été, je n'ai pas d'explications à cela. En même temps, on retrouve tellement les mêmes noms sur les affiches, que l'on comprend que les programmateurs vont appeler des valeurs sûres, ou des groupes qui font le buzz en ce moment.
Il est difficile aussi pour les festivals ou les salles d'ailleurs de continuer à exister, comme c'est le cas pour moi, je le comprends. Mais j'ai évidemment le regret de ne pouvoir partager davantage la force que nous avons mes compères et moi sur scène. Le DVD live en est une belle trace. Ce sont toujours des moments puissants, intenses en émotions et en énergie. C'est assez frustrant, mais l'on continue, c'est un nouveau départ à chaque fois, un travail de fourmis comme on dit . une véritable bataille en réalité.

Une tournée est prévue à l'automne ?
Une tournée est effectivement prévue à l'automne, je croise les doigts. Alors à bientôt sur les routes !