Manu - La dernière étoile Cinq années se sont passées depuis le premier Rendez-vous avec Manu, mais les premières notes de ce nouvel opus rouvrent rapidement la boîte à souvenirs. On constate alors que ses belles mélodies ("Tes cicatrices", "T'es bô t'es con", "Suteki ni"...) ne nous ont pas vraiment quittées et qu'elles viennent nous hanter en même temps que l'on découvre leurs petites soeurs.

Quelques murmures, quelques notes, un rythme qui monte, le petit instrumental "Oh dear !" donne les trois coups, son successeur immédiat "J'attends l'heure" n'en donne lui qu'un seul, mais un sacré coup ... de vieux ! Ambiance maison de retraite dépressive pour le texte, petites mélodies guillerettes tout en contraste pour la musique et la ligne de chant, Manu a le don de faire passer des instants fades comme des bonbons acidulés. Le thème est différent pour "Que fais-tu ?" mais l'idée reste la même, les mots sont ici dédiées à la jalousie alors que la rythmique cadencée va de l'avant et le ton semble insouciant. "La routine" des amants qui se manquent faute de prendre du temps continuent la course de l'album qui apprécie le mouvement et marque une première pause avec le titre éponyme "La dernière étoile". Très émouvante, Emmanuelle alourdit le tempo et partage une partie de son fardeau pour alléger son coeur, malgré la pluie de soleils, la solitude est sombre, ce titre rompt l'enchantement et plonge dans la triste réalité ceux qui se seraient laissés porter par les douces harmonies jusque-là. Mais ça pourrait être pire, tant qu'on ne perd pas le sourire, pour le garder, il suffit d'oublier, de travestir ses souvenirs, cette recette idéale pour rester heureux s'oppose à "A toute vitesse" où l'on revit et retient tout.

Musique, texte (de France Cartigny, comme pour "La routine" où la démoiselle fait également les choeurs) et chant sont à l'unisson, le peu d'allant laisse peu d'espoir et nous laisse bel et bien sur terre. La réponse donnée par Manu est la même que pour "J'oublie" : il faut prendre l'affaire "A la légère", comme ce petit gimmick à la guitare, on repart comme si de rien n'était... Pour aiguiser de nouveau nos oreilles, un peu d'anglais désabusé par des mensonges et un saxophone qui comme le sujet de la chanson la joue un peu perso ("Talk (about)"). La basse redonne du pep's et illumine de nouveau les yeux avec quelques jeux de mots à propos des maux que Manu rencontre (aussi bien lors d'une tempête sentimentale que pour écrire). Et à la fin, où se retrouve-t-on ? Au paradis bien sûr... Une douceur pleine de nostalgie où l'on se met à regretter les écorchures du passé.

La dernière étoile est un très bel album, contrasté, centré sur les souvenirs et les émotions, porté par des mélodies touchantes, un album à la fois personnel et à partager pour gagner en légèreté.