Manu by Jipe Truong Cet album est-il un nouveau cap ou une aventure isolée ?
C'est une nouvelle aventure, comme à chaque fois que j'envisage un album. Je veux me surprendre, je m'aventure, j'explore, jusqu'à trouver le son, la couleur qui m'indique que je suis dans la bonne direction sur ce nouveau chemin. J'y avance à petits pas au début et ensuite je fonce sans me poser de questions, du moins j'essaie.

Il sort un vendredi 13, aucune superstition là-dedans ?
Non, je croise les doigts. (rires)

Il est très "libre", j'ai l'impression que tu as vraiment pu faire ce que tu voulais, pourquoi ne pas l'avoir fait auparavant ?
Oui, j'ai fait exactement, et dans le détail, ce que je voulais. J'ai appris au fur et à mesure de mes expériences précédentes auprès des gens qui m'entourent. J'ai beaucoup observé et surtout beaucoup travaillé. La confiance est venue lentement et je me sentais prête pour cet album-là à prendre les manettes, à faire fi des doutes et des remarques que l'on pouvait me faire. Peut-être étaient-elles justifiées, mais je savais où je voulais aller, ce que je voulais entendre. Il me fallait donc prendre le contrôle. Comme je viens de l'école "groupe", je n'en avais pas l'habitude...

Donc certains dans ton entourage ont essayé de faire évoluer les titres avec des remarques genre "tu vas trop loin" ?
Non, pas exactement, plutôt des doutes exprimés parfois. Il faut dire qu'au départ cela pouvait sembler "décousu". Mais ils m'ont fait confiance au fur et à mesure. Patrick est celui qui m'a poussée le plus à aller au bout. Il me disait : "fais comme t'as envie, fais comme tu veux", il a été un soutien très important, primordial même. Mon fonctionnement n'est pas très académique, pas conforme soi-disant... par exemple j'enregistre les batteries avec 3 micros. Au début, c'était par manque de moyens et de matériels, mais j'ai aimé le son que j'en ai sorti et je l'ai gardé. Je ne saurais pas de toutes façons mixer une batterie avec trop de micros (rires). Et puis je travaille sur un logiciel qui me permet d'expérimenter facilement parce que je l'ai beaucoup pratiqué lorsque Protools m'a lâché, et qui est peu utilisé dans mon style de musique. C'est pas Logic, par exemple, qui est facile et intuitif mais que l'on retrouve sur beaucoup trop de productions en ce moment je trouve. Je me suis un peu freinée tout de même je trouve avec le recul, le prochain, j'irai sûrement encore plus loin dans l'expérimentation, si mes collègues Matt, Vince, Nirox et Fred continuent de m'inspirer autant et me font toujours confiance...

Il y a aussi des titres plus "classiques" qui correspondent davantage à ce à quoi nous sommes habitués, ça fait une sorte d'équilibre, c'était important ?
Oui, et j'avais envie aussi que l'on retrouve l'esprit de groupe auquel je suis très attachée avec mes compères.

C'était voulu d'avoir un tel éventail d'idées et d'ambiances ? Ou alors, tu n'as rien réussi à mettre de côté au moment de faire des choix ?
Au début, je voulais faire "les quatre saisons de Manu" (rires). Puis ça ne fonctionnait pas comme je voulais, j'ai préféré proposer un voyage progressif... J'ai enlevé beaucoup de titres, aussi par manque de temps, nous n'avons pas eu le temps de les finir. Lorsque nous avons travaillé avec Matt et Vince au Country Lab qui est le salon de Vince en fait, c'est à la campagne et proche de Paris, ils avaient tellement d'idées ! J'ai enregistré tellement de choses que je n'ai pas fini de trier ! Et puis nous avions à dispo de sympathiques instruments vintage avec lesquels on faisait joujou toute la nuit parfois... Un soir, enfin un matin plutôt, je suis allée me coucher et j'ai laissé Vince et Patrick continuer de jouer sans arrêter l'enregistrement. Ils avaient improvisé plusieurs sessions de plus de vingt minutes chacune, parfois une heure. "76 points" vient de là, j'ai laissé Vince faire le ménage sur ce coup-là ! Ou alors, une autre anecdote, pendant qu'ils étaient partis faire les courses, parce que oui ils font les courses (rires), je testais le vieux clavier Yamaha que Vince avait déniché et venait de ramener sur le toit de sa voiture. Je suis tombée amoureuse du son d'orgue et vibraphone et aussi du son de sa boîte à rythme. Lorsqu'ils sont revenus, chacun a pris son instrument, Nirox la mini-batterie jouet améliorée, et nous avons fait "Moments doux" en une heure. Ce sont des moments magiques et beaux. J'aime aussi lorsque l'on compose comme ça. Pas uniquement toute seule. J'aime aussi composer seule et jouer de divers instruments, mais rien ne vaut pour moi ces moments de partages.

On pourrait disserter sur chaque piste mais ce serait long, alors je te demande juste de faire la promo d'une seule... Laquelle veux-tu défendre plus que les autres ?
Oh la question difficile, le rituel du choix impossible... Cela dépend des moments, mais j'avoue que mon obsession actuelle est de faire une version longue de "Le gardien".

Autre choix difficile, si tu étais obligée d'enlever un morceau de l'album, ce serait lequel ?
"La fin".

Comment s'est fait la rencontre avec Yaz ?
C'est un ami de longue date de Patrick à l'époque où il travaillait à Player One. Yassine est un personnage incroyablement libre. Il lit et écrit beaucoup. Il faisait partie de Coltpython. J'aime son flow et il m'a offert une belle leçon de poésie avec ses mots posés sur mon titre "Lalala" qui était au départ quasi-instrumental. J'ai hâte d'être avec lui sur scène à La Maroquinerie.

Manu - L'horizon Tu préfères inviter quelqu'un dans ton univers ou aller à la rencontre d'autres artistes ?
Les deux sont complémentaires et enrichissants. Cela apporte toujours quelque chose.

Certains des nouveaux morceaux vont avoir du mal à se faire une place en live ou rien n'est impossible ?
Tout est possible, mais il est vrai que certains titres ont été difficiles à adapter pour la scène. Ils ont une seconde vie parfois.

La suite immédiate, ce sont des concerts, à part La Maroquinerie fin septembre, il n'y a pas encore grand-chose de calé ou ce n'est pas annoncé ?
Le 27 septembre, La Maroquinerie à Paris et le 11 octobre au Stéréolux à Nantes sont deux dates qui font partie du concept de la "Manu Party". La fusion de mes deux formules. Celle avec harpe et violoncelle avec Damien Jarry et Christophe Saunière qui va ouvrir le bal puis on fêtera ensuite la sortie de L'horizon en électrique. Puis l'année prochaine, on commence la tournée. Cela commence à arriver... Il y a un beau plateau proposé par mon tourneur Rage Tour, avec Toybloïd et Cachemire. Le 28 février à Montauban au Rio Grande par exemple, ou le 21 mars à Beaune aussi.

Le Entre deux eaux volume 2 est déjà prêt ? Il doit sortir dans quelques mois...
J'ai pris du retard dans mon planning par rapport à l'enregistrement et aux répétitions. Comme c'est une belle récréation ce projet, on ne va pas se mettre à speeder pour rester dans les temps. Il est quasiment prêt et il me tarde de l'enregistrer, mais ce ne sera pas pour 2019 comme je l'avais annoncé. Mais on va le jouer en grande partie en live, une bonne manière de le tester !