Manu - L'horizon "Un nouveau cap, une aventure, mais qu'est-ce qu'on peut dire dans une chanson", ces mots extraits du titre "L'horizon" peuvent résumer l'album éponyme. Pour savoir si c'est un nouveau cap, il faudra attendre la suite, ce qui est sûr, c'est que c'est une aventure. Parce qu'autour d'excellents morceaux tout à fait réfléchis et écrits comme Manu sait le faire, on trouve un tas d'idées qui sont autant d'explorations que de liaisons.

Une "intro" énigmatique, une "buée" démo, la "Kiara song" empruntée, un "Lia progreso" traficoté, "Le gardien" stressant, "Kid" qui prolonge "Lia progreso" comme dans un vieux jeu vidéo, une "fin" qui laisse un blanc, voilà quelques-unes des pistes que L'horizon nous propose, on met de côté les codes, on oublie les exigences supérieures du rock pour assembler des idées qui collent les unes aux autres et forment un tout. Et cet esprit ne se retrouve pas que sur ces courtes escapades, Manu croise sa voix avec le rappeur Yaz sur "Lalala" ce qui donne un très bon titre hip-pop (dont l'ambiance assez tendue me rappelle le "911" des Guns of Brixton). "Entre deux eaux" dont on connaît la version harpcello nous est présenté ici avec un aspect bien plus rock mais garde sa magie et un côté onirique qui en fait également un titre "à part". "La sonate" est encore plus "différent" avec pas mal d'électroniques, quelques mots de japonais (on y est davantage habitué) et un cheminement tortueux qui m'a perdu. Comme son titre l'indique, "Play" est majoritairement en anglais, là encore, Manu sait faire mais privilégie "normalement" le français, donnant à ce "Play" et à sa rythmique marquée un goût plus acidulé. Davantage de libertés sont prises aussi avec l'écriture, en témoigne "M'aime pas en rêve" où le son et l'ambiance dominent une idée fixe. Pour clore la partie déroutante, "76 points" s'écoute comme une expérience sensorielle avec des bidouillages, de l'anglais et des effets à foison.

Pour ne pas perdre le fil et lier le tout, on a des morceaux, qui auraient pu former un album à la couleur différente s'ils avaient été isolés de leurs petits camarades. Côté "classique", on est donc également servi, des titres plus aisément interprétables en live et accessibles forment ainsi une ossature solide. Une grosse basse qui conduit "Regarde" où la voix de Manu se masque derrière un de ses filtres préférés pour entamer ce titre lent mais entraînant qui associe clarté et effets, français et anglais, tout est mesuré, tout est plaisant. "Tout est écrit" pour "L'horizon", titre étendard qui annonce la couleur mais plutôt sage au regard du reste, rock et délicat, c'est du pur Manu. Petit saut dans le passé qui influence "Mordre la poussière", entêtant et dansant, il tranche avec ses voisins et balise la route. "Tout est parfait" est agrémenté de quelques samples mais sa base rock fait que je l'ai mis de ce côté-ci de la chronique... Le délicat et éthéré "A partir" également, la mélodie et le chant l'emportent sur les petits ajouts comme les claviers et les sifflements. La question se pose moins pour le survolté "Nino", Patrick apporte sa touche garage, ça swingue, c'est un peu psyché halluciné sur la fin mais c'est l'excitation qui l'emporte. "Moments doux" ramène la délicatesse et une ambiance ouatée très pop.

L'horizon ? Une fissure avec ce qui a précédé, un nouveau cap. L'horizon ? De nouvelles chansons éprises de libertés, Manu va où ses aspirations et la brise la portent. L'avenir est toujours devant nous, l'horizon peut bien s'embrumer ou s'éclaircir, il reste au loin et le chemin pour y arriver est infini, reste donc à profiter du voyage, celui de cet album est semé de curiosités et de sucreries qui ne peuvent se séparer les unes des autres, autant d'étapes dans un itinéraire tracé pour faire un maximum de découvertes.