Manu - Entre deux eaux vol 1 En 2016, Manu a goûté à la formule "Harpcello" à l'occasion de quelques premières parties d'un Dionysos plus folk que jamais, le concept a si bien fonctionné que la petite équipe a décidé de prolonger l'aventure en studio. A Manu et Patrick Giordano se sont greffés Christophe Saunière et Damien J. Jarry. Christophe est un harpiste de renom qui a bossé pour et avec les plus grands compositeurs (genre Pierre Boulez !) mais aussi Natalie Cole, Pierre Perret, Benjamin Biolay, Sinclair... Aussi à l'aise quand il joue pour John Williams que quand il œuvre avec ses groupes (Wunderbach, Peter and the Test Tube Babies, The Toy Dolls...), il fait désormais partie d'une formule qui livrera quatre albums studios et de nombreux concerts. A ses côtés Damien joue du violoncelle, participant lui aussi à de nombreux projets comme les groupes Republic of Rock'n Roll, Dual ou Fancy Tune Lab et les shows Odino ou Queen Concerto.

Avec des emplois du temps très chargés et un album électrique en préparation, le temps accordé à ce concept a dû être limité, le studio n'a été réservé que pour trois jours et seules trois prises "live" ont été réalisées. Avec le parti pris de rester le plus "naturel" possible, quitte à laisser des sons d'inspirations, de déplacement de doigts sur les cordes et carrément à ne pas couper la fin de la piste de "Goodbye" comme si c'était l'enregistrement d'un concert, on a tous en mémoire ces petits défauts des "Unplugged" de Nirvana ou d'Alice in Chains (le "Fuck" de Layne Staley qui arrête "Sludge Factory" !) qui ont été conservés pour les versions CD/DVD afin qu'on fasse réellement partie de l'aventure. On garde le même esprit ici, histoire de donner encore plus de chaleur à un disque qui n'en manque pas. La bonne ambiance qui se sent à la fin de ce titre est bienvenue car les mots de "Goodbye" n'ont pas changé et portent avec eux beaucoup de mélancolie, Manu explique d'ailleurs dans l'interview avoir voulu "se débarrasser" d'un titre un peu lourd pour gagner en légèreté ensuite. Car même si certains thèmes restent poignants (le superbe "L'hiver" et son cello déchirant), les notes de harpe, de sitar, de guitare incitent davantage à afficher des sourires ("Amaku ochiru") et à aller de l'avant ("Entre deux eaux").

Conceptuel, l'album qui inaugure donc une série de 4 volumes, répond à un cahier des charges précis qui "impose" la présence de titres issus des différents albums de Manu mais également des raretés (disponibles sur des EPs comme "You call my name") et toujours dans des versions différentes de celles déjà parues. Dans cette optique, le titre le plus remarquable est celui qu'on a le plus entendu, "Je ne veux pas rester sage". Il permet à Damien de s'illustrer avec une introduction intrigante et un final tonitruant. Le hit est bouleversé et nous avec, même constat sur la cover "Je suis déjà parti" (de Taxi Girl) où de nouveau, les instruments classiques prennent beaucoup de libertés et nous épatent. Sur un inédit, l'effet est différent car on peut penser que chaque instrument prend sa place, sur "A bout pas au bout", ils échangent/discutent comme le font Noël Mattéï et Manu et offrent une vision plus optimiste du morceau que celle plus sombre de son compositeur original (le titre est sur l'album de Noël Mattéï).

En écoutant ce Entre deux eaux vol 1, on comprend l'engouement et l'excitation de Manu à propos de cette formule qui dépoussière autant qu'elle met en lumière des mélodies et des textes archiconnus ou méconnus. Avec d'aussi bons débuts dans ce registre, on attend forcément plus des volumes suivants et surtout des concerts qui seront autant d'expériences sensationnelles.