Manu 2018 1 Vous revenez d'une promo télé, vous avez fait beaucoup pour la sortie de cet album ?
Manu : Pas grand-chose pour l'instant, c'est un album un peu intemporel alors on ne cherche pas à tout regrouper au moment de la sortie, ça peut s'étaler dans le temps au bon vouloir des médias. Et ils viennent juste de recevoir l'album physique...

Quel a été le déclencheur pour créer cet album ?
M : C'était l'envie de laisser une trace de cette formule qui a commencé il y a 3-4 ans...
Patrick (guitare) : En 2014, avec "Tenki ame".
M : Oui, c'était pour la sortie de l'EP japonais, j'ai demandé à Damien de venir faire piano/violoncelle sur ce titre "Tenki ame" et je venais de faire un duo avec Pat Kebra dans lequel Christophe faisait basse/batterie. Je l'ai demandé en ami sur Facebook sans vraiment le connaître, on discute et il me dit "Oui, je suis batteur et bassiste mais je suis surtout harpiste", j'avais encore une journée de studio pour le EP japonais et je lui ai dit "Je t'envoie la chanson ce soir, j'entends de la harpe dessus, tu me rappelles". Et il me rappelle pour dire "C'est super, je viens demain à telle heure !".
Christophe (harpe) : Et le reste appartient à l'histoire ! (rires)
P : On était dans le trip Miyazaki et la harpe, c'était tellement naturel, c'était énorme.
C : Ça a été une évidence musicalement parlant et après il se trouve qu'on a trouvé des affinités humainement parlant aussi. Donc on a continué à bosser ensemble, ça a pris du temps mais ça s'est fait naturellement. Quand on a commencé à faire des concerts tous les quatre, c'était une évidence. Ce sont des chansons qui ont une autre saveur, un autre goût mais il y a une vraie cohérence.
M : Au départ, ça vient de cette nouvelle économie qui te demande beaucoup d'avoir une version "light" donc acoustique. On a commencé à bosser en acoustique mais ça me saoulait. Voir des concerts acoustiques pendant une heure et demie, ça me saoule, là, je me saoulais moi-même sur scène. J'ai dit à Patrick, il faut une formule "light" mais de luxe avec un violoncelle et une harpe !
Damien (violoncelle) : Et ça ne retire rien au côté rock n' roll, en concert, tu tapes des mains, tu secoues la tête, tu mouilles le maillot. Le rock, c'est pas une histoire d'instrumentation, c'est un état d'esprit.
M : Le rock, ça ne se résume pas à du binaire speed et des grosses guitares. On ne savait pas ce qui allait résulter de cet album, le challenge, c'était trois jours en prises live, avec le choix des morceaux et la façon de les interpréter pour moi, c'est du rock même avec une harpe et du violoncelle.
P : On n'est tous pas vraiment dans la chanson, même si Manu voulait, elle n'y arriverait pas. Ça fait 11 ans que le label existe, ça fait 3 ans que je joue avec elle, ça n'est pas possible même si elle disait qu'il faut en faire...
M : Je préférerais aller vendre des chaussures ! Mais j'ai rien contre la chanson...
D : Christophe et moi qui représentons les instruments de musique classique, on fait par ailleurs tous les deux du rock.
M : Ça s'entend dans votre manière de jouer de toute façon.
C : L'instrument, ce n'est que l'outil, on en fait ce qu'on veut !
M : Pour la petite histoire, en parlant avec Christophe, on a découvert des affinités musicales et qu'il avait joué avec des groupes dont on est archi fan sans savoir qu'il avait joué avec eux. Les Toy Dolls, Peter and the Test Tube Babies, Wunderbach, c'est pas des moindres !
P : On ne dirait pas mais en fait c'est un punk ! (rires)
M : Tu le vois arriver avec sa harpe et tu l'entends jouer, c'est très intrigant. Damien a un projet complètement atypique avec son frère Thomas.
D : Oui, un projet piano/violoncelle où on joue du Queen.

Qu'espères-tu de cet album ?
M : Au-delà de laisser une trace, on a fini l'année 2017 par des concerts avec Dionysos et on s'est dit que c'était dommage de ne pas enregistrer cette formule, on voulait donc se faire plaisir et puis, pourquoi ne pas la développer davantage puisqu'elle plaît...
C : Et le public aime beaucoup, sa réponse est très forte, c'est surprenant.
D : C'est étonnant parce qu'on n'effraie pas les vieilles dames et les enfants, on a toutes les générations, des ados, des quinquas...
C : Les années passant, il ne faut pas négliger les vieilles dames ! (rires) Et on peut passer dans davantage d'endroits.
M : Avec l'album, je voudrais trouver un tourneur qui a ce créneau-là, je suis chez Rage Tour, je suis très contente d'être avec Les Enragés mais par contre, ils n'ont pas les créneaux sur les mairies, les salles culturelles, les petits théâtres, des festivals qui pourraient être intéressés, des festivals "chanson", plus traditionnels, ça peut nous ouvrir à un autre public, les chansons restant les mêmes, je n'y vois pas d'inconvénient. L'album peut servir à ça aussi. On n'a pas mis la grosse artillerie sur la promo, on prévoit de faire quatre volumes, ce n'est que le premier, les choses vont se faire tranquillement, les programmateurs font leur boulot un an à l'avance, ça va prendre du temps.
D : Mes parents qui sont allergiques au rock ont adoré "Je n'veux pas rester sage", ils étaient ravis de découvrir ce morceau alors qu'ils ne seraient pas d'eux-mêmes allés écouter la version électrique avec les distorsions. Ça permet de faire passer des choses différemment.
C : C'est un album qui est complémentaire, ça rajoute, ça n'enlève rien, on le voit dans le public, les gens peuvent aimer les deux formules. C'est quelque chose en plus.
M : J'étais la première surprise parce qu'après mon premier album solo qui avait bien marché, les médias n'ont pas suivi, ils ont taxé La dernière étoile de plus calme, plus machin, c'est juste parce qu'il n'y avait pas de morceau speed, avec Nico (NDR : ex-guitariste de Dolly), on voulait faire un truc dans l'esprit de PJ Harvey ou Laetitia Sheriff, des trucs purement rock 'n roll. On m'avait enlevé ce crédit, "maintenant elle fait de la chanson" et j'avais peur qu'on en remette une couche "elle ne veut plus faire de rock". L'avantage d'avoir son propre label, c'est de sortir les productions qu'on veut, maintenant je n'ai plus peur de grand-chose... Peut-être un peu du ridicule, genre de devoir danser dans une émission de télé en direct. À part ça, j'ai pas peur de grand-chose.

Damien et Christophe avaient travaillé sur l'EP "Tenki ame", vous aviez testé la réorchestration à l'époque pour le titre éponyme, est-ce que vous en aviez essayé d'autres ?
M : C'était ça le dilemme pour faire cet album, c'était de choisir les titres. Avec eux, ça va tellement vite, soit ils écoutent, soit ils me demandent de jouer et c'est parti.
D : C'est pour ça qu'il y aura 4 volumes ! (rires)
M : On le joue une première fois, une deuxième qui est différente, Patrick en électron libre écoute ce que font les deux pour savoir où il va se mettre et nous sort des trucs sublimes avec sa Les Paul dorée ou sa 12 cordes acoustique très Bowieesque. Il n'y a jamais une version pareille mais le squelette reste le même. Entre les albums et les inédits, on a essayé plein de chansons, on voulait aussi faire une reprise, on voulait un duo qu'on a fait avec Noël Matteï qui m'avait invitée sur son album, du coup on l'a invité à faire la même chanson en duo inversé, on s'amuse, on avait plein d'idées. Le champ des possibles est très très vaste. C'est pas le choix des morceaux qui pose problème, il faut juste se restreindre.
P : Nirox fait de la batterie, le nouveau bassiste Vince est venu jouer du sitar sur un titre. Ce qui se dessine, c'est une petite famille.
M : Pour le live, j'ai pas envie d'une version au rabais, je veux qu'on fasse un joli show avec un décor, une batterie, ce ne sera pas une version acoustique "light", on sera cinq ! Je connais Nirox depuis l'époque de Dolly & Co, on jouait dans les bars, les cafés-concerts et lui passait ses vacances là. On discute, on devient ami et ensuite il nous fait jouer sur Paris à la Locomotive. Patrick et Nirox faisaient partie des Bandits à Nice.
C : Tu sais que c'est vieux quand tu tapes "Les Bandits vidéo" sur Internet, et que tu as les images d'archives de l'INA ! (Rires) Et c'est vrai...
M : Le groupe aurait foutu une claque à tout le monde mais ils ont splitté au moment de la signature... Bref, Nirox est avec moi depuis le premier album solo et c'est lui qui m'a présenté Patrick. C'est dur de garder le même line-up. Quand la tournée s'arrêtait, les gars devaient continuer de jouer... Nico est parti avec Eiffel et Romain Humeau, il a demandé à Shanka de No One Is Innocent de venir jouer sur La dernière étoile, avec Ben de Luke qui est aussi venu jouer de la basse. Pour La vérité, j'ai demandé à Patrick d'intégrer le groupe, je m'étais interdit de le faire avant car je ne voulais pas tout mélanger, on avait le label ensemble et notre vie privée. Du temps de Dolly, ça s'était pas très bien passé, mais je ne peux pas me priver de ses talents de compositeur, de chanteur... J'espère que le line-up ne changera pas, il n'y a pas de personne interchangeable, si quelqu'un n'est pas là, le concert n'a pas lieu. C'est aussi pour ça que Dolly ne se reformera jamais, Dolly c'est avec Mika. Ils se reforment tous, mais pas nous, ce serait pas honnête.
C : Georges Harrison a dit "Tant que John Lennon sera mort, les Beatles ne se reformeront pas".
M : On avait essayé de finir la tournée en cours avec Dolly à l'époque pour rendre hommage à Mika et pour qu'on nous fasse pas trop chier contractuellement mais on n'a jamais réussi à partir, c'est pas pour repartir maintenant pour des raisons financières qui pourraient nous faire du bien. Je ne juge pas ceux qui le font mais je connais des groupes qui se reforment mais qui ne se parlent pas, ils ont chacun leur loge... C'est horrible !

Christophe et Damien, est-ce que vous avez une manière spécifique de travailler avec Manu par rapport à vos autres projets ?
M : Ça m'intéresse ! Très bonne question ! (rires)
C : Évidemment ! Je travaille avec plein de gens différents et c'est toujours différent, les personnes sont différentes, je n'applique pas une recette, je me mets au service de la musique, en plus c'est sa musique, ce sont les chansons de Manu, on se met au service de la musique, c'est comme ça qu'on grandit !
D : Moi, je suis une Manu à mes heures, je n'ai que des projets solo, c'est la seule personne que j'accompagne. Je me mets à son service, j'ai envie de servir sa voix.
M : C'est pas facile pour une personne qui vient d'un groupe comme moi de partir en solo, tout d'un coup, tu deviens le capitaine du navire, en plus quand t'es une fille. Parfois tu as du mal à communiquer avec d'autres personnes pour des problèmes d'égo. Dans cette formule-là, je prends tout ce qu'ils me donnent, tout me plaît... À part des rares fois où je demande de faire ci ou ça.
C : C'est très facile de bosser avec Manu.
P : Pour passer une couche de plus par rapport à ce que dit Damien, je ne joue quasiment jamais avec quelqu'un, j'ai fait un album avec Kick de Strychnine mais j'ai quasi jamais joué si c'est pas mon projet. La seule chose qui m'intéresse, c'est faire mes chansons. Jouer avec Manu, pour moi c'est improbable, mais j'aime tellement sa musique... En plus en France, y'a tellement peu de gens qui incarnent le rock dans la génération actuelle, je suis tellement fan et j'étais tellement fan de Dolly...
D : Je suis tellement fan de sa voix que je suis fier de l'accompagner, c'est le seul projet que j'accompagne.
P : Je suis incapable de jouer avec quelqu'un d'autre. J'ai un jeu trop particulier et je joue pas assez bien, je joue ma musique mais je suis incapable de faire tel ou tel son si on me le demande, j'arrive, je fous une saturation, je fais des trucs à l'envers, j'ai un truc bizarre, je ne pourrais pas jouer dans la variét', j'avais un peu commencé à faire des séances de studio, à faire des trucs mais c'était naze. En France, on est un pays de variét'.
M : T'as ton son et ton jeu, et c'est reconnaissable, c'est plus précieux que de pouvoir jouer avec n'importe qui.
C : Moi je n'accompagne que des projets d'artistes différents, la seule chose, peut-être qu'ils ne s'en rendent pas compte, c'est que leur projet devient un peu mon projet !
M : On s'en rend compte par ton implication. Et puis tu as aussi un projet personnel avec ta femme Joanne McIver...

Il y a des albums d'autres artistes qui t'ont fait penser que le projet était viable ?
M : Non, mais quand on préparait notre truc, on s'est rendu compte que plein d'artistes font de la promo avec un violoncelle ou des morceaux et des reprises très épurés.
D : Il y a un moment phare à la télévision qui a marqué les gens pour le violoncelle, c'est sur MTV quand Kurt Cobain et Nirvana ont fait leur unplugged, ils avaient une violoncelliste, qui d'ailleurs a un trio qui s'appelle Rasputina. Depuis ce jour, les violoncellistes ont du boulot dans la variété et le rock. (NDO : Melora Creager de Rasputina a bien accompagné Nirvana mais n'était pas à New York, l'unplugged est enregistré avec
Lori Goldston du Black Cat Orchestra.)
C : C'est pareil avec l'accordéon et le rock alternatif, tout d'un coup, on a eu plein d'accordéonistes !
P : C'est vrai que quand François Hadji-Lazaro est arrivé avec son accordéon, ça a libéré le truc.
D : Aujourd'hui, le violoncelle, c'est un instrument rock.
M : Au moment où on préparait l'album, sortaient d'autres disques avec cette formule-là car les gros tourneurs veulent faire des économies et ça passe par une économie de musiciens, de place sur scène... Et donc on a eu des formules avec des instruments classiques.
C : C'est aussi dans l'air du temps, dans les années 80'-90', c'était le synthé qui faisait le son. En studio, on retrouve des vrais instruments, ils avaient disparu depuis les années 90', on revient au son. Je joue avec Benjamin Biolay, en studio, il veut un vrai instrument, une vraie harpe, un vrai violon.
M : T'as joué de la harpe dans "Au revoir là-haut" et Dupontel était là, il était impliqué dans la séance.
P : Avec des machines, tu fais des sons de machine, tu ne peux pas avoir le son naturel.
M : Le projet n'a rien à voir avec cette démarche, ça transpire à un moment donné, les gens ne sont pas dupes, enfin j'espère.
C : Le maître-mot, c'est le discours musical.
P : L'aspect mélodique est totalement différent, Manu a un aspect mélodique très anglo-saxon.
M : Je redécouvre les chansons, c'est épuré, les arrangements sont tellement subtils qu'il y a plein de place, ça remet en valeur des textes, des mots, ma voix. Avec Dolly, la voix était comme un instrument, on a mixé avec Clive Martin et c'était pas plus fort que la guitare, la méthode anglo-saxonne, j'adore. Parfois, avec Manu, j'ai mis la voix un peu plus fort, mais là, pas besoin, il y a la place. On a enregistré très vite, en trois jours, et je redécouvre encore des arrangements des garçons en écoutant l'album. Christophe souligne certains mots avec une note de harpe comme le mot "sourire", ils écoutent les mots alors que dans les enregistrements en électrique, je ne suis pas sûr que les musiciens posent les yeux sur le texte. C'est normal car quand tu écoutes de la musique anglo-saxonne, tu cherches pas à savoir ce qu'il a voulu dire...
P : C'est choquant, les gens écoutent Oasis, ils ne font pas attention au texte, à la voix alors que si c'est un truc en français, ils écoutent d'abord le texte, c'est une maladie ! Il faut qu'on arrête ! Je me force depuis 25 ans à écouter les trucs français comme si c'était anglais et les trucs anglais comme si c'était en français. On aurait beaucoup de surprise, Oasis ce serait de la variét' parce que tout ce qu'on écoute, c'est la mélodie ! Mudhoney, les Pixies, c'est ultra-mélodique, tous les groupes de rock en français, il n'y a pas de mélodie et dès que tu mets une mélodie, si c'est en Français, ça devient de la variét'. Toute la musique qu'on aime, c'est de la mélodie, Mudhoney, les Pixies, Ween, Nirvana, les mecs veulent d'abord de la mélodie !
M : Même les Undertones, The Beat, leurs albums c'est que des tubes, les Ramones, même dans le métal...
P : J'aime pas dire du mal des groupes français mais en France, le groupe de métal le plus connu, c'est Trust, il n'y a jamais eu de mélodie, c'est "parlé" alors que t'écoutes MetallicA ou Iron Maiden, là, c'est "chanté". Quand il y a eu des groupes qui chantaient comme Océan, "Ah, c'est de la variét'", tu les mets en anglais, c'est plus proche de la musique anglaise que de Trust. Trust, c'est du texte, c'est de la chanson française avant tout et nous, dès que c'est mélodique, on fait de la chanson. Alors n'écoutez plus Radiohead! Si Radiohead chantait en français, ce serait de la chanson. Après, tu as la prod' et on se bat là-dessus aussi...
M : Pour Trust, les textes de Bernie traitent du social, il tient à ce que ce soit en français et il fait un peu de mélodies aussi.
C : Sur cette formule violoncelle-harpe, sur scène, c'est plus dépouillé, on est un peu à poil, il y a une fragilité qu'on partage avec le public et du coup, il est plus à l'écoute. Ils ne tapent pas dans les mains, ils ne dansent pas mais il y a une grande qualité d'écoute parce qu'on est au cœur de la composition.
P : C'est très fragile, c'est plus complexe à jouer aussi.
M : C'était génial au moment de l'enregistrement car tout faire en trois jours, c'était un challenge donc on s'était dit, on va faire trois prises maximum et on choisira celle qu'on préfère.
C : En général, c'est la quatrième la meilleure mais on ne l'a pas faite (rires).
M : On a eu de la chance car quasiment à chaque fois, on préférait la même. Après on s'est autorisé quelques petites prods pour doubler ma voix à certains endroits, pour refaire une guitare parce que ça prenait trop de place de son, vu qu'on était tous dans la même pièce pour enregistrer. Je ne pouvais même pas refaire mes voix après, car le violoncelle et la harpe passaient dans le micro et ma voix était dans les leurs. Ça se transmet dans l'écoute, au casque, t'as l'impression qu'on joue dans le salon, c'est subtil mais tu peux entendre le grincement d'une chaise, le froissement d'un tissu, les respirations... Normalement, tu les coupes car c'est anxiogène mais on les a gardées, c'est vivant. On a fait tout ce qu'il ne fallait pas en fait (rires). On n'a rien nettoyé !
P : Même le mastering, on ne s'était pas compris, le gars nous a envoyé un mastering comme ça se fait, avec de la compression, on ne reconnaissait plus la musique, on lui a dit "Non, il ne faut pas de compression, rien !". Comme pour la musique classique, alors on perd de la dynamique, il y a moins de volume que sur d'autres albums mais si t'écoutes sur une chaîne avec un super son, ça sonne ! C'est humain.
M : C'était l'envie, à la fois de s'inviter dans le salon des gens mais aussi de laisser des erreurs car il y en a, on ne peut pas refaire la prise, on laisse l'erreur, c'est pas grave.
P : Dans des vieux albums qu'on écoute, il y a des pains partout, est-ce que l'album est moins bien ? Dans les albums des Beatles, il y en a partout, est-ce que leurs albums sont moins biens que ceux où tout est re-triggé, tout est recalculé... L'imperfection fait aussi partie de la musique.

Comment s'est faite la sélection des titres ?
M : Maintenant, je sais que c'est possible en trois jours, je ferais différemment mais là, c'était la première fois, j'ai joué la sécurité, j'ai choisi un maximum de titres qu'on avait déjà joué et donc travaillé ensemble. J'avais envie aussi de laisser une part d'improvisation et qu'on se fasse plaisir à pas rabâcher les morceaux qu'on connaissait déjà. Quand je me suis retrouvée devant ce dilemme, j'ai décidé de choisir deux titres par album solo, là, j'ai pas pris trop de risques à part pour "Comme un gant" et "Un baiser dans le cou" qu'on n'avait pas vraiment travaillé. J'étais assez prudente mais il y a aussi "Entre deux eaux" qui est un inédit qui sera sur l'album électrique, le duo, "Je suis déjà parti" la cover et les titres de Dolly. Je sais déjà à peu près comment sera le prochain, on travaillera ensemble du début à la fin. Là, avec trois jours pour enregistrer, j'ai fait une sélection "secure", il fallait tenir le timing. On a répété deux jours avant l'enregistrement. L'ordre s'est fait rapidement, il s'est organisé comme pour un concert.

Est-ce qu'il y a des titres qui ont été testés et laissés de côté ?
M : Certains ont été répétés pour des concerts mais on ne les a pas gardés car il y a encore du travail, je me suis dit qu'on n'aurait pas le temps et qu'on les gardait pour les prochains volumes.
C : Mais il n'y a pas de titre qu'on a enregistré et qu'on a laissé de côté.
P : On joue plus de titres dans cette formule en concert mais on ne pouvait pas tous les mettre sur l'album.

Manu - Entre deux eaux vol 1 Le morceau éponyme "Entre deux eaux" a été composé après avoir eu l'idée de l'album ou c'est lui qui donne son nom à l'album ?
M : C'est un morceau que j'ai composé pour le prochain album électrique, j'ai fait le riff, la mélodie, j'ai écrit le texte et ensuite on a commencé à bosser avec Patrick et Vince, nouveau venu dans la formule électrique, en mode "Country lab" parce que c'est dans une maison à la campagne et ils ont continué le titre avec une fin un peu psyché. Et quand on le répétait, Vince le jouait au sitar. On en est resté là sur la prod' de ce morceau. Pour l'album, on voulait mettre un inédit qu'on aurait composé tous les quatre, ensemble, mais encore par manque de temps, j'ai joué la sécurité et proposé "Entre deux eaux" mais avec Vince au sitar. Ce jour-là, notre ami Sinh Vu Do, qui est cadreur, filmait pour le making of, il nous entendait chercher un nom pour l'album, on était à table, t'as tous les noms qui sortent, j'avais pris des notes de tout ce qu'ils disaient et Sinh me dit "Entre deux eaux, ce serait nickel". Il y avait un petit côté péjoratif mais ça correspond bien, c'est organique, c'est une parenthèse, c'est cohérent.

Reprendre "Je n'veux pas rester sage", c'était une obligation ou un vieux tube n'est pas forcément nécessaire ?
M : Non, c'est pas une obligation mais les gens l'attendent alors je voulais leur faire plaisir. La version avec l'intro de Damien est top, on était en plein trip Game of Thrones, d'ailleurs on l'est toujours, on se refait les épisodes... Quand il m'a présenté son intro, je me suis dit que ça valait le coup de la reprendre. Pour autant, on l'a mise dans le premier volume pour s'en débarrasser parce que c'est un peu mon joli boulet.
C : Ça aurait été bizarre qu'elle n'y soit pas.
M : On aurait pu mettre "Quand l'herbe nous dévore" ou plein d'autres. Ce qui me désole, c'est que j'envoie cet album aux radios et quand je croise des gens dans la rue, certains me disent "ah, je t'ai entendu à la radio" et quand je demande quelle radio, quel morceau, quelle version, c'est "Je ne veux pas rester sage", c'est en électrique et c'est certainement RTL2 ! Ça fait dix ans qu'ils passent la même alors que j'ai écrit plus de chansons sous le nom de Manu qu'avec Dolly. Tu leur envoies les albums mais ils repassent toujours "Je n'veux pas rester sage", c'est un peu le syndrome "Creep" de Radiohead. Ça va, j'en suis pas arrivé au dégout, en partie grâce à la version qu'ils en ont fait. C'est vrai que j'aimerais bien qu'on me permette de dire autre chose, j'ai dit d'autres choses depuis...
Tu penses que des gens viennent voir l'ex-Dolly et pas Manu ?
C : C'est obligé, c'est naturel même.
M : Plein de gens ne savent pas que je fais une carrière solo, qui le découvrent encore.
P : Comme on a des moyens promotionnels assez limités par rapport au commun des majors même si certains en ont encore moins que nous, aujourd'hui, il faut beaucoup d'argent pour le marketing, pour l'exposition et nous, on en a très peu. Tous les jours, on gagne peut-être une personne qui découvre que Manu chante encore ou une nouvelle artiste qui s'appelle Manu.
M : Et il y en a qui découvrent Dolly par ce biais.

Avec Dolly, vous étiez sur une major, la maison de disque n'a pas voulu t'épauler dans ta carrière personnelle ?
M : Tu touches un point très douloureux, maintenant il y a prescription... On n'avait pas signé avec Warner, Warner a racheté East West, donc on s'est retrouvé avec eux, ça arrive à plein de groupes. On avait signé avec Peter Murray, Monsieur Négresses Vertes, Silmarils, Elmer Food Beat et j'en passe, un personnage hors norme, un découvreur de talents, un Écossais qui aime le whisky et le rock. On a signé chez son label Murrayfield qui était chez East West avec qui on s'est parfaitement entendu, à l'époque, les équipes ne changeaient pas tous les ans, on a pu travailler deux albums de façon cohérente. Pour le troisième, l'équipe promo/marketing a changé, ça commençait à moins le faire et pour le quatrième album, on resigne avec East West juste avant qu'ils ne soient rachetés par Warner. Les gars de Warner n'avaient pas voulu nous signer, ils n'ont rien fait sur cet album, pas de clip, pas de promo, nous on continuait de faire notre musique, de faire des concerts avec de plus en plus de monde. Clairement, l'album a été sabordé. S'en suit le décès de Mika, l'arrêt du groupe et un an et demi après, je veux sortir mon projet perso, j'étais contractuellement obligée de leur donner la priorité donc de leur faire écouter les chansons et d'attendre qu'ils me disent "oui ou merde". Ils m'ont fait attendre, j'allais aux rendez-vous, ils n'étaient pas là, ils ne répondaient pas au téléphone, ça a pris beaucoup de temps à me libérer de Warner parce que je ne voulais pas sortir cet album dans de mauvaises conditions avec des gens qui n'étaient pas à l'écoute. Du coup, on a monté le label Tekini... Ça m'a vacciné des majors. Autant j'étais en édition chez Universal et ils m'ont toujours soutenue, le premier album a été distribué par eux. Après on a décidé de se lancer vraiment dans l'indépendance, on a choisi un distributeur indé...
P : On a créé notre boîte d'édition, on est totalement dans l'indépendance, c'est inconscient et hyper compliqué financièrement mais on n'a pas de comptes à rendre au niveau artistique. Si on avait eu des comptes à rendre, on n'aurait pas pu faire La vérité. C'est un album tellement personnel, il y a des sons bizarres, il y a des voix bizarres derrière, ça ne sonne pas "normal", elle fait tous les instruments d'une manière qui n'est pas classique, on aurait jamais pu faire ça en major, les gars nous auraient demandé de virer plein de trucs. Je pousse Manu à s'affranchir de tout ça, de penser que les gens vont aimer ça ou ça, "fais comme toi tu en as envie même si c'est bizarre". On aime la musique bizarre. En français, il y a peu de trucs bizarres. Sur La vérité, les titres "Comme un gant" ou "Amoureux" ont un son étrange, personne ne fait des sons comme ça. Avec l'ingé son, Fred, c'était chaud...
M : Elle n'avait pas confiance, je n'avais pas la crédibilité.
P : J'ai lutté pour qu'elle fasse ce qu'elle a envie !
M : Mais il est fan de Ween, ça explique tout... Il n'y a pas un album pareil.
P : Chez les Anglo-Saxons, tu peux faire ce que tu veux mais en français, dès que ça sort de l'ordinaire... À part la nouvelle génération et un mec comme Philippe Katerine qui fait des trucs bizarres ou avec la voix derrière, c'est rare. Faire une chanson avec un seul mot, en France, c'est pas possible.
M : Il y a quand même quelques francophones qui font des trucs "bizarres" comme Malajube, Moodoïd, y'a toujours des trucs à prendre même si c'est pas des groupes qui marchent, qui sont médiatisés mais y'a des bonnes choses. L'album Labyrinthes de Malajube est une merveille.
P : Un groupe comme Chocolat a une manière de traiter la voix qui fait que des fois, tu ne sais pas s'ils chantent en anglais ou en français sans que ce soit une question d'accent, c'est le placement de la voix qui est particulier.
M : Dans une autre famille, t'as Grandaddy, il y a une forme de liberté dans les compositions. C'est ce que j'ai envie de faire pour le prochain album, c'est pas facile d'être libre, ça fait presque peur.

Noël Matteï chante sur "À bout pas au bout", son album sort chez Tekini Records qui publie très peu d'albums à part ceux de Manu, quelle décision a été prise en premier : l'inviter sur un titre ou sortir son album ? Et le morceau se retrouve dans une autre version sur son album, laquelle préfères-tu ?
M : J'aime les deux ! Au départ, j'ai contacté Noël Matteï pour sortir un livre audio chez Tekini Records, c'est un projet très personnel. Je suis souvent toute seule en voiture car je fais des allers-retours Paris-Vendée pour voir mon fils qui est encore étudiant, le seul moyen pour moi de tenir, c'est d'écouter des livres-audio et j'ai souvent été déçue par les livre-audio, soit par les choix, soit par la lecture. J'ai dit à Patrick : "On ne va pas gagner une thune avec ça, mais j'aimerais qu'on fasse une collection de livres-audio". J'ai demandé à Noël Matteï d'être le cobaye, de faire le pilote, de lire son deuxième roman "Les amours anormales". Un après-midi, on se retrouve à une réunion de travail pour ce livre-audio et on se fait écouter nos morceaux respectifs car on est en train de composer, il me fait écouter "À bout pas au bout" qui était juste en version piano-chant et je me suis imposée ! On a bossé sur un duo au lieu de bosser le livre-audio. Il m'a dit qu'il aimait mes idées et m'a demandé de faire les arrangements pour son album. Quand j'ai entendu sa première version, j'ai toute de suite pensé à Damien et Christophe, c'est eux qu'il fallait pour cette chanson. Mais ça ne fonctionnait pas avec le reste de l'album qui est plus électro, ce morceau allait faire OVNI au milieu du reste. Quand on a décidé de faire Entre deux eaux et qu'on voulait un duo, on l'a réinvité et on a fait une version harpe/violoncelle comme je l'entendais dans ma tête et le résultat est au-delà de mes espérances. Du coup, on a les deux versions. Et je ne peux pas en préférer l'une ou l'autre.

Faire une reprise n'est jamais innocent, pourquoi celle de ce titre de Taxi Girl ?
M : C'est Patrick qui voulait cette chanson.
P : Je suis fan de Taxi Girl et de Daniel Darc !
M : En 2007, j'étais invitée aux Les rockeurs ont du cœur à Nantes par Laurent Charliot. J'avais envie que Laurent vienne chanter un morceau sur scène avec nous et il a proposé "Je suis déjà parti" de Taxi Girl. Il m'a fait redécouvrir ce titre qui n'était que la face B du 45 tours "Aussi belle qu'une balle" donc un morceau pas trop connu qui date de 1986 et on a fait cette version alors que Daniel Darc était toujours vivant. On est passé à autre chose et quand Daniel Darc est mort, on est allé la jouer au Jane Club lors d'une soirée hommage. Quand on a commencé à travailler sur le répertoire pour cette formule, on l'a intégré dans les possibilités.
D : C'est une chanson difficile, elle est dans une tonalité particulière. Elle paraît naïve et simple mais elle est compliquée, on a plus travaillé que sur les autres.
M : J'ai un rapport avec les gens, les lieux, je suis une éponge d'ondes. Quand j'ai écrit le premier album solo, j'avais le crayon mais c'est comme si Mika me faisait écrire les mots. Si je ne me sens pas bien dans un lieu, je m'en vais. Avec les gens c'est pareil, je ressens tout de suite du bon ou du mauvais. Cette chanson est difficile car quand je la chante, j'ai l'impression qu'il y a Daniel derrière moi... alors que je ne le connais pas, c'était pas un copain, je ne vais pas me la jouer "je le connais", c'est pas vrai. À chaque fois que je la chante, c'est fort émotionnellement. Maintenant, c'est un peu passé mais c'est comme les premières fois où j'ai chanté "Rendez-vous" ou "Goodbye" en live, ces chansons étaient pour Mika, je n'arrivais pas à les finir. Cette chanson-là, je suis contente de l'avoir mise dans le premier volume parce qu'elle est lourde en sensations et émotions.
Tenter de reprendre un titre radicalement différent, new wave, punk, métal... est envisageable ?
M : Non, on ne s'interdit rien !
C : Il était question de reprendre du Beyoncé à un moment.
P : Il y aura peut-être une reprise de Beyoncé sur le prochain album.
M : Oui, ce sera une version un peu électro d'un titre pas très connu. Comme ils peuvent tout faire, on ne s'interdit rien ! C'est génial. La chanson ou le message prime.

Tu pourrais donc imaginer faire une version différente, à la guitare par exemple, de "En vie", le morceau d'Apocalyptica sur lequel tu chantais ?
M : Je n'y ai pas pensé !
D : Moi, ça me fout la pression !
M : Quelle incroyable histoire ! C'est une idée, pourquoi pas, si on le fait, on parlera de vous !
D : Eux aussi ont permis une certaine réhabilitation du violoncelle, ils ont compté dans l'histoire du violoncelle et du rock. Je ne suis pas un fan de la première heure mais leur apport est capital.
M : C'est des gros malades ! J'étais très fière. C'est incroyable qu'on me demande à moi d'écrire un texte et de chanter avec eux. Je savais que ce serait mondial, j'avais la grosse pression ! Pour l'anecdote, quand j'ai fait Bercy avec eux en première partie de Rammstein, tout allait bien au moment des balances, eux jouent avec des "ears" (avec une oreillette pour les retours), la scène est énorme et ils n'entendent pas les violoncelles en live, t'entends juste le batteur, tu as tout dans les ears. J'arrive sur scène avec le micro et j'ai rien dans les oreilles, ni les violoncelles, ni ma voix, j'avais que la batterie en repère dans le brouhaha... Quel moment de solitude ! Et t'as des gens qui pensent me faire plaisir en mettant sur Facebook des extraits vidéos captés avec les téléphones de l'époque (en 2005), c'est une souffrance absolue ! Ça ne se voit pas mais je m'étais dit "c'est Bercy, je vais arpenter la scène, je vais savourer le truc"... et je suis resté collé au centre à me concentrer sur les coups de caisse claire pour garder le rythme. Je suis sortie de scène, j'ai foutu les ears dans la gueule de l'ingé son et je suis partie, je ne suis même pas resté pour Rammstein, je l'ai dit au mec "j'entends rien", il s'en foutait.
D : C'est anti-rock n' roll ces ears, t'es dans ta bulle, ça ne marche pas...
M : J'en ai utilisé pendant 8 ans, la seule fois où ça n'a pas marché c'était devant presque 20 000 personnes, c'est con ! (rires)

Est-ce que le volume 2 sera sur la même base que le premier ?
M : Oui, ce sera le même concept, douze titres, deux titres de chaque album solo, un duo, un inédit, des titres de Dolly et une cover.

La sortie d'un volume 2 est-elle soumise à la réussite commerciale du premier ?
M : Pas du tout ! On n'en est plus là malheureusement... ou heureusement ! On fera au minimum les quatre, on sait qu'on peut les produire.

Des concerts en formation "Harpcello" sont prévus ?
M : Oui, il faut qu'on trouve un tourneur qui comprend le truc et fait le boulot ou qu'on s'y colle mais c'est prévu.
Ce sera avec Damien et Christophe ?
M : Ça n'existe pas sans eux ! Si quelqu'un n'est pas dispo, on ne fait pas le concert. Je pense que si on nous invite à un gros truc, ils vont se débrouiller pour être libres.

Il y a eu quelques concerts en 2016 et 2017, les sensations étaient les mêmes qu'en formation électrique ?
P : C'est super différent. Au niveau de la concentration, c'est pas la même urgence. Il faut se poser. Mais je joue toujours en électrique, je ne joue pas à l'acoustique. Mais c'est pas le même trip, c'est pas la même proximité avec le public.
M : Avec cette formule-là, les silences sont très beaux. Quand c'est en version électrique, les silences, c'est pas bon signe (rires). Les gens écoutent, ils sont en attente, après avoir applaudi, ils se taisent... C'est beau. La communion est plus facile, peut-être aussi par rapport au lieu. On a fait un concert dans une ancienne chapelle et je m'étais mise pieds nus. En mode électrique, c'est pas possible à cause des pédales... Symboliquement parlant, ça veut dire quelque chose, t'es ancré, t'as des racines. En électrique, je ne peux pas m'empêcher de bouger, comme si j'étais un ressort. Là, je ne vais pas faire des sauts périlleux arrière ! C'est la surenchère pour certains groupes de savoir qui va faire un double salto et se péter la jambe...
P : Il y a une puissance qu'on ne peut pas retrouver par rapport à l'électrique où il faut arracher.
C : Il y a un côté plus cérébral, plus organique, moins intense.
M : Il me faut les deux. Maintenant que je connais les deux versions, je ne peux plus m'en passer, la version électrique ne me suffit pas, il me faut aussi la version harpe/violoncelle. C'est un grand luxe.

Le public est différent quand tu ranges les pédales de distorsion ?
M : J'ai le même public dans les deux versions. J'ai besoin de faire connaître aux gens ce qu'on fait en acoustique mais aussi de montrer que je suis encore là en électrique, je suis entre deux eaux ! (rires) Les gens qui aiment les chansons, la sincérité... Ça manque au rock cette sincérité. Par exemple, je ne programme pas ce que je vais dire entre chaque chanson, ça sort comme ça. T'as des groupes qui disent la même chose tous les soirs au même moment. Le concert d'hier n'était donc pas unique.
C : T'as des chanteurs dont je tairai le nom, ils jouent à Bercy et sur leur prompteur, c'est écrit "Bonsoir Paris". C'est véridique !
M : Avoir un prompteur ou un pupitre, c'est terrible, tu ne regardes plus que ça...
P : Déjà avoir des pédales, ça me gave !
D : Homophobe ! (rires)
P : Les trucs avec 10 000 pédales, j'adore pour le studio mais sur scène, j'aime bien n'avoir que un ou deux sons.
M : Damien a un petit pédalier d'effets et son violoncelle a le son brut mais aussi parfois un peu de delay, des reverb', de la disto... tu peux avoir un solo de violoncelle comme si c'était un guitar hero avec sa guitare électrique.
P : La fin de "Je n'veux pas rester sage" sur cet album, c'est l'apocalypse, même sans batterie...
C : Sur la harpe, j'ai 7 pédales...

Manu 2018 1 Un album électrique est presque prêt, on peut en savoir plus sur son enregistrement ...
D : Avec des micros ! (rires)
M : Il est déjà enregistré en home studio et certains titres vont rester comme ça car la prod' me plaît, ça plaira pas à certains mais à moi, elle me plaît.
P : C'est la même optique que La vérité, Manu fait tous les instruments, toutes les voix, c'est totalement improbable, rien n'est fait de manière classique ! Quand t'écoutes, tu ne sais pas si c'est une basse, une guitare ou un synthé... Elle triture les sons, elle reprend la batterie, elle transforme les breaks en rythmique, ça rend fou.
M : C'est toi qui me dit que c'est bizarre, pour moi c'est cohérent.
P : Mais tu ne joues pas de la basse comme les bassistes, pas de guitare comme les guitaristes et pas le clavier comme les claviéristes... Obligatoirement, c'est original, on a moins l'habitude d'entendre ça en français.
M : Il y aura aussi une partie avec les garçons qui pourront s'exprimer mais sans partir trop loin de ce que j'ai en tête. C'est compliqué, il faut être diplomate, ce n'est pas forcément mon fort mais c'est possible. C'était prévu pour fin 2018 mais j'ai envie de partir sur les routes avec la formule harpcello donc on le sortira quand on sera prêt. Il y a encore beaucoup de travail donc ce sera compliqué pour fin 2018. Ce ne sont pas les morceaux qui manquent, il y en a une vingtaine, faut le temps de bien faire ça.
D : Je pousse Manu à chanter "Un soir de pluie" de Blues Trottoir, je lui en parle souvent...
M : Quand elle chante, c'est "Un soir de pluie" (rires). Pour la version harpcello, on va la faire peut-être en live mais pas sur un album...
D : C'est ma chanson préférée de tous les temps ! Je suis content car j'ai pu draguer un peu la chanteuse sur Facebook ! (rires) C'est une chanson pop, il y a du saxo, du synthé, c'est malheureusement très pop mais je suis sûr que si tu la chantais, ce serait le plus grand tube du rock français ! C'est une chanson écrite pour Manu. Le texte et la mélodie sont magnifiques.
M : Je vais essayer d'intégrer l'idée pour le live, c'était pas la première reprise sur ma liste...
D : Réécoutez Blues Trottoir, écoutez la chanson "Absence", il y a un petit côté jazzy. Elle est parfaite pour toi.
M : J'ai déjà écrit une chanson qui est "Parfaite pour toi"...