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Interview : Lysistrata, Lysinterview (fév. 2018)

Lysistrata / Chronique LP > The thread

Lysistrata - The thread Alors, il faut le savoir : Ben Amos Cooper, Max Roy et Théo Guéneau, les membres de Lysistrata ont découvert la potion magique pour ne plus devoir passer un tiers de la journée à dormir, afin de satisfaire ce type de besoin vital primaire. Autrement, comment expliquer que dans la seule année 2017, ils puissent remporter le prix Ricard Tour S.A. Live Music, sortir leur deuxième EP Pale blue skin, enchaîner une centaine de concerts en France avec quelques dates européennes, sortir leur premier LP The thread, en octobre 2017 et continuer de tourner dans toutes les salles ? Alors, oui, cela pourrait être humainement possible si The thread était dans la continuité de Pale blue skin, une extension de leur première oeuvre, un prolongement stylistique : on glisse quelques réinterprétations, on ressort un titre écarté lors du premier album, on peut même finir par une petite séquence live histoire de montrer qu'on est un groupe de scène. Bon, ils ont tout de même réinterprété deux tracks issus de leurs deux précédents mini albums. Pour le reste, eh bien Lysistrata a surtout pris le temps de faire évoluer son style, de peaufiner l'atmosphère, de travailler les textes.

AvecThe thread, Lysistrata continue de proposer un rock complexe et polymorphe. On pourrait essayer d'y rattacher plusieurs étiquettes, comme math-rock, post rock, noise... disons simplement qu'ils s'amusent à jouer du rock, tout en cassant les codes et les structures classiques. On oublie le intro / couplet / refrain / (....) / pont / refrain / outro, on se fiche des 3 minutes 30 de rigueur pour une bonne chanson. Lysistrata explose les schémas préconçus, balance des titres de moins de 2 minutes ou qui dépassent les 11 minutes, en sectionne certains en plusieurs actes, enchaîne les gifles sonores avec les caresses mélodiques. Mais le trio ne cherche pas non plus à partir dans l'expérimentation débridée voire inaudible. Dans toute l'exubérance de The thread, il y a une réelle cohérence musicale, un style personnel que l'on avait apprécié dans les premiers albums, qui se prolonge avec une teinte plus sombre. Les textes traitent de mal être, d'angoisses, de tentative de suicide avortée. Avec des airs de At The Drive-In, Lysistrata attaque et secoue l'auditoire avec "The thread", ou "Answer machine". Il chatouille aussi sur "Dawn", petite instru dissonante, sympathique et atmosphérique. Et il conclue avec une énorme pépite de 11 minutes, "The boy who stood above the earth" : la mise en abyme d'un fait divers raconté par l'écrivain Joseph Campbell pour illustrer le thème de l'héroïsme dans la société moderne. L'acte de bravoure d'un policier qui, à Hawaï dans les années 80, voulant empêcher un suicidaire de sauter d'une falaise, manqua de tomber avec lui.Lysistrata intègre des bribes de son récit, rajoute sa vision de l'histoire et envoie une bande son superbe envoûtante et imprégnante. Une splendide réflexion philosophique humaniste et introspective.

Lysistrata / Chronique EP > Pale blue skin

Lysistrata - Pale blue skin Lysistrata est une comédie d'Aristophane de moins 411 avant JC et la société Ricard est surtout connue pour ses boissons anisées qui font un malheur dans les campings. Le rapport dans tout ça ? Eh bien si la société Ricard a fait tourner pas mal de groupes depuis 1988, avec des styles assez variés mais plutôt orientés radio yaourt dans des séries de concerts gratuits (oui, il y a eu Johnny, Yannick Noah, Shy'm...), elle attribue depuis 2010 le prix Ricard SA Live Music, dont la finalité est autrement plus sympathique : car au lieu de donner encore de l'espace médiatique à des artistes qui en ont déjà parfois bien assez (Johnny quoi !), elle file un bon coup de pouce à un groupe émergent (clip, EP, série de concerts, et accompagnement pendant une année). Et soyons honnêtes, si les derniers lauréats proposaient du rock sympathique mais calibré pop rock, pour 2017 c'est Lysistrata et son excellent post rock qui gagne la timbale. Et je remercie grandement les vendeurs d'anisettes d'avoir souhaité mettre en lumière Lysistrata et son style musical plutôt atypique au regard des précédents récompensés.

Assez parlé marketing et parlons musique : Lysistrata est un trio originaire de Saintes, de vingt ans de moyenne d'âge. Il se compose de Théo Guéneau (guitare/chant), Max Roy (basse/chant), Ben Amos Cooper (batterie/chant). Après avoir sorti un premier un premier LP en janvier 2016 (Bicycle holiday), ils viennent de signer chez Vicious Circle et sont en préparation d'un nouvel album fin 2017. Ils définissent leur style musical « post un peu tout » mais c'est loin d'être du n'importe quoi. Pale blue skin, leur carte de visite de 4 titres, le démontre parfaitement : le mini album commence pourtant avec « Small box », un bon rock classique, tout est en place, structuré, chants en anglais, très brit rock, on pense être partis pour une balade un peu plombante mais au bout d'une minute trente, l'enveloppe se craquelle, la guitare se contorsionne, les hurlements apparaissent et on change de dimension. Ça part en live, ça hurle, la ballade tourne à l'épreuve de force. On enchaîne sur « Pantalonpantacourt », dans un post rock énergique et délicieux, technique et mélodique, quasi instrumental. S'ensuit « Pierre feuille ciseaux », endiablé et sautillant, morceau instrumental seulement ponctué de quelques joyeux «houhouh» insolites. Et la ballade se termine sur « Sugar and anxiety », une séance de 7'27 minutes de tutti frutti noisy, math rock, rock, bref, la totale.

Lysistrata joue déjà avec toutes les nuances du rock. Avec vingt ans de moyenne d'âge, ils ont le talent et la vie devant eux pour en explorer tous les chemins, et c'est avec plaisir et beaucoup d'attente que l'on va prendre la route avec eux.