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Lyan est un projet musical né en 2008 du côté de Bordeaux. Largement influencé par la sphère post-rock aux tentations néo-classiques (Amiina, Sigur Ros, Kwoon,...) comme par les musique ambiant/électro, le duo composé d'Oraku et Sébastyén D. livre son premier enregistrement par la voix d'un split partagé avec les argentins de Blien Vesne (Esperar eternity, 2011, Apathia Records). A l'heure où sont rédigées ces quelques lignes, le groupe enregistre un album studio long-format.

Lyan / Chronique Split > Esperar eternity

Lyan | Blien Vesne - Esperar Eternity A l'aube de ce qui n'est encore "que" sa deuxième sortie officielle, le tout jeune label Apathia Records se donne les moyens de ses ambitions, peut-être modestes, mais en accord avec une réalité actuelle, tangible et concrète. On appelle aussi ça la lucidité. Exit le boîter cristal has been, on passe au digisleeve. Un bon point. Place à ce qu'il recèle, une série de morceaux signés par deux groupes totalement inconnus de votre serviteur. Plus délicat mais bon, s'ils sont là pour apprendre, on est aussi là pour découvrir. Lyan vs Blien Vesne donc pour un Esperar eternity qui, bien que pas exempt de défauts, ne l'est pas plus de qualités évidentes...

Du post-rock/néo-classique cristallin et fragile matiné d'ambient/electronica gracile pour les uns, du post-rock aussi, mais dans sa forme la plus classieuse, voire même rigoureuse, pour les autres, Esperar eternity est la conjugaison de deux approches artistiques mettant en exergue les travaux d'entités encore "jeunes" et relativement, sinon complètement, inconnues à ce jour. Mais talentueuses. Les premiers à ouvrir le bal sont les bordelais de Lyan et leur délicieux substrat mélodique pop / electronica / post-rock aussi lunaire que feutré, qui avec "Tôi chò doi" puis surtout "Cotton House", parvient à créer un univers à l'identité artistique qui leur est propre. Quelque chose de très personnalisé, entre les bricolages sonores d'Emilie Simon (sans la voix de la belle), les petites fulgurances célestes de Sigur Ros et le songwriting aiguisé d'un Kwoon auquel on aurait ajouté les instrumentations d'Amiina.

On se dit que l'on tient assurément là quelque chose de rare, de précieux et donc en devenir, mais Lyan démontre malheureusement que le talent ne fait pas tout et qu'il ne s'exprime pas systématiquement sur chaque morceau. Deux très beaux premiers morceaux, mais deux autres ("Childhood's seasons", "When I was a little child") loin de susciter la même émotion. Un ton en dessous (et on est gentils), ils voient le groupe rentrer dans le rang au travers de compositions monocordes, travaillées certes, mais assez loin du potentiel entrevu sur les deux premières pièces. Un constat un peu brutal oui vu comme ça, mais d'autant plus confirmé qu'un cinquième titre vient boucler cette première boucle de la meilleure des manières qui soit. "Lulled to eternity" se révèle alors, élegant et fragile, épilogue qui sublime les fulgurances entrevues chez Lyan lors de ses débuts sur ce split. Sans aucun doute à suivre de près alors que s'apprêtent à leur succéder les argentins de Blien Vesne.

Exit les petites créations crossover de Lyan, on est désormais ici en présence d'un post-rock classieux et posé qui satellise l'auditeur au moyen de quatre titre délicatement veloutés, écrits avec une finesse infinie, à défaut d'une originalité débordante. Avec "La care y el suelo" puis "Sanar", les deux morceaux étant enchêvetrés, la formation sud-américaine respecte à la virgule près les codes du post-rock, entre minimalisme épuré et crescendo en forme de murs de son à l'intensité parfaitement amenée. C'est beau, ça se laisse écouter avec un plaisir évident, mais ça n'apporte absolument rien au genre, à tel point ici que l'on se demande quand même comment le groupe va pouvoir exister sur la durée en se plaçant autant dans le sillage des figures de proue de la scène post-rock contemporaine. Même lorsqu'il s'agit d'étendre un peu le format et de dépasser la barre des dix minutes ("Rendir"), Blien Vesne prend tout (trop?) son temps pour instaurer des climats propices à l'évasion sensorielle, sauf qu'à trop jouer avec l'économie de moyens, on risque de perdre l'auditeur, surtout lorsque les poussées de fièvre ne sont pas vraiment aussi brûlantes qu'attendues, si ce n'est sur le très court et ultime titre d'Esperar eternity : "Esperar". Bien belle initiative tout de même...