Lune Palmer - The rooster De Lune Palmer (des Suisses oui encore, mais pas des hardos pour une fois...), on ne connaissait pour ainsi dire rien avant que l'estimé parce qu'estimable label de leurs compatriotes Hummus Records se penche sinon sur leur berceau au moins sur leur cas en rééditant The rooster. Un premier album signé d'un quartet helvète donc (avec un membre d'Abraham en son sein) qui oscille en permanence entre rock, indie et électro de très haute volée parce que cousu main. Mais surtout avec talent. La preuve avec cette très belle immersion immédiate qu'offre l'inaugural "Brutus blume", ténébreux et envoûtant...

On est déjà sous le charme de ce quartet dont la musique se révèle aussi charnelle qu'asexuée (aussi paradoxal soit ce constat...) et voici que Lune Palmer pose avec sa patte de velours chaloupée le très beau "Retracted love", qui fera invariablement penser à Radiohead. Une griffe stylistique qui n'hésite pas à renvoyer à des groupes majeurs de l'histoire de la musique indépendante (ou pas) des vingt dernières années et voici un collectif qui assume parfaitement ses influences : allant du quintet d'Oxford évoqué précédemment à Múm en passant par Blonde Redhead, Portishead voire Sigur Ros. Et comme le talent des Suisses se révèle aussi rare que précieux, l'incomparable peut finalement être comparé. Quitte à tenir très largement la distance ("Meet horselover flat"), ce, sans donner l'impression d'avoir réellement à le forcer (le talent).

Une classe folle (l'éponyme "The rooster"), un groove cyclothymique ("Océan mer", "Urban monad 116") et un songwriting qui tutoie les cieux en permanence jusqu'à en écœurer les plus blasés, le groupe fait ce qu'il veut avec son auditeur. Alors celui-ci le suit forcément parce que fatalement enivré. Entre rock indé scintillant, électro satinée et trip-hop velouté, The rooster est un petit bijou d'orfèvrerie indie ("Waters"), sinon un chef-d'œuvre comme seule la Suisse sait en produire quand elle oublie de nous démolir les tympans à coups de Hard thermonucléaire de qualité supérieure. Une dernière petite merveille avec le délicat "Together" et voici que Lune Palmer referme cet album en ayant réalisé un sans-faute du début à la fin et s'être révélé comme une découverte indispensable... Très classe.