rock Rock > Lunatic Age

Biographie > the lunatic is in my mind

Classé par certain dans la catégorie métal, Lunatic Age doit ce statut ambigu à leur influences plus que diverses. Entre Tool, Shovel, Despondents, Depeche Mode, ainsi que Sonic Youth, Noir Désir, Glassjaw et Virago au niveau sonique et du rapprochement culturel, ainsi que pour la diversité de leur compositions, du déluge de références interne, Lunatic Age sert de carcan fusionnel. Groupe montpellierain à la limite d'un power-rock très inspiré, et d'une power-pop plus éclectique, Lunatic Age met toutes ses tripes dans ses compos, engageant cœur et âme dans la bataille. Une batterie et une basse puissante et précise à l'œuvre, quand Seb s'énerve, on se tait et on écoute. Les vibes sont bonnes, terriblement bonnes. Lunatic Age n'est pas un groupe à lire, mais à écouter, pour pleinement apprécier leur talent d'écriture, leur gôut de la complexité, leur art des ambiances.

Lunatic Age / Chronique LP > August (the month of misfortune)

Lunatic Age : August Cet album n'a strictement rien à voir avec les 3 précédents, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Et ça tombe bien, je n'avais pas envie de passer en revue les différents symptômes et autres déconvenues, ayant marqué la trajectoire du combo Montpelliérain depuis ses débuts. Dix ans déjà, au moins, qu'ils sont sortis de l'ombre, et qu'ils se fraient un passage, un sillon, minuscule mais bel et bien vivant, en plein cœur du rock français, aussi hermétique, surfait, alternatif, et indépendant soit-il. Il n'y a que le travail, le talent et la passion qui paient dans ce bas-monde. Et l'acharnement, phalange après phalange, même si la route est longue. Risquer le tout pour le tout, serrer les dents, une dernière fois, quitte à se brûler les ailes. Et c'est exactement ça. Ils ont retenu la leçon, les bougres, et ne font plus semblant. D'aucuns parlent de "l'album de la maturité". Oui certes, à partir du moment où l'on n'a toujours pas réussi à inverser le cours du temps, forcément, l'argument est facile et tombe sous le sens. Donc, on jette. Direct au fond des chiottes. Pas la peine de gueuler, j'ai déjà tiré la chasse.
Bref. Avec August, c'est comme s'il fallait remettre tous les compteurs à zéro, faire table rase du passé, et enclencher la vitesse supérieure. C'est une histoire qu'ils nous racontent, une chape de plomb qui nous tombe sur le coin de la gueule, un monde défiguré, croulant sous le poids de nos erreurs, qui s'ouvre sous nos pas, un tsunami d'émotions élastiques, chaotiques, fidèles et tragiques, irradiant de nos tripes, celles que l'on se taille au couteau pour se rappeler qu'on est toujours aussi seuls, et que la souffrance se déguste en silence. Une traînée de poudre, noire, légère, toxique, qui n'attendait que ça pour enfin embraser les foules, le ciel et la terre, sous l'orage. Et renaître de ses cendres, encore plus forts, conscients de la précarité de l'existence et de cette mascarade dans laquelle on se vautre tous allègrement, délicieusement cyniques, froids, délicatement sombres. Terriblement vivants. Ça saigne et ça fait mal. Ça brûle, ça palpite et ça trépigne d'impatience au creux des veines. Libérez enfin la bête, le manque, infernal, les larmes, les coups, les passions, destructrices. L'air que l'on respire est désormais chargé d'absences, lourdes, celles de nos fantômes qui nous hantent de jour comme de nuit, malades, mais aussi de nos désirs les plus fous, enfantés dans le doute et la peur, bercés pas nos angoisses ancestrales, et nos épaves, violentes, qui s'échouent dans les flaques de l'oubli. Tout ça pour rien. Si ce n'est se sentir vivants. Marche ou crève ma douleur, ce soir l'horizon nous appartient.
Mention spéciale pour "Tout pour rien", "Sous l'orage", et "August" qui sont d'une beauté, et d'une intensité particulièrement rares. Mais tous les titres sont animés de cet état d'urgence, cette folie, retenue, ce martèlement des sens, et la frappe chirurgicale de Guillaume Dupré à la batterie n'y est pas étrangère. A noter le retour du piano sur quelques titres, et surtout l'enregistrement de l'album dans d'excellentes conditions, faisant d'August une véritable pièce d'orfèvre, terriblement efficace : des titres d'une belle facture, taillés pour la scène, satisfaction guaranted à 200 % : ça tire des balles à bout portant, ça irradie d'une énergie insoupçonnée, ça calme, ça uppercut en plein cœur, ça surprend, ça laisse des putains de traces, ça fait du bien, et c'est tout ce qui compte. Merci les garçons.
Et vivement l'orage.

Lunatic Age / Chronique LP > Sous X

Lunatic Age : Sous X Dès les premières notes de musique, le décor est planté. Cet album n'est pas une vue de l'esprit, ni un ersatz de rock fait à la va-vite, et encore moins une sorte de guimauve sans saveur et formatée comme toute bonne soupe commerciale qui se respecte. Non, c'est un pur concentré d'adrénaline, une grosse claque que l'on se prend en pleine gueule (et ça fait du bien), une véritable leçon d'humilité venant d'un groupe bel et bien vivant et qui nous le fait savoir, à coup de riffs énergiques, de montées en puissance, de paroles cinglantes et déchirantes, qui rythment nos battements cardiaques et nous laissent dans un état proche de l'extase (mention spéciale pour "The fall" qui est pour moi l'aqme de l'album). Parce que Lunatic Age, c'est ça : du rock incandescent à l'état pur, une déferlante d'émotions qui nous submergent et nous prennent aux tripes, une immersion brutale dans un univers, à la fois sombre, mélancolique, amer, mais terriblement humain, sensible, touchant et sincère. Quand Koach s'énerve, et que ses trois accolytes prennent le relais, on se tait et on écoute.
Après "La bête de cirque" qui donne le ton à l'album, le groupe explore avec beaucoup de pudeur et de réalisme des sujets hautement tabous et polémiques, à savoir l'inceste avec "Mourir une vie" et l'accouchement sous X avec "Sous X". On replonge dans le milieu du cirque et de la voltige avec Aérienne qui fait référence aux aléas du chassé-croisé amoureux. jeux de l'amour et du hasard que l'on retrouve dans "Le poème" où il ne suffit pas d'apprendre son rôle par coeur et de rejouer la scène pour triompher. L'"Auréole bleue" nous ramène brutalement à la réalité en mettant en relief la noirceur de la nature humaine, déchirée entre son côté pile et son côté face. dans le même état d'esprit, "Beau de nuit" fait allusion au milieu des travestis et autres oiseaux de nuit dont l'existence n'est souvent que dégoût, dépravation et aliénation. On continue dans le registre du réalisme et des prises de conscience parfois brutales avec "All that glitters is not gold" et "I'm not your fan," où l'homme hurle de rage et se révolte contre sa condition. Un peu plus de légèreté avec "Tonka", petite parenthèse positive au sein de cet album qui apparaît relativement sombre si on considère la nature des sujets traités, mais aussi la fougue et la rage dont le groupe fait preuve pour porter les textes à leur firmament. L'ensemble se termine sur une note plutôt pessimiste avec "Sans états d'armes" qui évoque la souffrance d'un homme sur le point de se suicider pour se libérer une bonne fois pour toutes.
Il existe une réelle continuité dans les thèmes abordés, les sentiments explorés et une dynamique s'installe naturellement entre tous les titres, portés admirablement par une voix qui va puiser au fond d'elle-même les ressources nécessaires pour transmettre de véritables émotions, mais aussi par une guitare, une basse et une batterie qui assurent à tous les points de vue. On peut souligner la justesse et l'efficacité dans le choix des mots et des mélodies qui nous laissent parfois un goût amer dans la bouche, tant la violence, la mélancolie et la fragilité de la nature humaine sont mises en avant.
A noter la présence de 5 titres en anglais ("Motorcycle", "Tonka", "I'm not your fan", "All that glitters is not gold", "The fall"), chantés à la perfection et sans le moindre accent franchouillard, et apportant une dimension particulière à l'album tout en laissant entrevoir la complexité et le talent aux multiples facettes de ces quatre zicos, mais aussi présageant l'orientation de l'excellent Miranda.
Bref, un album de qualité, servi par un groupe d'exception qui mérite largement sa place sur la scène rock française . A voir absolument sur scène, séquence émotions garantie.

Lunatic Age / Chronique LP > Peau Neuve

Lunatic Age : Peau Neuve Le voici donc ce Peau neuve tant attendu de Lunatic Age. De l'eau à couler sous les ponts pour Lunatic Age depuis Miranda, mais il s'agit toujours de la même magie qui découle de leurs compositions. Après un "Echo" à Miranda au grain à fleur de peau, Lunatic Age revient lentement à la vie sur "le souffle" qui insuffle à tout l'album une pointe de fureur, que l'on retrouve de manière récurente sur l'album comme sur "J'aime", ou "Comme au cinéma" qui s'emballe, accélère et termine le souffle court mais serein.
Ambiances sombres, un violoncelle qui accentue encore plus l'atmosphère, "C'est la fille qui rêve pour moi", un Lunatic Age différent, plus rock, plus mature, plus sobre aussi, utilisant moins de circonvolutions, une flèche qui va droit au coeur, sans détour, sans fioritures, mais avec efficacité. Le rock de Lunatic Age rejoint parfois celui de Lagony, avec ses accentuations, ses guitares éthérées, "Elle nous quitte" vibre de façon monolithique sur une basse en avant-plan, bordées par des guitares qui sont autant de pistons qui mettent la machine en branle.
Titre éponyme, "Peau neuve" déroule un fil conducteur délivré par une guitare sur le fil du rasoir, un chant jouant le funambule, -Tant qu'il me reste de l'espoir-, Lunatic Age exploite le sien, des mélodies rodées, une basse qui ajoute à la tension du moment, un message mélancolique à l'image de l'automne. Ce Peau neuve s'écoute avec délectation, sans à priori, sans recours à une psychanalyse de pochette qui semble ravir certain, Lunatic Age se distingue par ses compositions toute particulières, simples, efficaces, aux mélodies sous-jacentes parfois fatales.

Lunatic Age / Chronique LP > Miranda

lunatic age : miranda Miranda, deuxième opus du groupe après Sous-X, est une véritable petite perle entre rock et power-pop dopée aux amphés. "Miranda" donne de suite le ton, Miranda et ses longues jambes, ambiance délétère, une basse qui vrombit dans les silences, un chant un peu distant, déphasé, une batterie puissante et une guitare qui fait feu de tout silence. Le style est à la power pop mécanique, une voix aérienne, qui se propulse au-delà du déluge sonore. Quand la voix se murmure, la guitare prépare son ascension volcanique, une montée au-dessus des nuages, très intime sur les arpèges en forme de boîtes à musiques qui tout à coup s"enflamme de fureur et d'énergie. Beat plus traînant pour "Ca n"a pas d"importance", espèce de trip-hop, stalle métastasé, stèle musicale érigé par delà les références synthétiques des années 80, anticipation électro pop et balade d"une basse saturée sur un texte entièrement parlé, ambiance Lost Highway, un peu malsaine, trés atmosphérique et très sombre à la fois. Plus rythmé, plus puissante, très pop décalée sur les couplets, moins acessible sur les refrains, Lunatic Age expose ici une autre de ces facettes. Le refrain s"emballe, s"accélère, se déhanche en sortie. "Doggy Style" et son style à talons hauts, sa voix saturée, harassée, tour à tour lumineuse et engourdie, l"espace sonore explose, s"élargit, Big-Bang sonore, -This is my burning way of life-, décalage rythmique, rupture, cassure, hésitation, fin maîtrisée sans défaut. Coups d"éclats sonores, violents, doigts qui glissent sur une guitare violée, une voix qui s"entraîne dans les parages humides des tréfonds de l'auto-destruction humaine -défais ton sourire, et découpes moi cette robe-, entre gueule de bois miséreuse et énervement spontané, reflet du désespoir quotidien, violence gratuite à l"haleine fétide, "Peepshow" se délecte dans son scénario, sa déchirure humaine et son déluge sonore, aiguisé, infecté, plus mal que malsain, cris dans le noir, dans la solitude, dans l'autosatisfaction schizophrène, des guitares qui glissent s'entrechoquent, mucus dégouillinant, -ne la touche pas sale pute-. Picotement industriel pour "Le parfum" et son ambiance brumeuse, acide, un chant très mûr, très profond, frissonant, -une pincée d"onguent, une goutte de sueur"-, une basse et une guitare discrète, en doublure soyeuse, légèrement déposées sur un drap frais. La voix se retire dans ses repères, son univers, tout en l"exposant calmement et furtivement au monde extérieur, les montées sonores tirent des décharges sans retenue, telle une fonderie sensuelle qui crache ses éclats en fusion, -La rue du marais- scintille, éclate, se lâche, prends corps, prend la vie par le col, glisse dans cette rue qui rutile -Fleurer les dames et voler leurs humeurs-. Introspection "30 secondes", guitare qui galope, puis s'énerve réellement, basse glauque, la cadence du refrain dispose de tous les atouts pour elle, décalée, chaloupée, aux accents épicés, des cris qui s"envolent dans le vide. Un pont mirifique qui creuse la distance, pousse le silence dans ces derniers retranchements, combat le feu par le feu, silence aux poings, harmoniques destructrices, ambiances malicieuses. Déluge, avalanche, le mot est trop faible pour l'intro, éboulements métalliques de guitares à la limite du hardcore le plus brut, la suite de "Ambitieux" est plus construite, plus réfléchie, propulsée par cette entrée en matière explosive. La batterie ondule, emporte la basse dans sa suite, écoulement de guitare, cris à la limite de la fureur, excitation fulminante, dommages collatéraux, montée en rythme ambitieuse, la médiocrité de cet homme s'éteint sur l'espoir. "Rien de grave" n'arrive, -Elle se jouait, Des détours de ces feintes de cœur-, Lunatic Age montre encore la diversité de ses influences, guitare très light, rythmique funk ralentie, une voix qui n'en finit pas d'explorer les registres du possible, entre son grain admirable et ses montées sincères directement sorti du soi, la guitare et la batterie brodent admirablement sur les tentures de ce domaine des sentiments.
Lunatic Age et son admirable Miranda, spectre sentimental d'une grandeur électrique, entre complexité et efficacité, sur un intérieur profond et prometteur, donne là une magistrale leçon de rock.