"La révolution n'est pas un dîner de gala, Le seul disque qui fasse twister Mao au fond de son frigo"

D'ou est venu ce titre pour l'album ainsi que les "tendances" (si on peut dire ça) politiques generales chez LV88 ? Une petite tendance coco désappointé ou je m'enfoutisme anarco-blasé revanchard ?
Le titre est une citation de Mao, l'une des plus comique (cf petit livre rouge). C'est plus l'iconographie maoïste qui nous intéresse, moins sa politique (ou alors sur un point de vue historique).
Comment c'est passée la composition de cet album par rapport aux précédents ?
Pas mal, merci. En deux fois, avec un break d'environ six mois entre les deux. Le disque ne devait contenir que 8 titres à la base, puis c'est devenu un album, d'où certains retards de parution... Nous avons rajouté 7 titres dont un a été jugé trop nul et a fini à la poubelle. Nous enregistrons à Angers dans un studio en pleine campagne. C'est très tranquille, ce qui permet de faire des disques relax.

"Qui sont les Ludwig Von 88 ?
b Un groupe dont le bassiste s'est cassé planter des oliviers dans le Sud de la France, dont le gratteux à foutu le camp pour faire le beau gosse aux quatre coins du monde (sous une fausse identité puisque celle de Sergent Garcia !!!) et dont le chanteur est retenu prisonnier au fond d'un placard par le DA de Crash Disques jusqu'à ce qu'il finisse la bio du groupe."
Contrairement a d'autres vous n'avez pas une démarche "commerciale" dans le sens où il me semble que chez LV88 , au sein du groupe chacun fait ce qu'il veut n'est ce pas difficile a gérer ?
Non, pas vraiment. On 'na jamais fait de la musique avec le but d'être commercial. Le plus important a toujours été de laisser libre cours à ses envies, ce qui a donné quelques fois des trucs assez bizarres. Ca plait ou ça ne plait pas. On ne fait jamais de calculs. Il est un peu dommage d'orienter sa musique en fonction des goûts du public ou des exigences des maisons de disques. Ca manque vite d'âme.
Vous avez changé de line up ... Cela vous a-t-il aidé pour la suite de Ludwig ?
Plusieurs fois. Non, cela ne nous a ni aidé, ni desservi. Disons que comme chaque membre apporte quelque chose niveau création et personnalité, le fait d'avoir une nouvelle personne au sein du groupe peut ouvrir de nouvelles voies.
Est ce aussi cela le signe de la longévité du groupe ?
Non, la longévité du groupe est due au fait que nous avions tous comme objectif de faire de la musique avant de faire de la tune. Le plaisir plutôt que le profit. Ca enlève pas mal de tension et d'impératifs. En plus, il y a un facteur humain important : quand tu t'entends vraiment bien entre membres d'un groupe, il est normal que ce groupe ait plus tendance à durer.
D'après vous à la base LV88 n'a t il été qu'un très GROS délire qui a bien marché ?
Pas du tout. Le but premier était de créer une secte où l'on pourrait égorger les fidèles. On a foiré notre coup alors on a décidé de faire croire au monde qu'on étaient toujours heureux, du coup on a fait un groupe pour voir si on arrivait à faire mourir les gens de rire. Encore perdu.

"Quand se sont-ils formés ?
a En 1983, l'année de la moquette, suite à une conjonction entre la constellation du Canapé Défoncé et l'étoile du Gros Bédo."
Qu'est-ce qui vous a poussé à poursuivre l'aventure Ludwig au fil des années ? Ou avez-vous trouvé la motivation nécessaire ?
Le plaisir de pouvoir créer une musique qui nous plaisait et la possibilité de rencontrer beaucoup de gens un peu partout. Pour la motivation, pas besoin d'aller la checher très loin : c'est quand même cool de pouvoir vivre de sa musique.
Vous avez été en plein dans le mouvement post punk des années 80. Avec du recul que vous a apporté cette période ? Qu'en pensez-vous aujourd'hui ?
Je crois que la condition des groupes et la possibilité de concerts est complètement différente aujourd'hui. Il existe aujourd'hui plein de structures dans beaucoup de villes (assos, salles de concerts, etc) alors qu'à l'époque, il n'y avait quasiment rien. C'était un peu du bric-à-brac. Aujourd'hui, la musique est beaucoup plus professionnelle en général. C'est sûrement plus confortable pour les groupes mais il y a tout un côté spontanéité qui a été perdu.

"Ont-t'ils déjà fait des disques ?
c Oh que oui, pleins (Houlala ; Houlala 2 la mission ; Sprint ; Ce jour heureux est plein d'allégresse ; Tout pour le trash ; 17 plombs pour péter les tubes ; Hiroshima ; Prophètes et nains de jardins; Houlala 3 l'heureux tour; et pleins de films, de happenings, de lectures de poèmes, de soirée djembé et de brunch au ministère de la culture.)"
Beaucoup de disques, de studios, de participations diverses mais moins de scènes, surtout ces dernières années... Pourquoi ce choix ?
Ces dernières années, il n'y a plus eu de concert pour deux raisons : le bassiste habite à Avignon (le reste du groupe à Paris) et le guitariste est devenu une star internationale. Donc, c'est trop compliqué. On continue, sans le guitariste, à jouer pour le plaisir, mais pour l'instant pas de projet scène. On a fait pas mal de concerts, on prend des vacances.

"Qu'ont-ils glandés depuis leur album précédent Houlala 3, l'heureux tour
a Tout et rien. Rien surtout. En vacances, morts, enlevés par les Tchétchènes, convertis au bouddhisme, transférés au Real de Madrid, perdus dans l'espace, revendus comme pots de fleurs à de riches industriels américains..."
Et comment en êtes vous arriver a faire autant de disques (9) ?
9 disques en 16 ans. C'est pas énorme. On a eu des passages plutôt calmes, et d'autres très productifs. Disons que cela dépendait de l'humeur, de l'inspiration et surtout du temps : quand tu fais des tournées, pas le temps de répeter pour créer de nouveaux morceaux.
Vous avez complètement arrêter la scène depuis quelques temps. Ce côte-là de la musique ne vous manque-t-il pas ?
Pas trop : on est des vieux et on a plein de rhumatismes !
LV88 ..des mecs complètements a l'ouest ? (LOL)
Malgré une pochette complètement à l'est !

" Les Ludwig aiment-ils la musique actuelle ?
b Evidemment non. Les Ludwig sont des vieux cons aigris qui ne jurent que par Sid Vicieux et Plastic Bertrand."
Vous connaissez les Amis d'Ta Femme, Marcel et Son Orchestre ? Des groupes de ska punk festif qui vous revendiquent ou s'inspirent de vous... qu'en pensez-vous et qu'avez-vous envie de leur dire?
On connaît bien Marcel pour avoir joué avec eux plusieurs fois. Pas Les Amis d'Ta Femme. Ce qu'on en pense ? Ce sont les meilleurs groupes de la terre. Ce que j'ai envie de leur dire : pas d'avenir dans la musique, faites des études de droit ou de commerce et reprenez votre place dans la société.
Quels sont les groupes en France qui ont forcé (ou forcent encore) votre admiration ?
Les PPI (Pervers Polymorphes Inorganisés) parce que c'était le meilleur groupe du monde et que je jouais dedans. Sinon, Warum Joe, MKB, Mush pour les paroles, Lukrat Milk, les Bérus, Zenzile pour la musique. Sinon pleins d'autres pour pleins de raisons diverses.
Qu'avez-vous envie de dire sur la scène rock en France aujourd'hui ?
Pléthorique. Jamais vu autant de groupes et de tendances différentes. C'est bien on a le choix, peut-être trop parfois. Je crois que le fait que les structures se soient énormément développées ces dix dernières années a permis à beaucoup plus de monde de s'exprimer. Il est plus facile aujourd'hui de faire un disque. Sûrement plus dur de le vendre, vu le nombre de disques qui sortent chaque années.

"Les Ludwig ont-ils des projets de révolutions ?Indubitablement oui : une comédie musicale qui retrace le parcours initiatique puis l'ascension du prophète El Fuck Off, fils fille père et mère à la fois de l'omnipotent Zoul, la munificence galactique de la force soit avec lui. Soit un double album avec tournée mondiale et film en trois série de 28 épisodes chaque (une superproduction hollywoodienne avec plus de 200 millions de $ de budget par épisode, avec Bruss Wyllis et Bernard Ménez et licenciement des employés de l'entreprise si le film fait un carton)"
Pensez vous qu'il y ait eu un réel changement de mentalités qui s'est opéré chez les jeunes qui venaient a vos concerts a la fin des années 80 et ceux qui se "déguisent" en punks aujourd'hui ?
En ce qui nous concerne, on a jamais beaucoup plu aux punks durs, déguisés ou pas. Notre public, ces dernières années, était assez jeunes, et sans véritable look général. Des punks, des babs, des djeunes, des moins jeunes. Le public s'est beaucoup renouvelé, preuve qu'il y avait une réelle envie de la part de personnes qui étaient trop jeunes pour connaître les Ludwig et autres groupes à leur début, de connaître cette "scène".
Je suppose que comme tout le monde vous avez acquis désormais une certaine maturité (enfin j'espère!! LOL!!!!) , n'est ce pas un peu contradictoire de continuer a faire du punk destroy festif et déjanté ??? Je veux dire par la qu'on aurait pu penser que vous vous seriez orienté dans une autre direction pour ce nouveau disque .
Et bien non, nous n'avons acquis aucune maturité digne de ce nom ! Et c'est pas pour demain. Pour les chansons tristes à mourir et les textes intellos faudra attendre nos projets solos, quand on sera trop vieux pour faire les cons en public.
Pas de promo ou très peu, pas de concerts ni de tournées... un disque fait pour vous finalement, personnel ?
Voilà, tu as tout découvert : c'est un disque pour nous que l'on envoie à quelques fanzines / journaux pour pouvoir faire des interviews où l'on peut dire qu'on est géniaux.
Sinon tous les sujets que vous traitez sont à envisager au 10ème degré. N'est-ce pas fatigant parfois de se réfugier constamment dans le rire, une certaine façon de fermer les yeux ?
Le 10 ème degré a des cotés qu'on suspecte rarement. Ceci dit, il y a toujours eu des chansons pas du tout drôle dans nos disques, parfois revendicatives (Exemples : Guerriers Balubas, New Orleans, Paponade et plein d'autres). Par contre, nous n'avons jamais apprécié le premier degré. Dire les flics sont des fafs, les fafs sont des cons c'est marrant une fois, ensuite on a compris le message. On a toujours préférer un langage un peu plus provocateur et subtil.
Serait-ce juste de dire que les Ludwig Von 88 ont été une sorte de réponse au punk destroy qui se prenait plus au sérieux au début des années 80 du moins en France ? (c'est pour l'instant ma vision des choses)
Nous étions des punks de la deuxième vague. Ceux de la première vague s'amusaient à provoquer tous les gens qu'ils pouvaient heurter par des propos ou des attitudes qui, à l'époque, étaient choquante. Nous avons suivi le même chemin, mais ce qui nous intéressait surtout c'était de choquer les punks de la première vague. Ils venaient aux concerts avec des rangers et des vestes en cuir couvertes de badges et d'épingles à nourrice. Nous, on leur chantait des chansons sur les petits oiseaux alors qu'ils voulaient entendre "Anarchy in the UK" en pogotant.

Peu a peu avez vous eu l'impression d'être isolés en France ou en Europe sur ce type de scène musicale à cause de la "disparition" de certains groupes (Parabellum, Béruriers, Oth etc.)
Euh.. Non, il y a toujours eu plein d'autres groupes, moins connus. Puis sur le coup, tu te fous de savoir si tu appartiens à une scène quelconque. Franchement, quand je vois des groupes aujourd'hui comme les Kargols, Zenzile, Les [Hurlements d'Léo, j'ai toujours l'impression que c'est la même "scène" !

Pensez vous que le fait de ne pas avoir signé chez une major et d'être resté chez un label indépendant vous a en quelque sorte empêche d'être plus reconnu en France et "d'aller sur les champs Elysées" ? (LOL)
De vendre moins de disques, c'est certain... mais à quel prix. Je ne suis pas certain avec le genre de pression commerciale qu'il y a dans une major nous aurions fait autant de disques et je suis certain que cette major aurait eu du mal à accepter tout ce qu'on s'est permis.

Quelle est la question que tu aimerais que je te pose ?
Quelle est la question que tu aimerais que je te pose ?
As-tu quelque chose à rajouter ?
Le prochain disque sera une comédie musicale géniale !!!