Louis Jucker - Eight orphan songs Quand il ne ferraille pas avec Coilguns, Kunz, le collectif pop expérimental helvète The Fawn ou du côté du mastodonte The Ocean), Louis Jucker œuvre également sur son projet solo folk/pop/lo-fi pour lequel il a déjà publié pas moins de quatre enregistrements studio (Chinese sketches, Everything comes back the same, Spring! Spring! Spring! puis Eight orphan songs). Ce-dernier, sorti chez Hummus Records (Coilguns, Impure Wilhelmina, Lune Palmer, NVRVD...), se révèle être pur disque de songwriter selon la formule consacrée. Mais surtout le recueil d'une petite huitaine de jolies pépites classieuses et DIY à souhait.

En témoignent notamment le très beau "Feathers", tout en brisures mélodiques fragiles ou "People are noises" et ses ritournelles empreinte de magnétisme épuré. Minimaliste de par ses arrangements comme fouillé dans son songwriting lo-fi, Eight orphan songs est un disque habité par les dieux du folk lorsque ceux-ci s'acoquinent de près avec les grandes prêtresses d'une pop DIY débarrassée de leurs apparats les plus encombrants ("We lived a mountain", "The girl that left you at the bus stop"). Un album qui au détour d'un climax un peu plus électrique, d'une complainte légèrement enfiévrée fait succomber l'auditeur sans l'air d'y toucher, ce, même s'il trouve aussi ses quelques limites sur "I cursed you".

Quelques "facilités" là où Louis est capable de très belles choses par ailleurs, un très léger manque d'originalité dans l'approche nostalgique, rapidement effacé par cette ambiance propice à l'abandon mélancolique. Ce presque blues naissant régulièrement au détour d'une mélodie venant se fissurer contre les murs du studio, un phrasé venant se briser contre les accords d'une guitare qui se veut si fugitive, indépendante, sincère ("Sleepwalkers"). A l'image de son auteur, qui a le bon goût doublé d'une réelle intelligence artistique, d'écourter ses compositions afin de ne pas les laisser trainer en longueur inutilement et préserver de ce fait leur caractère instantané, le disque recèle quelques trésors de solitude indie-folk racée. Mais pas que.

Un timbre de voix caractéristique, une écriture qui veut sans cesse dire quelque chose qui n'a pas été déjà prononcé plus tôt dans l'album ("You are my glasses") - ou mille fois chez d'autres - et une très belle conclusion (l'émouvant "Major Chords solve minor problems"), Eight orphan songs est une oeuvre qui parle à l'intime avec un sens aigu de la pureté. Tant dans l'émotion véhiculée que du point de vue du caractère de la démarche de Louis Jucker, un musicien aux talents multiples qui a bien raison de les partager, avec toute la retenue qui le caractérise mais un esprit de liberté et une intégrité qui accroissent considérablement son potentiel de sympathie. Et comme le garçon sait écrire des très belles chansons...