lorelei Je vais être honnête, je ne me suis pas penché tout de suite sur ce groupe. Va savoir pourquoi, j'avais certaines représentations, a priori, l'associant à une réminiscence du mouvement alterno, qui ne m'a jamais branché. Mais après une journée jeux de société à essuyer défaite sur défaite chez le parrain de Guerilla Asso, je suis reparti avec mon tote bag rempli des dernières sorties du label et à défaut du cœur lourd d'avoir tout perdu, il y avait ce Cœur d'acier, qui m'a vite fait revoir mes jugements et conquis d'emblée.

Je passe rapidement sur le packaging du disque mais sans l'oublier car oui, au W-Fenec on appartient à une génération vieille école de dinosaures, qui a du mal avec la dématérialisation de la musique (j'ai zéro compte streaming) et où l'objet physique revêt son importance. Qui a dit snob ? Pour une dizaine d'euros à peine (selon ton fournisseur) tu as un LP avec une jolie pochette sérigraphiée en trois volets et un cd cartonné en bonus. L'artwork renvoie de manière explicite au titre de l'album et une phrase mise en exergue "Permettre que les voix des dominé.e.s soient enfin audibles" annonce la couleur du punk rawk inclusif et métallo (mais pas métalleux) du deuxième album des Nancéien.nes. Et cette couleur, prédominante sur la pochette, c'est le noir car il n'y a franchement pas de quoi se réjouir du monde dans lequel on évolue. L'ambiance générale n'est donc pas à la gaudriole mais plutôt à des témoignages, qu'on sent sincères, authentiques, sur le déclassement, le travail aliénant, les injustices sociales comme dans "La vallées des anges", l'avenir peu reluisant dans "Reviens" ("Y aura pas de demain, j'en veux pas, j'en n'ai pas besoin"). Mais sans pour autant se résigner complètement. "Partage ta violence, quitte ton innocence" nous chante Cindy dans "Réveille-toi", très bon morceau d'ouverture, qui après une intro toute en montée progressive, part sur une rythmique galopante et des guitares plutôt Nofxiennes. Ce tempo soutenu le restera d'ailleurs tout au long du disque, lors des huit titres pour vingt-deux minutes. Est-ce un peu facile de faire référence à La Fraction quand on parle de Lorelei ? Oui, assurément mais ce n'est pour autant pas spécialement usurpé. Le quatuor dépasse néanmoins cette influence avec un son et des riffs plus modernes, plus 21ème siècle mais aussi avec l'utilisation de chœurs solides (comme l'acier ?) dans "Ici et maintenant" et surtout "Dans la rue" (inspiré par un des nombreux propos condescendants et méprisants de Not my president). Paye ta puissance, ton refrain qui tue, prend aux tripes et donne envie de battre le pavé ! Mon morceau préféré avec l'islamogauchiste "Laissé.es pour compte" (écriture inclusive toussa toussa), un poil plus mélodique mais tout aussi efficace, qui marque et reste en tête dès la première écoute. Les textes sont généralement écrits à la deuxième personne, faisant allusion à un "tu" camarade, allié.e, sauf deux plus personnels, dont "Jamais trop tard", qui aborde à la première personne la pilule contraceptive, "des années de poison ingéré", thème que je n'avais pas souvenir d'avoir déjà vu traité.

Très bonne surprise donc que ce nouveau Lorelei, que je vais suivre désormais de près et qui a eu le mérite de sortir le disque de Cuir de ma platine, ce qui n'était pas chose aisée vu mon addiction à la synthpunk en ce début d'année.