Lomla

Interview : Lomla, Qui est Lomla ? (avril 2026)

Lomla / Chronique LP > Benidorm

lomla benidorm Lomla a ce truc rare : l'impression qu'un morceau peut te prendre par le col sans jamais t'interdire de respirer. Sur Benidorm, leur premier album, le quatuor (Séb, David, Joe, JB) assume un rock français charpenté, frontal, et surtout habité, qui rappelle cette époque bénie où les guitares avaient encore le droit de dire les choses sans se déguiser en plugin. Oui, on pense forcément à Demago (voir à Poc pour ceux qui ont eu la chance de connaitre la formation de Fabien Bœuf dans les années 2000), c'est la même tension nerveuse, même manière de faire monter la pression jusqu'à l'évidence, le même goût pour le riff qui sert le texte plutôt que l'inverse. Ici, pas de pose, pas de vernis. Les mots sont en français, ciselés, mais jamais littéraires pour faire joli, ils partent d'un endroit intérieur, d'une colère lucide, puis la poésie arrive comme une lame bien tenue. Lomla parle de maintenant : post-vérité, anesthésie médiatique, mirages du capitalisme, besoin de résistance et de lien. Pourtant, le disque n'a rien d'un tract. L'impact vient justement de cette nuance dont Séb parle, chacun peut y projeter sa propre lecture.

Musicalement, Benidorm cultive un attachement très net aux années 90. Pas par manque de modernité, plutôt par fidélité. Le son a un petit côté désuet, au bon sens du terme : des guitares denses, organiques, une basse qui ancre, une batterie qui cogne sans tricher, une production qui préfère la matière à la brillance. On est sur un rock comme on en faisait, pas tiède, pas cynique, et suffisamment rugueux pour garder les échardes. La comparaison est facile, mais elle est juste. Ça sonne comme une traversée, avec des titres qui montent, se défont, se reconstruisent, jusqu'au point où la tension devient presque physique. Les chœurs lorgnent peut-être un peu trop vers la pop comme sur "Tout ce que j'ai" qui joue un peu la facilité de la mélodie. Mais ce n'est qu'un faux pas. "Benidorm", le titre éponyme, rattrape le tir et prend le temps d'installer une tension sourde, presque en apnée, avant de grimper en intensité jusqu'au lâcher-prise final. Le texte vise les mirages, le vide et les faux décors du réel, avec une lucidité qui évite le slogan. Un morceau ample et hypnotique, qui reste en tête comme une inquiétude tenace.

Et puis il y a la scène, en filigrane de tout l'album. On sent que ces morceaux sont pensés pour la décharge, pour secouer et tendre la main dans le même mouvement. Benidorm ne promet pas de sauver qui que ce soit, mais il sait allumer des étincelles de conscience, et c'est déjà énorme. Lomla signe un disque brut et beau qui n'attend que la scène pour toucher son public.

Publié dans le Mag #70