Rock Rock > Lomla : Interview

Qui est Lomla ? (avril 2026)

Lomla, c'est l'histoire d'un projet qui bascule du "solo" au "à quatre" au moment d'entrer en studio, et qui trouve d'un coup son nom, son équilibre et sa colonne vertébrale. Seb et JB racontent une mécanique collective et de titres qui mutent parfois pendant des années avant de devenir évidents, comme "Benidorm". Une interview où le "brut" et le "beau" se tiennent naturellement, avec en ligne de mire la même idée : secouer le public, partager l'émotion, et allumer quelques étincelles de conscience, histoire de "faire société".

Lomla À quel moment vous vous êtes dit : « OK, Lomla existe vraiment » ?
Quand on a voulu passer en studio pour enregistrer nos dernières compos. Jusqu'ici, c'était un projet "solo" nommé Sisco, mais nous jouions tous les quatre depuis un moment, et Lomla s'est imposé naturellement.

L'étincelle de départ, c'était plutôt une colère, une envie d'écrire, ou une envie de scène ?
C'était une envie de scène en premier, mais monter sur scène pour ne rien dire, c'était pas envisageable.Il fallait exprimer une colère qui était là.

Seb, quand tu écris, tu pars d'une phrase qui te hante, d'un riff, ou d'un thème ?
C'est plutôt un thème. C'est l'intensité du morceau que je suis en train d'écrire qui va plutôt diriger ce que j'ai envie de dire, mais ça vient du même endroit, de l'intérieur, c'est quand même lié.

Vos textes sont engagés. Comment vous gardez de la nuance sans perdre l'impact ?
À travers la poésie, c'est ce qui fait qu'on peut sublimer une émotion et ne pas la rendre bateau, et que chacun puisse se l'approprier comme il le sent.

Entre "brut" et "beau", vous cherchez l'équilibre... ou vous laissez ça venir sans calcul ?
C'est un vrai équilibre. Comme la musique brute et les paroles poétiques viennent du même endroit, l'équilibre est déjà là quand ça sort, il est naturel.

Concrètement, comment une démo arrive en répète et devient un morceau "à quatre" ?
Je compose des morceaux, mais à travers la maquette, je donne une direction musicale. Après, on se sert de cette énergie pour que chacun invente sa partie comme il a envie de l'exprimer, en se reconsultant les uns les autres au fil du travail sur l'intention de chaque moment de la chanson. Concrètement, la démo arrive par message audio sur notre messagerie interne Element.

Dans le groupe, c'est quoi la meilleure méthode pour trancher quand ça bloque ?
On essaye et on se trompe avec la proposition de l'un, de l'autre, et le choix devient naturel. Mais certains morceaux vivent de nombreux changements avant de se stabiliser.

Un titre qui a vraiment muté, au début il ressemblait à quoi ? Et à quoi il ressemble maintenant ?
La chanson "Benidorm", au début, ça ne ressemblait à rien. C'est trois pauvres accords en boucle avec une ritournelle. On l'a abandonnée plusieurs fois, on a mis presque cinq ans à la finaliser. Maintenant, c'est une de nos préférées avec une vraie progression en termes d'intensité.

En studio, vous êtes plutôt du genre à capturer l'instant ou à sculpter jusqu'à l'obsession ?
Si on parle du studio d'enregistrement, on essaye d'arriver suffisamment prêts et ce qu'on capture dans l'instant ressemble très fortement au produit final.

Vous avez des rôles naturels (le moteur, le gardien du groove, le chirurgien des arrangements, etc.), ou ça tourne ?
J'arrive avec les démos, David est le gardien du groove, et les arrangements se font à quatre avec des propositions de tous.

Sur scène, vous cherchez quoi ? La précision, la tension, ou le lâcher-prise total ?
La précision est le fruit du travail, la tension fait partie de notre ADN, mais sur scène on cherche avant tout le partage d'émotion avec le public.

Le public, vous aimez le prendre à la gorge... ou lui tendre la main ? (ou les deux dans le même morceau)
On cherche un peu à le secouer et aussi à partager avec lui, donc on lui tend la main aussi.

Votre "rock français" à vous, c'est quoi ? L'héritage que vous assumez, et celui que vous refusez ?
On a beaucoup écouté Bashung, Thiéfaine, Mano Solo, ou plus récemment Cachemire ou Last Train. Pour le reste, je propose une tarte à la crème. Bien sûr que nous sommes résolument contre les violences faites aux femmes (et aux minorités), alors certains noms du rock français ne sont naturellement plus cités. Heureusement, ce dernier ne se résume pas qu'à ça ni à ces groupes. On assume quand même d'avoir beaucoup écouté leur musique.

Si "Benidorm" était un trajet, on partirait d'où et on arriverait où à la fin de l'album ?
Globalement, on essaye d'allumer des bouts de conscience chez chaque auditeur en proposant une pensée hétérodoxe, en décalage avec ce que nous propose la société mainstream actuelle. Alors chacun arrive peut-être curieux, et repart avec une ou plusieurs réflexions. Nous, à travers ces réflexions, on apporte ce qu'on pense nécessaire pour faire société.

Merci au groupe et à Sissi.
Photo : Claire Boyer

Publié dans le Mag #70

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