Deuxième vie ? Les Liquid Bear sortent pourtant leur 1er album (après des EPs remarqués), un ensemble de neuf titres pour un trip d'une demi-heure dans leur monde dominé par le psychédélisme. Sur une solide base rock, le combo touche toujours un peu à tout (stoner pop, prog, math...) et bien que mélangeant allégrement les influences, l'ours liquide garde sa patte.
Tout commence avec une nouvelle couleur bien flashy, un rose pétant sur un bleu qui pique, à la cool dans son fauteuil, une entité nous regarde comme si nous étions une bête curieuse, non mais allo quoi ! Au moins le ton est donné, attendons-nous à l'inattendu ! Si on découpe chaque morceau, chaque mesure, on hallucine de voir autant de trouvailles et d'idées différentes, pour autant si on prend un peu de recul, l'album est totalement cohérent, rendu homogène par des sonorités travaillées (et un très bon mixage) et un chant qui adoucit les angles. Une voix protéiforme qui va encore surfer la vague Mars Red Sky quand elle se fait lancinante ("Second life") et qui doit plaire aux fans de Mike Patton quand elle ose prendre des chemins chelous balisés par un orgue Hammond ("Headless" que je t'invite à aller découvrir dans un clip bien découpé). Elle sait aussi s'énerver quand elle se fait porter par le rythme plus rock avec une énergie brute qui prend le pas sur le groove ("I lost my crown", "Daddy gets dizzy"). Rien à voir avec le mode crooner qui assure la moyenne ("All about you") et passe tout aussi crème que le reste grâce au renfort d'Eva de Grandma's Ashes. Musicalement, le grand écart se fait entre des nappes atmosphériques coulant sur des solos ralentis à la Gilmour et une profusion de notes hachées et si ça peut sembler être un beau bordel, encore une fois, l'ensemble se tient...
Disparates, les titres de Second life existent par eux-mêmes mais prennent une autre dimension quand ils sont considérés avec ceux qui les entourent, la somme de leurs différences créant une formule assez magique où Liquid Bear se conçoit comme un tout effaçant les limites de chacune des pistes.
Oli
Août 2025
Publié dans le Mag #64
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Estampillé stoner psychédélique avec leur premier EP Unwind en décembre 2018, Liquid Bear cherche à brouiller un peu son image avec cette nouvelle "petite" sortie (un 5 titres) qui, sans renier ses bases, va titiller d'autres sphères, que ce soit la pop, la prog ou pourquoi pas le grunge. Fort de ses expériences passées, Kostia R. Yordanoff (basse et chant) ayant joué avec Gaspard Kremer (claviers) et Adrien Rouyer (batterie) au sein d'Abaendon (mais également en solo tout comme le guitariste Ilya Franciosi), le groupe a réussi à créer des titres riches (et bien produits car ils assurent aussi bien les prises que le mixage) mélangeant les genres sans barrière pour se forger une identité aussi forte que le vert pétant de la plaque (coucou Bison Bisou).
La pesanteur de certains riffs, quelques effets de reverb sur le chant et un paquet de déchirements lancent l'EP, c'est "Goblin crusher" dont l'introduction n'est pas sans rappeler les premières heures d'Alice In Chains (d'ailleurs l'artwork présente un animal avec une photo saturée dans le vert/jaune, oui, ça me rappelle le Tripod), le clavier en mode orgue Hammond vient nuancer le tout mais c'est bel et bien à un des groupes phares du mouvement grunge que j'ai pensé en premier à l'écoute de Heavy grounds, le rythme et les sonorités ramènent le titre davantage dans les seventies (du côté de Deep Purple notamment). On reste dans ces années-là avec "The frog" et "Waiting to burst", bien plus nerveux et barrés, l'occasion de noter que le groupe fait bien de citer King Crimson dans ses inspirations, ces titres sont assez perchés, parfois difficiles à suivre dans leur construction mais finalement ça se tient grâce au chant clair de Kostia qui permet de nous raccrocher à une ligne directrice. Plus lent, "Billions of crabs" est dans l'ensemble plus pop, les sons sont moins (dis)tordus, les chœurs donnent de la profondeur et un certain cachet au morceau. Retour en terrain "stoner" avec les pédales fuzz à la fête pour un "Heavy ground" qui plaira aux amateurs de Mars Red Sky.
Le cul entre plein de chaises, Liquid Bear assume ses goûts, les amalgame et nous fabrique un truc vraiment sympa et assez hors du commun pour qu'il retienne toute notre attention.
Oli
Novembre 2021
Publié dans le Mag #46
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