Lilium - Felt 16 Horsepower : culte, Woven Hand : culte (bis)... les inconditionnels de folk bluesy et d'indie crépusculaire où l'épure et l'intensité ne font paradoxalement plus qu'une, connaissent forcément. Lilium, étrangement beaucoup moins, ce malgré l'apport du label Glitterhouse (16 Horsepower, Seachange...). Le petit monde de la musique indé est parsemé d'injustices. Et pourtant, ce projet initié par Pascal Humbert, ex-bassiste des entités citées plus haut, a au moins autant de classe que ces deux références du genre.
De "Right where you are" à "Believer", de "Mama bird" à "One bear with me", en passant par "Open", "Lily pool" ou "Miracle", Felt est de ces albums qui renvoient à l'intimité du folk en le drapant dans des instrumentations typées "americana", racées mais solennelles. Des mises à nu feutrées, un songwriting savamment dépouillé et une intensité émotionnelle sommes toutes naturelle, la musique du groupe explore les immensités arides et désolées du continent Nord-Américain, joue avec ses propres codes pour enfanter d'une oeuvre sobre et épurée de tout artifice superflu, sans le moindre compromis mais avec une classe à l'état pur. L'intégrité artistique est ici à ce prix.
On le ressent un peu plus à chaque nouveau morceau, Lilium est de ces projets qui derrière les apparats d'une œuvre en apparence (fausse) neurasthénique et nombriliste, recèle en son sein de véritables petites pépites, celles-ci nappées d'un folk ténébreux et lucide, des titres qui apparaissent comme de véritables hymnes à l'attention d'une certaine Amérique... De celle qui, loin de toute considération post-moderne et échappant de fait à toute considération mercantile, se découvre perchée tout en haut d'un canyon, le regard vaguement perdu dans le soleil couchant, simplement bercée par la musique d'un groupe qui a parfaitement saisi ce qui faisait l'essence d'un folk désenchanté et incomparable.