les_gens_pourvu_qu_il_me_laisse_le_temps.jpg L'humeur du temps semble être à cette préoccupation cancérigène qu'est le passage du temps, Aña en prend note avec Que le temps passe..., Les Gens s'en inquiètent avec Pourvu qu'il me laisse le temps. Une conséquence de ce souci métaphysique sur les années qui s'envolent, dans le sillon de Michel Houellebecq avec ses Particules élémentaires ou La possibilité d'une île ? Allez savoir, toujours est-il que la vie est trop courte pour la passer dans le silence...
Le silence parlons-en, Les Gens en font tout un chapitre par ailleurs, "Nos silences" coulent sous un tuba grondeur, un banjo cajôleur, et des paroles magiques à double sens : mon baiser du matin, ma migraine du soir, mes pieds froids l'air de rien, ma chaleur dans le noir. Les Gens chassent la grise mine avec douze titres bien ficelés, douze chapitres écrits à grand coups de pinceaux, et tout un orchestre éclectique, guitare, bouzouki, accordéon, trombone, harmonium, flûte et tuba se bousculent dans une harmonie joyeuse. Alors que les Rageous Gratoons se sont limités à une recette simple et efficace, Les Gens multiplient les approches sonores et utilisent tout ce qui passe à leur portée pour y sculpter le son.
Chansons douce-amères comme "À la porte", "Vélo lové" ou plus pressantes comme "Le quai" ou "Souffle au coeur", ce Pourvu qu'il me laisse le temps est plein de bonnes surprises, une contrebasse qui gondole, un rythme qui s'emballe, harmonies ondulantes et mélodies tachycardes. Mettre des poèmes en chanson est tombé quelque peu en désuètude, Georges Brassens s'y est essayé, Jean Ferrat ne sait faire que ça, mais Les Gens s'y frottent et s'en sortent à merveille, "L'évadé" se déroule sur un texte de Boris Vian; Pourvu qu'il m'en laisse le temps justement, de quoi se réconcilier avec les auteurs classiques.
Non content d'avoir douze titres excellents sur cet album, Les Gens y glissent en piste bonus une vidéo de treize minutes "Le temps de vivre" incluant un petit clip pour "L'évadé" et les prises studios pour "Dernier berceau".