Lenine Renaud Tu sais qu'un groupe s'appelle Sylvester Staline ?
Oui, j'ai déjà vu ce nom mais je ne connais pas leur musique. Il existe même des groupes qui s'appellent Dominique A et qui ne font pas du métal.

Le groupe existe depuis 2011, qu'avez-vous fait en 4 ans ?
Nous avons commis un album auto-produit en mai 2013 intelligemment nommé Mets tes faux cils deviens marteau, épuisé pour le moment en CD mais encore commandable en vinyle rouge certifié conforme par le politburo et avant cela un six titres promotionnel. Nous avons donc un répertoire con c'est quand ? Nous pouvons jouer facilement trois heures avec peu de reprises.

Derrière le jeu de mots Lenine Renaud, il y a une connotation politique, pourtant les textes ne sont pas très engagés...
Disons que notre engagement n'est pas frontal. Nous n'aimons pas le manichéisme. La tendance Nique ou Respect est quelque peu trop simpliste pour nous. Il ne nous semble pas indispensable de jouer les purs et durs, les redresseurs de torts divisant le monde entre ce qui est bien et ce qui est mal pour prétendre être des rebelles. Personne ne semble apprécier les généralités alors pourquoi attendre cela dans les chansons prétendument engagées. Une chanson comme "Victor Rodriguez" est assez parlante. Y'a du mal pour gueuler, y'a du monde pour se plaindre, mais quand il faut tracter, faire du porte à porte, assister à une réunion de quartier, y'a plus beaucoup de purs et durs.

Politiquement, le PC est mort, le FN n'a jamais été aussi fort, qu'est-ce qu'on peut faire ?
On dirait une question de valeurs actuelles... Peut-être commencer par aller voter. Le FN n'est pas si gros que ça, simplement ces sympathisants se déplacent. Chez les gens de gauche, on adore jouer les insatisfaits, considérer que les propositions ne sont pas assez ceci ou cela. C'est juste une posture à la con car quand tu questionnes les personnes, y'a pas grand monde qui a lu le programme et qui bouge son petit doigt.
« Mais tu m'fais marrer quand tu joue la lutte des classes
A la terrasse d'un bar branché loin de la crasse
Quand tu prétends que tous les combats sont bidons
Quelle belle excuse pour surtout pas te bouger l'fion »

Y'a un délire de WC Field que j'aime bien :
Combien sont-ils ?
-Des milliers
Combien sommes-nous ?
-Deux
Encerclons les !!!


Vous écrivez les textes ensemble ? Comment vous vous partagez le travail ?
C'est pas un partage. Cyril regarde dans mes affaires et je regarde dans les siennes.
On a confiance dans l'arbitrage de l'autre. Nous sommes nos propres regards extérieurs.

Et vous vous "battez" pour savoir qui chante certaines phrases ?
Non, sur les compositions et les arrangements il n'est pas trop pénible et je ne suis pas trop fatiguant.

Lénine Renaud - 6, rue Brûle Maison Vous vous considérez comme laïcs ou anticléricaux ? Ou alors l'humour est au-dessus de toutes les considérations ?
La laïcité n'est pas une conviction, c'est la condition pour le vivre ensemble.
Anticléricaux ? ça dépend de l'heure et avec qui. Je pense toutefois que la religion occupe bien trop de place dans l'espace public. Les religions ne savent pas rire. Considérer qu'un dieu, un saint, un prophète sont intouchables et que leurs prétendues déclarations sont indiscutables, c'est du fascisme. Un texte est fait pour être discuté, critiqué, analysé, sinon il ne sert à rien. Personne ne peut se satisfaire du « c'est comme ça pas autrement ». Toutes les grandes découvertes de la science sont au départ des actes de désobéissance. C'est en désobéissant à la prétendue parole divine que nous avons trouvé la plupart des remèdes contre les épidémies. Heureusement que des hommes combattent le fatalisme.

D'où vient cette passion commune pour les vaches ?
Nous sommes hindouistes...

Votre très lourd passé, c'est une chance ou un handicap ?
A toi de juger. Je ne comprends pas cette attitude très répandue qui considère que pour faire intelligent, faille faire chiant, ténébreux... Nous, nous assumons cette capacité que nous avons eu à faire marrer, danser une foule de personnes. A ce sujet, j'ai lu que Joe Strummer avait été hippy.

Musicalement, on trouve aussi bien des influences américaines que franchouillardes, quels sont les inspirateurs de ces ambiances ?
Zunatid Statouillard ça existe ? La country et le hard rock étaient très ringards pour les branchés jusqu'à ce que les Inrocks lèvent l'interdiction. Nous, on fait ce qu'on aime.
Motorhead, les Ramones m'ont donné les moyens de me rouler à terre, de beugler comme un âne, mais c'est la chanson qui m'a conscientisée et appris à dire je t'aime.
Le rock est bien plus franchouillard qu'on ne le croit. Qui promène le mythe de la grosse quéquette, du caïd qui sait boire... Tu parlais du FN juste avant, mais pendant longtemps avant que tous les programmateurs ne trouvent cela convenu, c'est aussi avec la chanson qu'on combattait. Nos influences sont multiples et changent chaque matin. Nous sommes curieux.

Vous avez signé chez Athome, pourquoi ce label ?
Parce que ce sont des personnes bien coiffées qui utilisent des mots qu'on comprend.
On ne se demande pas comment on doit les saluer, ni sur quoi on doit ou pas kiffer.