Laura Clauzel 1 Bonjour Laura, peux-tu nous rappeler rapidement ton parcours dans les grandes lignes ?
Pour aller vite, je dirais que je suis férue d'histoire et de littérature. J'ai donc fait des études allant dans ce sens. Parallèlement j'ai chanté dès mes vingt ans dans tous les lieux improbables pour gagner ma vie, en menant de front les cours Florent et L'école Auvray-Nauroy. J'ai fait pas mal d'aller-retours à New York notamment pour suivre des cours de danse chez Martha Graham. Depuis je travaille à la fois comme comédienne et chanteuse : concerts ou créations théâtrales/musicales. Et je me suis lancée dans l'écriture, la composition et la production de ma musique avec un premier EP Paria(h) et un deuxième Moan.

Est-ce que Laura Clauzel est un nom d'emprunt ou ton vrai nom ?
My real name.

Quel type de femme es-tu ?
Oups... Je serais bien incapable de me définir.

En tant que musicienne, quels sont tes références ?
Elles sont nombreuses, mais en ce moment mes mantras musicaux seraient Tom Waits, Agnès Obel, Abdullah Ibrahim, Tamino et toujours Debussy

Tu as sorti Moan, ton deuxième EP, en mai dernier. Il a été financé en partie par un crowdfunding réussi haut la main. Est-ce indispensable maintenant de se financer par ce biais, selon toi ?
Le modèle économique est effectivement très difficile dans la musique. Le revenu des streams et des ventes de CD est dérisoire par rapport à l'investissement mis dans un projet. Du coup comme beaucoup d'autres artistes, j'ai dû trouver d'autres moyens de financement tel que le crowdfunding.

Comment es-tu passé d'interprète à auteure-compositrice ?
J'ai interprété pendant une dizaine d'années les mots et les mélodies des autres . Un jour je me suis dit qu'il serait temps de défendre ma propre musique et de faire ce que j'aime vraiment.

Est-ce que cet EP est un aboutissement ? Juste une suite logique au premier ? Quel rôle a-t-il précisément ?
Je dirais que c'est une continuité. Moan et Paria(h) ne font qu'un. Dans Moan, je me suis juste autorisée à aller beaucoup plus loin dans la proposition musicale et artistique, à assumer d'avantage mon univers.

Combien de personnes t'ont entourée pour la réalisation de cet album ?
Je travaille avec Olivier Bostvironnois. J'écris et je produis; nous composons et réalisons ensemble. Pour ce qui concerne les musiciens. J'ai poursuivi ma collaboration musicale avec le batteur Sonny Troupé et le contrebassiste américain Alex Blake qui ont apporté leur groove. J'ai proposé également au trompettiste Franck Nicolas d'apporter sa touche sur deux morceaux : vous pouvez entendre son coquillage sur "Cursed tree". Enfin j'ai fait appel à Florence Hennequin, Boris Cacciaguerra et Claudine Christophe pour de magnifiques cordes, et toujours la voix basse, si singulière, de Maximilien Seweryn.

Est-ce que les textes des chansons ont un lien entre chacune d'elles ? Peux-tu nous en parler ?
Ces chansons sont des tableaux qui viennent décrire un sentiment, une situation, une révolte. Je m'inspire de l'état de notre monde, de ce qui se passe dans l'actualité contre laquelle je m'insurge souvent.
"Black death" c'est la métaphore des extrêmes droites et de leur surmédiatisation. Cela parle aussi de la société spectacle avec certains plateaux TV qui ne font que du buzz. Alors je raconte qu'elle approche sournoisement et qu'elle tente de nous convaincre par de fausses promesses et une haine bien malicieusement déguisée.
"The age" un morceau qui me tient très à cœur est conçu comme un opéra-complainte sur la figure de "l'homme orchestre" : autrement dit notre génération qu'on appelle souvent "slasher" ou "ubérisée" et qui cumule les emplois, les casquettes, souvent pour survivre, jusqu'à l'épuisement.
Et donc Moan c'est le gémissement de notre monde. Il n'est pas renoncement mais il invoque une plainte révoltée.

Est-ce que tes envies en tant que musicienne, c'est plutôt la scène ou se construire une discographie solide ?
A vrai dire les deux sont indissociables. J'ai encore plein d'envies et de projets d'enregistrements. Pour ce qui concerne la scène, c'est le lieu d'expression de toutes mes passions : le chant, le jeu et le geste chorégraphique. Donc je ne me vois pas m'arrêter tout de suite ! Il me reste beaucoup à dire .

Est-ce que ta carrière d'actrice t'as aidé dans ton parcours de musicienne ?
Je me sens avant tout comme une interprète, c'est-à-dire au service des mots et de la mélodie. Donc je pense que oui, définitivement le théâtre a eu un rôle essentiel.

Selon toi, c'est quoi le glam, la sensualité dans le domaine musical ?
J'aime le grain dans la voix. Le grain d'une Niagara, d'une Abbey Lincoln, d'une Aldous Harding, d'une Edith Piaf bien sûr, d'un Bashung, d'un Gil Scott-Heron, d'un Brel. Ce fameux grain qui te donne des frissons et qui rend la voix si singulière, si sensuelle. Et qu'importe les styles !

Laura Clauzel 2 Quel est ton timbre de voix féminine préférée ?
Frissons avec Nina Simone, Etta James et Janis Joplin

Ton icône féminine ?
Avoir des icônes, c'est le culte de la personnalité et je dois dire que c'est assez loin de moi. Cependant, j'ai beaucoup d'admiration pour des femmes de combat. Cela pourrait être Delphine Seyrig, Marlène Dietrich, Rosa Parks, Christiane Taubira.

La journée type de Laura Clauzel, c'est quoi ?
Je n'ai aucune journée type et heureusement, cela m'angoisserait ! Elles sont toutes différentes en fonction de mes projets et de leurs étapes d'avancement .

Un petit mot sur la suite ?
Je donnerai une série de concerts à la rentrée et notamment une grosse date à Paris début octobre. Et je tourne bientôt mon prochain clip "Echo" qui sortira dans la même période. Que du bonheur ! Ce clip est réalisé par Mathieu Mullier-Griffiths et j'espère qu'il connaîtra le même destin que "Golden boy ", sélectionné par les Independent Music Awards de New York.

Comment te vois-tu dans 10 ans ?
J'ai la certitude que Donald Trump ne sera plus président des Etats-Unis. Et ça, ça soulage. Pour le reste, je me verrai bien sur des scènes internationales, ici et ailleurs.

Merci !
Merci beaucoup et bonne continuation !