Kwoon - When the flowers were singing Il y a des fois où recevoir et découvrir un album dont on n'attendait pas nécessairement monts et merveilles relèverait presque de l'enchantement. Si Tales and dreams, premier album de Kwoon s'était révélé quelque peu inachevé malgré son cortège de critiques toutes plus élogieuses les unes que les autres et un sens de l'esthétisme déjà évident (voir le petit bijou d'animation qu'est le clip d"I lived on the moon"), When the flowers were singing, deuxième opus du projet, relègue loin, très loin, les quelques réserves émises à propos de son prédécesseur. Pourtant Kwoon n'a pas fondamentalement changé, il a évolué, grandit, gagné en maturité et... est devenu un "collectif" à part entière, toujours initié par Sandy (auteur/compositeur du premier album) mais gravitant désormais autours des destinés de cinq musiciens. Le résultat n'en est que plus éclatant.
Navigant toujours dans des sphères célestes voisines du son post-rock/pop intimiste de Sigur Ros, Kwoon éclabousse désormais de toute sa classe des compositions traversées par de part en part d'entrelacs mélodiques et autres harmonies satinées. On est alors transporté dans un autre monde, une alternative idyllique à notre réalité, une dimension parallèle dans laquelle tous nos sens sont mis en éveil, soumis à l'écoute des friandises post-pop distillées par ces petits frenchies qui trouveraient certainement une plus large audience du côté des royaume du Nord. Difficile pour le groupe d'être prophète en son pays même si, de l'"Ouverture" inaugurale jusqu'à "Ayron Norya" (auquel on ajoute une "ghost track"), en passant par l'électrique "Great escape" ou le plus minimaliste "Frozen bird", Kwoon dévoile une musique onirique, traversant des territoires glacés balayés par cette douce poésie intimiste dont ils se sont faits les messagers depuis leurs premiers pas discographiques. Euphorisant.
Des arrangements feutrés, cordes enjôleuses, arpèges mutins, mélodies serties de petites trouvailles mélodiques et autres voix placées ici en écho à la trame harmonique choisie par le groupe, tout dans When the flowers are singing aspire à l'évasion sensorielle, la quête d'un absolu musical que le groupe tutoie à maintes et maintes reprises sans se départir d'une délicatesse infinie. Car avec cet album, Kwoon effleure l'âme de son auditeur avec retenue, sans fausse pudeur, à la manière d'un Radiohead ("Memories of a commander"), épousant des contours musicaux toujours plus fouillés, toujours mieux esquissés ("Back from the deep", l'éponyme "When the flowers..."), pour un résultat dépassant de très loin l'intensité émotionnelle de Tales & dreams. Là où nombreux sont ceux qui auraient opté pour la surenchère, le groupe a décidé de poursuivre dans une voix plus intime, certes risquée de par sa mise à nue musicale, mais mille fois plus riche en détails. D'ailleurs, "Schizophrenic" en atteste, laissant entrevoir ce qu'aurait pu être cet album si ces géniteurs avaient décidé de s'engager dans les voies déjà bien encombrées d'un post-rock évanescent, crescendo électrique à l'appui, pour un résultat qui ne lui sied pas tant que ça... Car il faut bien l'admettre, Kwoon n'est jamais aussi brillant que lorsqu'il s'abandonne dans des compositions de la trempe de "Labyrinth of Wrinch" (avec l'apport d'une voix féminine signé Mia, échappée de Satine le temps d'un morceau) ou d'"Ayron Noria", ultime rêverie qui conclue de fort belle manière un album clairement très classe...