Kokoon - EP Notre première incursion dans l'univers musical et onirique de Kokoon (à ne pas confondre avec Cocoon) avait eu lieu au détour d'une petite démo 3 titres qui déjà, laissait entrevoir de belles choses de la part de cette formation pratiquant un rock orchestral à la fois élégant et sophistiqué. A l'heure de leur premier EP "officiel", les Kokoon doivent déjà mesurer le chemin parcouru depuis leurs débuts. La meilleure preuve étant d'inclure des morceaux de la toute première démo dans cet effort pour montrer à quelle point l'évolution est étonnante. Ainsi, on retrouve "Le temps d'y penser" et "Illusions" qui font de fait... un peu pâle figure désormais à côté des nouveaux titres composés par le groupe. Et pour cause, dès "Shyma", les Kokoon nous emmènent dans un monde qui n'appartient qu'à eux. Arrangements à cordes envoûtants domptant un esprit ouvertement rock, ce premier titre, hybride, est à la fois puissant, mélodieux et titille notre imaginaire.
Chimérique, la musique du groupe nous fait voir le monde en bleu "Indigo" en se laissant emporter par un spoken word acide et des harmonies langoureuses, ces "nuages sous les yeux, ce coton dans la gorge, l'héroïne de songes sous ecstasy" qu'évoquent ici les Kokoon marquent les esprits par leur noirceur, pendant que les instrumentations semblent nous plonger dans un véritable cocon post-classique. L'identité du groupe est originale, son approche artistique ne souffre d'aucun complexe et ce premier EP ne fait qu'en démontrer l'évidence. Choeurs enchanteurs, cris rageurs qui accentuent ce sentiment d'oppression, "Indigo" est une pépite torturée qui trouve son prolongement naturel sur l'interlude sans titre que l'on découvre sur la quatrième piste du disque. Kokoon était alors sur la bonne voie... comment peut-on alors expliquer le fiasco "Carpe diem" (mièvre, naïf et curieusement poussif...), sinon en disant que le groupe tente différentes choses sur son EP et qu'il peut également se rater parfois.
Une erreur de parcours rapidement rattrapée sur un "Trois petits points...", que le groupe dévoile avec un sens plutôt aiguisé de la dramaturgie. Progressions parfaitement orchestrées, écriture inspirée et une violence sous-jacente contenue qui ne demande à éclater au grand jour, les franciliens vont au bout de leur concept, proposant par là-même, quelque chose qui sort un peu de l'ordinaire. La prise de risques inconsidérés sans résultat probant, c'est inutile, mais concilier les deux démontre que les Kokoon sont parvenus à conjuger ici désirs artistiques, maturité et talent. La démonstration factuelle avec le magnifique "Open bliss". Véritable ode contemplative portée par des cordes distillant des mélodies voluptueuses, cette huitième et dernière piste audio conclue l'EP sur une note de douceur évanescente et satinée.