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King Buzzo / Chronique LP > Gift of sacrifice

King Buzzo - Gift of Sacrifice Membre fondateur des Melvins, Buzz Osbourne alias King Buzzo a sorti le 14 aout un second album solo : Gift of sacrifice. Assurant déjà guitare et chant, il est complété sur ce projet par le bassiste Trevor Dunn (ex-Mr Bungle, Fantômas). L'album parait sur le label Ipecac Recordings fondé par Mike Patton (Faith No More, Fantômas, Tomahawk, Dead Cross, ex-Mr Bungle). Le rendez-vous semble donc prometteur.

Les Melvins auraient pu signer Gift of sacrifice. L'intention et la démarche artistique sont en bien des points similaires. L'expérience des sonorités qui pousse les musiciens à sortir des chemins de la mélodie traditionnelle en est un bon exemple. La voix du chanteur peignant le glauque dans une dimension théâtrale en est un autre. Mais en marge de son travail avec sa vieille formation, c'est ici une approche plus dépouillée qui est favorisé sur un terrain acoustique. Guitares sèches et violons se complètent idéalement sur l'introduction de "Housing, luxury, energy" pour que l'auditeur puisse entrevoir la beauté dans la noirceur. Le chanteur impose dans la foulée son chant charismatique alternant chuchotements et envolées lyriques. L'univers du morceau est bordé de folie. Un aspect qui semble encore se creuser sur "I'm glad I could help out". Plutôt minimaliste dans la composition, le titre rapidement consommé fait encore ressortir tout l'expression qui passe par le chant. Troublant, "Junkie Jesus" vient s'inscrire en pur essai d'art contemporain. "Science in modern america" est un plongeon dans une peinture sombre qui finit sur des sons aussi étranges qu'inquiétants. Tout en restant dans une approche expérimentale, "Mock she" est plus classique rock. Trevor Dunn se chargera bien sûr de me faire mentir sur plusieurs parenthèses instrumentales. La fin de Gift of sacrifice se fait dans le chaos avec "Acoustic junkie" qui a de larges airs de performance.

Ce second album de King Buzzo est fidèle au musicien qu'il est. C'est une œuvre complète qui dégouline d'une suie aussi noire qu'aride. C'est certes pas très vendeur comme vitrine mais Gift of sacrifice a le mérite de ne pas se présenter comme un fast food. Plusieurs écoutes attentives font prendre tout la mesure de l'ivresse proposée. A défaut de plaire à tous, King Buzzo est un chercheur qui pousse les limites de la musique avec une véritable identité dans ses créations. Une authenticité qui ne frémit pas avec le temps.

Publié dans le Mag #46

King Buzzo / Chronique LP > This machine kills artists

King Buzzo - This machine kills artists Même si le musicien avait déjà commis plusieurs infidélités avec d'autres projets comme Fantomas, The Venomous Concept, à mon humble connaissance, c'est la première incartade solo de Buzz Osborne des (The) Melvins qui débarque avec un album acoustique sous l'alias de King Buzzo ... Et à vrai dire, rien de surprenant musicalement tant l'album porte la patte du leader des (The) Melvins jusqu'au bout des ongles. Même la laideur coutumière des pochettes du trio de Seattle est présente... C'est dire si on est en terrain connu.

En dépit de sa durée conséquente de ¾ d'heure et de son aspect brut de décoffrage, This machine kills artists distille des atouts assez immédiats, la qualité des compositions étant indéniable et saute rapidement aux oreilles. Les influences classic-rock de Buzz sont d'autant plus palpables quand le musicien ne se cache pas derrière des palettes de décibels et ses inénarrables compères de boucan. "Dark brown teeth" est une excellente entrée en matière et les 17 morceaux défilent sans que l'on ait vraiment à redire : le propos est parfois agressif, parfois plus vaporeux, parfois nettement plus pop dans son attaque et la lassitude ne pointe pas son nez. Les ritournelles alternatives de King Buzzo s'avèrent addictives autant sur le court-terme que le long-terme et la sensation de reviens-y est assez tenace. A l'instar de la première gorgée de pinte, il n'est pas impossible que tu aies envie d'enchainer avec une seconde écoute qui te donnera probablement envie de creuser encore un peu plus.

Avec cette dernière sortie et The Unsemble, le projet expé' de Duane Denison de The Jesus Lizard et Tomahawk, Ipecac (Mugison, Goon Moon...) semble actuellement miser sur les musiciens "valeurs sures" de son roster : grand bien leur en fasse, c'est toujours de la boulette. Quant à Buzz Osborne, après un Tres Cabrones tout à fait honnête avec (The) Melvins, This machine kills artists confirme l'excellente santé artistique du musicien à la coupe de cheveux désormais totalement grisonnante mais aux idées toujours aussi grisantes.