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Killing Joke / Chronique LP > Magna invocatio

Jaz Coleman - Magna invocatio Le leader des cultes Killing Joke a enfin accouché de son projet fou, laisser parler ses envies de diriger un orchestre symphonique ! Jaz Coleman n'est donc pas seul sur ce double album car il a une armée de musiciens devant lui et pas n'importe lesquels car il s'agit de l'orchestre philarmonique de Saint-Petersbourg, ils suivent à la baguette son gigantesque travail pour transformer des morceaux froids et binaires en œuvres presque classiques. Pas à court de mégalomanie, le lascar a sous-titré Magna invocatio : "A gnostic mass for choir and orchestra inspired by the sublime music of Killing Joke". On peut ergoter sur le sublime car au départ tout n'est pas exceptionnel chez son groupe, par contre, oui, c'est une masse (double album) et oui, c'est juste "inspiré" car on a parfois du mal à retrouver quels sont les titres initiaux sans jeter un œil à la tracklist.

Sinon, ça vaut quoi ? Bonne question... Je suis incapable de critiquer de la musique "classique" quant à la technique et aux structures alors je me suis contenté des impressions et l'écoute des deux plaques est assez agréable, on est plongé dans un univers très cinématographique avec de belles envolées et des sons très chaleureux (raaaah, les violons). La binarité quasi industrielle de Killing Joke disparaît totalement, laissant place à de multiples instruments et de larges mouvements qui s'épanouissent dans un monde onirique et ouaté. Si tu écoutes cet OVNI en pensant connaître l'esprit de Jaz Coleman et y trouver une bonne dose de rock orchestral, tu pourrais être déçu, si par contre tu veux vivre une expérience sensorielle hors du commun, fonce.

Killing Joke / Chronique LP > The singles collection 1979-2012

Killing Joke - Singles collection Difficile de discuter de la pertinence d'une compilation rétrospective pour un groupe comme Killing Joke tant les Anglais semblent avoir subi des changements de line-up, des mutations musicales et donc des périodes différentes, avec en fil rouge la voix singulière du toujours dingue Jaz Coleman. Surtout que cette compil' en jette pas mal avec 2 CDs retraçant la courbe de progression du groupe et un disque de raretés à l'intérêt, disons-le tout de suite assez variable mais variable ne veut pas dire négligeable. Et puis, commentaires de vieux con, il faut bien mâcher le boulot à nos petits jeunes avides de zapping et de téléchargements itunes.

Qui dit singles compilation, dit sélections de morceaux les plus bankables (si on peut utiliser ce terme pour Killing Joke...) par leur label et/ou par le groupe donc pas forcément ce qu'ils ont fait de plus notables artistiquement mais au moins les plus immédiatement accrocheurs et de ce coté-là, c'est une réussite saisissante. C'est pied au plancher que commence le CD 1 avec une série de pistes à l'identité post-punk ancrée. La parenté (ou l'influence...), durant les premiers titres, avec le Rattus norvegicus d'un The Stranglers semble indéniable. Un titre comme" Chop-chop" confirme l'aura du groupe sur tout un pan de la musique actuelle avec une piste que les Bloc Party ont (in)volontairement singé/digressé une bonne quinzaine de fois. Les classiques s'enfilent sans peine, la prod' a bien sûr vieilli, la musique est datée mais la qualité du propos est indéniable et elle s'avale goulument. Le constat est nettement moins enthousiaste avec la suite du CD qui s'attaque à la période new-wave : quelques pistes ("Eighties", "Let's all go to the fire dances") font plaisir à réentendre, d'autres piquent littéralement aux oreilles et l'impression d'entendre un pot pourri de Duran Duran et Depeche Mode se fait drôlement tenace. Pour les fans en colère, les menaces de mort, c'est par là. La fesse droite s'il te plaît.

Le CD 2, c'est une autre paire de manches. De la beauté cryogénisée de "The beautiful is dead", à la basse vrombissante de "Money is not our god" à la dynamique martiale d'"Exorcism", ici il n'y a rien à jeter. L'intérêt de la rétrospective ne réside pas seulement dans l'évolution stylistique du groupe mais aussi dans les expérimentations vocales ("Exorcism" notamment) de M. Coleman, s'éloignant de plus en plus de la sobriété des débuts post-punk, et quand on parle de sobriété, c'est aussi extra-musicale hein...
Parmi toutes les mues évoquées, on passera sur l'horrible et mielleux "Jana", force est de constater que celles post-split trouvent le plus d'échos dans mes oreilles réfractaires aux 80's, avec notamment un album éponyme où officiait un certain Dave Grohl (Nirvana,Foo Fighters, Probot...) à la batterie. Les titres "Loose cannon" et "Seeing red" nous rappellent à quel point cet album avait marqué l'année 2003. D'autant plus qu'ils ne sont pas loin d'être les titres les plus faiblards de l'album. Un brulôt d'indus pillonné comme "Asteroid" aurait largement pu y trouver sa place également.

Le CD 3 quant à lui est somme toute plaisant à découvrir au moins une fois, ne serait-ce que pour les inédits issus de B.O diverses (Mortal Kombat, Showgirls... ). Reste qu'on y reviendra pas aussi systématiquement que les deux premiers disques. Reste (bis); qu'on a là du beau boulot d'archivages et si Killing Joke t'es étranger, cette compilation semble être l'objet adéquat au possible pour commencer à t'engouffrer dans leur longue discographie. Tu pourras rapidement identifier quels Killing Joke (parce qu'il y en a définitivement plusieurs) t'intéressent le plus.