Kerretta - Saansilo En Nouvelle-Zélande, "on" a la religion, qui se joue à 15 et avec un ballon ovale, des paysages incroyables de diversité ET une exception post-noise-rock métallique de premier choix : Kerretta (d'accord il y a aussi les excellents Jakob...). Vilayer, le premier album des kiwis leur avait permis de débarquer sur le vieux continent il y a près d'un an et demi de cela, Saansilo, leur nouvel opus va assurément leur faire transformer l'essai inaugural... ne serait-ce qu'au détour des sept bombes à fragmentation livrées par le label Golden Antenna Records (Daturah, From Monument to Masses, Ira, Maserati) dans un très beau "super heavy cardboard sleeve" imitation mini-vinyle. Un objet particulièrement soigné pour un album qui ne l'est pas moins ; et c'est "A ways to surprise" qui se charge d'en apporter les premiers éléments de confirmation : le riff de guitare tourne en boucle, gimmick d'une rare efficacité pendant que derrière, le groupe bétonne déjà son sujet, entre les accents électriques qui convolent en juste noce aux côtés d'une batterie qui cadence l'ensemble avec une précision diabolique.

Un premier titre en forme de coup de maître et une mise en orbite d'une effroyable efficacité, Kerretta fait l'étalage de toute sa classe en distillant son détonnant cocktail de post-rock abrasif, de noise incandescente et de metal alternatif instrumental, pour un résultat à la limite de l'orgasmique ("Halls to wherever"). Les guitares se font à la fois volubiles et tortueuses, le groupe développe un agrégat musical aux fluctuations intenses, aux climats changeants réservant quelques sommets de post-rock affolant de maîtrise technique. Du point de vue du songwriting, Saansilo, c'est pas mal aussi, pas uniquement un exercice de style formellement brillant mais vide de sens donc, c'est également une véritable leçon de songwriting aussi labyrinthique que fascinant ("Bloodlines" et son final ébouriffant, "By the throats" et ses geysers électriques éteints par une rythmique fracassante). "Shepherds thread" dépose ses petites touches mélodiques sur un socle post-rock catchy, appuyé par quelques riffs qui dévorent la bande magnétique avant de faire cracher les décibels sur un final des plus explosifs. Quant à "Kept from the brilliance of the outer world", il prend tout son temps pour faire languir l'auditeur pour mieux le clouer sur place à coups de déferlantes post-métalliques instrumentales surpuissantes, avant que "Onyxia" ne vienne épiloguer sur un final à la violence éruptive prégnante et aux ultimes poussées de fièvre particulièrement dantesques. Deux derniers titres pour confirmer ce que l'on pressentait déjà après l'écoute du premier album du groupe, à savoir que Kerretta fait assurément partie des futurs grands s'il ne l'est pas déjà.