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The Inspector Cluzo - We the people of the soil Enquête en territoire musical

À peine les forces de l'ordre sillonnaient-elles le quartier et alors que le rapport du médecin légiste était loin d'être établi, la rumeur enflait déjà, via quelques fuites dans la presse. Les nouvelles vont vite depuis l'avènement de tous ces gadgets électroniques auprès du grand public. Il semblerait que la personne décédée -trouvée ce matin par un groupe de promeneurs- à proximité du Pavillon Rouge situé dans le parc de la Zone Libre, à l'intersection de l'avenue de Verdun et de l'allée Santa Cruz, ne le soit pas suite à un suicide. Si tel n'est pas le cas, répondant à une logique de réflexion binaire, il ne reste plus que la piste du meurtre. La mort accidentelle apparaissant vraiment improbable étant données les circonstances. Et ça, l'Inspecteur Cluzo allait devoir le démontrer...

Effectivement, si la superstar du rock avait déjà fait parler d'elle par des accoutrements et des attitudes provocantes, si elle avait déjà fait part de ses états d'âmes lors de plusieurs interviews -elle aurait voulu être mannequin ou vedette du porn, en tout cas, un rôle qui assure d'être en première ligne-, il y avait un détail qui intriguait le responsable de l'enquête : outre l'absence de lettre ou de communiqué motivant l'éventuel passage à l'acte -certes, on dirait que la victime soit passée de vie à trépas suite à une forte absorption de multiples substances illicites-, outre le fait que le mort ne présente a priori aucune blessure ni trace de lutte ou de combat, c'est la présence de ce monosourcil, outrageusement factice et mal appliqué, qui interpelle. Comme s'il s'agissait de la marque d'une tierce personne ou tout du moins que quelqu'un s'est trouvé à proximité du corps et n'aurait pas dû y être.

Sans attendre la levée du corps et la classique première visite à la morgue dans les heures qui suivent, l'Inspecteur, n'écoutant que son sixième sens, se dit qu'effectuer des recherches pour savoir si une telle agglomération de poils avait déjà été placée, de la sorte, sur le visage d'un macchabée, ou toute autre partie de l'enveloppe charnelle, serait une bonne chose. Et pour y parvenir, qui mieux que son assistant(e) androgyne de toujours : Justin(e). Une mémoire infaillible, toujours alerte et souriant(e), mais aussi un agenda rempli de relations parmi les différents services de renseignement et de police. D'autant plus qu'arrivé début novembre, le crime ferait bien d'être élucidé avant la fin de l'année. De nouvelles coupes budgétaires dans les moyens humains sont prévues dès le début de l'an prochain. L'attribution de crédits massifs aux divers attirails technologiques (outils de surveillance, drones plus ou moins autonomes, armements sans cesse renouvelés, fichages électroniques) parviennent à faire penser à l'Inspecteur Cluzo -35 ans de bons et loyaux services, toujours disponible auprès des autorités politiques de quelque bord qu'elles soient et, cela va sans dire, pas le genre à compter ses heures- que, définitivement, cette course en avant nous amène vers la fin de la société telle que nous la connaissons. En peu de mots, les jours sont comptés pour faire d'un assassin actuellement en cavale un taulard, à moins qu'il ne soit déjà derrière les barreaux.

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Zone Libre - PolyUrbaine C'est justement par ce biais-là que Cluzo demande à Justin(e) (qui se permet des aventures autant en compagnie de Mary Slut que de Nicolas Dick) d'investiguer : se rapprocher des affaires passées ainsi que de l'administration pénitentiaire. Pendant ce temps, Cluzo -fidèle à ses méthodes parfois qualifiées de « vestiges du passé »- mènera lui-même les interrogatoires. À commencer par les promeneurs ayant trouvé la dépouille du malheureux. Ceci avant de s'intéresser aux musiciens désormais sans leader ainsi qu'aux membres du groupe ayant assuré la première partie : Passion Armée, ça ne s'invente pas. Puis, enfin, de passer au crible les équipes de techniciens et d'organisateurs de la soirée.
Comme il le supposait, le trio se baladant à l'aurore -La Canaille, La Plume et L'Oiseau Mort- n'avait rien de substantiel à raconter si ce n'est qu'ils avaient quitté La Bande à Kaader (les inséparables Junior Cony, La Calcine, La Twal, Le Noyau Dur et Le Singe Blanc, à l'esprit du clan fortement soudé) après une nuit blanche à l'autre bout de la ville et, vers 6h30, découvraient le corps inanimé du chanteur, déjà mort. Il ne leur restait plus qu'à prévenir les secours qui débarquèrent avec les premiers policiers. Le trio habitant dans le même quartier de Kobayes (rebaptisé ainsi depuis que celui de Klone ait été brièvement rénové par une nouvelle municipalité) avait préféré passer par le Parc de la Zone Libre plutôt que d'effectuer un grand détour par le boulevard du dernier rempart. Suite à ses déclarations, le trio fut vite libéré.
Si, à première vue, ce serait étonnant que ce soit un musicien qui soit le responsable de la disparition de la vedette, l'inspecteur n'exclut pourtant pas cette piste. Dans toute vie semi-collective, des tensions peuvent apparaître, pour quelque motif que ce soit. Certains, motivés par le profit ou la jalousie ou n'importe quel autre vil sentiment, seraient prêts à commettre l'irréparable... Les acolytes du défunt vivaient tous un véritable trauma avec la perte de celui qui les accompagnait depuis tant d'années. Et ils avaient tous un alibi en béton : après les concerts des deux groupes, ils ont partagé une partie de la nuit dans les loges. Tous ? Non, bien sûr. Celui qui allait finir dans les fourrés, à moitié dénudé, cet élément de postiche sur le front, et emporté par on ne sait quel produit avait quitté les locaux dans les minutes qui ont suivi la prestation. « Une vieille habitude, qu'il avait lui-même dénommé « Les 2 minutes de la haine » où il finissait d'exulter backstage, parfois à plusieurs dizaines de mètres de la scène » selon un membre de Passion Armée qui, nerveux, semblait bien en connaître assez au sujet de celui qui est désormais passé à la postérité. Sa situation s'aggrava lorsque l'enquêteur apprit qu'il avait quitté les lieux avant les autres musiciens.
« Je devais absolument rejoindre mon autre groupe pour une répétition ».
« Une répétition au milieu de la nuit ???? C'est pas banal ! » demanda, interloqué, l'inspecteur.
« Oui, mon batteur a des horaires particuliers de travail et on ne peut que se voir la nuit, soir de concert ou pas. Et là, il fallait absolument qu'on répète une dernière fois car on enregistre notre maxi dans 10 jours. C'est ça la vie d'artiste ! ».
« Et vous n'avez rien vu d'anormal, en partant ? »
« Non, c'est vrai qu'il pouvait y avoir quelqu'un de manquant mais dans la précipitation, je n'ai pas fait attention. »
Les propos semblant crédibles, couplés à l'ambiance plombée de ces entretiens, l'inspecteur consigna, à l'aide de son fidèle crayon, de vérifier les allégations de ce musicien. Néanmoins avant de le laisser filer, il indiqua à Sergent Garcia de le surveiller de près. Les autres musiciens sont libérés dans la foulée, aucun n'ayant un profil de grand prédateur.

Justin(e) - Treillères über alles L'heure tourne, c'est le début d'après-midi et Cluzo aimerait que son estomac sonne moins creux, en plus de prendre l'air. Le staff technique, enfermé dans les loges depuis des heures -la plupart ont dormi sur place, les autres sont revenus d'eux-même à l'annonce de la funeste nouvelle-, commence à s'impatienter. L'inspecteur leur passe commande de pizzas mais leur interdit de quitter le Pavillon Rouge. Les militaires présents les empêcheraient, de toute façon. Cluzo s'éclipse donc pour rejoindre le premier fast-food qu'il trouve, dénommé de façon pour le moins sarcastique « Le Massacre du Client de 15h00 ». Il n'est que 14h20, ouf.

Malgré les résultats de son dernier doppler (au moins une membrane présentait des signes de détérioration majeure), Cluzo ne peut s'empêcher de se nourrir d'aliments graisseux, sucrés et adipeux. Après avoir foulé l'entrée de l'établissement, il commande une formule qui lui sera rapidement livrée. En s'installant à une table, il remarque le revêtement au sol qui imite la présence de parpaings et la tapisserie murale celle de pavés. « Il doit y avoir une sérieuse maldonne » se dit-il mais sans pour autant chercher à en savoir plus. L'endroit n'incite à pas à finir debout sur le zinc. Alternativement, il croque dans son sandwich de chevreuil dont des morceaux de carne dépassent -à la saveur de pneu à peine dissimulée par quelques exhausteurs de goût- et picore dans sa barquette de frites de quoi se substanter. Coté boisson, Cluzo est un indéfectible consommateur de Tang. Il choisit toujours la saveur orange, questions de fidélité et d'ancienneté. Et l'échoppe où il a mis les pieds en propose, fort heureusement.

Après le premier repas succédant une nouvelle enquête, l'inspecteur effectue son petit rituel - on ne se refait pas après tant d'années dans le métier. À savoir sortir le petit magnéto qu'il a toujours dans sa poche intérieure gauche, tel un gri-gri, et le coller à son oreille afin d'écouter les consignes -presque des mots d'ordre- enregistrées auprès de Monsieur Toc (aucun élève n'a jamais su si il s'agissait de son vrai nom ou d'une couverture), enseignant émérite à la Haute École de Police, il y a près de 40 ans de cela. Une fois le simulacre de prière effectué, Cluzo range minutieusement l'appareil. Il règle la note en laissant un généreux pourboire et rejoint d'un pas pressé le parc.

amanda woodward : la decadence de la decadence Avant de retourner dans la salle de spectacle, l'enquêteur effectue un détour par la scène de crime. Si le corps a été enlevé par les services du légiste pour rejoindre le 10 Rue d'la Madeleine, un élément vient frapper la vue de Cluzo : le buisson fait de bois noirs passe pour être intact. Aucun corps étranger n'a pu le traverser verticalement ces dernières heures, la perfection de ses branchages et les nombreuses toiles d'araignées attestent de sa virginité. La piste criminelle se précise donc.

Le restant de la journée est consacré à interroger seul-à-seul et collectivement les roadies, techniciens, bénévoles, permanents de la salle et agents de sécurité. Voyant les gabarits de certains d'entre-eux, Cluzo leur met un peu plus la pression lors des interrogatoires, les soupçonnant d'avoir tenté de glisser le corps du malheureux sous le buisson. Mais à chaque fois, la présence ou l'absence de l'un ou l'autre est confirmée, les témoignages s'entrecroisent. Pour finir par exonérer de tout soupçon la totalité des équipes. Le chanteur paraît avoir quitté la salle à l'issue du concert, s'être évaporé dans la foulée sans que personne ne s'inquiète et être découverte au petit matin en voyage vers l'au-delà. L'argument qu'il ait une loge à lui seul et qu'elle soit accessible à la fois de l'intérieur (depuis un couloir) et de l'extérieur (depuis la cour) justifie que personne ne pouvait contrôler en permanence ses allées-et-venue. D'autant plus qu'il était adepte de ces escapades nocturnes selon les dires de l'ensemble de ses proches. Après une quinzaine d'heures d'activité sans discontinuer, laminé comme si il avait fait les trois huit, éreinté de naviguer en eaux troubles, Cluzo renvoie tout le monde chez soi -non sans avoir noté les coordonnées de chacun- et se dit que demain est un autre jour. Tout en ayant une lueur d'espoir en provenance de Justin(e).

Les journées suivantes se succèdent et se ressemblent à s'y méprendre : rien. Les filatures du mec de Passion Armée ne font que remplir des microfilms de photographies insignifiantes. Justin(e) est injoignable, chose souvent normale durant les premières 48 heures mais qui devient inquiétante lorsqu'on aborde le quatrième jour. Et durant ce laps de temps mort, la rubrique « Faits divers » de la presse quotidienne est en passe d'avoir cannibalisé le reste des autres rubriques. Sale temps pour l'inspecteur Cluzo qui ne peut plus compter sur Amanda Woodward ou Ed Mudshi pour filer des pistons. La première est partie faire du théâtre avec Les Louise Mitchels à l'autre bout de l'Europe et le second s'est accroché à une poutre il y a quelques années déjà - il était souvent très chafouin. Quant à l'Etrangleuse. si il n'y avait pas eu ce foutu pylône... C'est vrai qu'à l'époque, on les appelait la bande des 4. Mais c'est fini ce temps-là. Et la relève n'est pas à la hauteur.

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Aussitôt Mort - Montuenga + 6 Songs C'est au petit matin du cinquième jour après la macabre découverte que le médecin légiste, cet imperturbable Jean-Paul Trash, envoya des signaux à l'inspecteur Cluzo. Le médecin avait les résultats depuis deux jours mais débordé par d'autres affaires -notamment celle de la colonie de morses ayant fait manquer son atterrissage à un avion de tourisme sur le tarmac voisin- et ayant refait faire les analyses : la pâte ayant servi à coller le monosourcil sur la victime était un amalgame de goudron et de paraffine. Cela commençait à dire quelque-chose à l'officier de police et dans les instants qui suivirent, Justin(e) débarquait au bureau avec une sélection d'affaires -résolues ou non- de ces 30 dernières années. Justin(e) se souvenant précisément de l'Armée des 12, groupuscule dont on ignorait combien ils étaient réellement, qui commettait des délits toujours assortis d'une pointe humoristique. Le crime actuellement commis pourrait être l'oeuvre de l'un d'eux, mis à part que lors de leurs forfaits antérieurs, ils n'ont jamais tué quiconque. Mais ce mélange goudron/paraffine était pourtant leur marque de fabrique. Cluzo est tiraillé entre interroger à nouveau le musicien de Passion Armée et investiguer sur l'Armée des 12 mais lorsque le contenu du second rapport de la journée en provenance du 10 Rue d'la Madeleine arriva, il paru indiquer de nouveaux éclaircissements : le chanteur est mort d'avoir ingéré plusieurs capsules d'un mélange fort peu usuel : codéine, morphine et, élément aussi étrange qu'explosif, C4. On est bien loin d'un inoffensif placebo.

Le sang de Justin(e) et Cluzo ne fit qu'un tour et, tout en se demandant comment ils n'y avaient pas pensé plus tôt, semblent employer leur dernière cartouche et se mirent en rapport avec LA référence en matière de suivi des prisonniers, Monsieur Z -fort d'une incontestable aura-, puisque passer par les services de la pénitentiaire serait sans doute trop long. Celui-ci affirma que le potentiel coupable avait fini de purger sa peine depuis près de 2 ans et qu'il était désormais libre. Durant ses longues années de détention, il ne lui a pas été difficile de se renseigner sur les modus operandi de l'Armée des 12 et il n'est pas impossible qu'il ait voulu les imiter.

L'Homme Puma : On remplace les yeux cassés Cluzo, suivi par la fraction la plus endurcie du poste de police où il siège, se rendit immédiatement au domicile du coupable présumé. Avec sa taille -près de 2 mètres- et sa carrure impressionnante, le supposé criminel est facilement repérable depuis l'extérieur de la maison, une résidence pavillonnaire de plein-pied. Son observation à l'aide de jumelles le montre visiblement seul et, a priori, souffrir d'un torticoli -avantage à prendre en compte. Cluzo décide d'aller à sa rencontre alors qu'une quinzaine de subalternes se répartissent autour du bâtiment pour intercepter, si nécessaire, l'ennemi public.

L'inspecteur, avance doucement en direction de la maison dont la porte d'entrée, qui s'ouvre facilement, supporte une ancre factice. Tous ses sens aux aguets, Cluzo remarque rapidement un bruit d'eau s'écoulant en abondance. Redoutant qu'il s'agisse d'un piège, Cluzo préfère auparavant explorer les différentes pièces de la maison. Évoluant à pas feutrés à travers la cuisine -impeccablement rangée-, le salon -où un massicot paraît avoir été utilisé il y a peu- avant d'explorer les deux chambres -sur le lit de la seconde, des habits en vrac parmi lesquels un passe montagne intrigue Cluzo-, l'inspecteur est frappé par le calme du lieu. Se rapprochant de la salle de bain, Cluzo colla sa main gauche sur son holster pendant qu'il actionna la poignée de la porte avec l'autre. Simultanément, un filet d'eau commença à tracer son sillon sur le carrelage. Une fois la porte pleinement ouverte, les deux hommes se trouvèrent face à face, à quelques mètres d'intervalle. L'individu, debout dans la baignoire débordante d'eau, s'écria : « Non, je ne veux pas retourner en prison ! » et, en un éclair, porta à sa bouche une poignée de gélules, en ingurgita plusieurs et se laissa couler au fond du réceptacle en fonte. Cluzo, médusé, se précipita sur le suicidaire pour essayer de le sortir d'affaire... mais en vain. Malgré la tentative de l'homme de loi, le malotru est aussitôt mort. « Mort mort mort ! » répéta plusieurs fois Cluzo, comme s'il avait été mis en échec.

Il ne reste plus qu'à attendre l'autopsie du personnage et les conclusions de l'enquête mais il paraît évident qu'en agissant ainsi, le responsable du préjudice de samedi dernier soit bien l'homme-puma.

Biographie > La petite se fait re-belle

Justin(e) est un groupe punk rock tout droit venu de Nantes. Formé en 2002, le quintet devenu depuis 2007 quatuor balance un punk efficace influencé aussi bien par des pointures ricaines (Rancid, NoFx,...) que par nos gloires françaises comme les Rats ou PKRK. Le groupe enchaine les concerts (son terrain de prédilection), enregistre quelques démos, et une rencontre décisive avec Guerilla Poubelle va sceller l'avenir du groupe. Le groupe parisien branche les canaris pour enregistrer un premier album via Guerilla Asso et Crash Disques :

Du pareil au même est mis en boîte du coté de Nantes en décembre 2005. Depuis, les concerts s'enchaînent pour Justin(e) qui vient d'accoucher d'un deuxième disque qui sera dans les bacs en septembre prochain. Chouette...

Justin(e) / Chronique LP > d+/m-

d+/m- Putain, ce n'est pas trop tôt. Mais vous étiez où les gars ? Oh, je vous vois venir ! Des tournées (dont une avortée au bout de deux dates en Europe de l'Est à cause d'un sanglier qui taquine votre pare-choc), un concert baston au Hellfest en 2013, un split 10' avec vos potes de Santa Cruz, des projets annexes à foison (Maladroit, Poésie Zéro, Ultra Vomit), un studio à mettre en place par Fab (bassiste). Et alors ? Est-ce que cela mérite une absence discographique de trois longues années ?

Et maintenant, vous vous rendez compte dans quelle situation indélicate vous me mettez, Messieurs les Justin(e) ? Ce n'est pas que j'ai perdu la main (et l'oreille) avec votre discographie qui tient une belle place dans ma grande étagère, mais disons que j'avais un peu oublié, faute de nouveauté, que vous étiez terriblement efficace. Oh, on arrête de se marrer ! Vous savez très bien que dans le créneau du punk rock étiqueté Guerilla Asso chanté en français, c'est bien vous les meilleurs, et ce n'est pas nouveau. Et même si vous ne voulez pas froisser le patron, je n'ai que ça à dire : les boss, c'est vous ! Fallait pas nous coller D+/m- dans les mains (et donc les oreilles), bande de gros malins. Quinze titres aussi intelligents que divertissants, quinze titres toujours aussi efficaces et rentre dedans à la manière des gars de Treillières que vous êtes. Bon, si je peux me permettre, la production est un chouilla en dessous ce que vous avez pu nous proposer avec vos deux derniers albums, mais fallait bien que je trouve un truc à dire, sinon vous allez penser que je suis un fan. Quoi ? Je suis un fan ? Et alors ?

Et toi, Alexandre, tu n'en as donc pas fini de nous pondre des textes non dénués de sens et qui appellent à la réflexion ? Oh, les trois zicos, pas la peine de sourire, car je vais m'occuper de votre cas maintenant. Votre basse batterie est toujours aussi destructeur (Fab, tes lignes de basse, je les adore), et vos guitares n'en font pas des tonnes, jouant toujours à l'essentiel pour l'intérêt de l'ensemble. Mais non, ne rougissez pas, je pense vraiment à ce que je dis. Tous vos morceaux tiennent parfaitement la route, qu'ils soient dans un registre politico/sociétaire (« Le septième titre », « Au plaisir de vous décevoir ») et qu'ils empruntent un registre musicalement plus fun (« Deux ou trois rhinocéros », « Article 3 » ,« Viva World Cup » aux accentsUncommonmenfrommarsiens). Et vous me demandez si j'ai capté que ce disque se veut plus violent et plus direct que vos précédents disques ? Mais c'est qu'ils me prennent pour un abruti, ces Justin(e). Bien sûr, et ce n'est pas pour ça qu'il est moins bien, même si j'ai toujours aimé votre légèreté et votre magnifique sens de la dérision (que vous n'avez bien sur pas perdu). Alors, même si en colère, votre disque, je l'adore.

C'est pas tout ça, mais maintenant que vous avez fait les malins avec cet excellent D+/m-, il va falloir mettre un peu de gasoil dans votre van, remplir les flightcases, ressortir votre vieille carte Michelin ou votre GPS que vous n'avez pas mis à jour (vous ferez gaffe, les services de l'équipement ont construit un nouveau rond point juste après Paray-le-Monial sur la N79) et défendre ce disque en tournée. Ça vous apprendra !

Justin(e) / Chronique LP > Treillères über alles

Justin(e) - Treillères über alles Alors que l'enthousiasme du célébrissime Gui de Champi m'avait tout autant enveloppé lors de la découverte de Justin(e) et Du pareil au même, il faut avouer que j'ai eu du mal à le partager (l'enthousiasme, pas Gui de Champi, quoi que...) concernant l'Accident N°7, malgré des écoutes suivies, répétées plus que de raison, enfoncées au burin, martelées lourdement. Rien n'y faisait, cela tenait à un je ne sais quoi d'inexpliquable par les lois raisonnées de la physique mais la sortie de route semblait belle et bien réelle à mes oreilles.

C'est donc avec une certaine nonchalance accouplée à la vision des premiers flocons s'échouant sur le vélux de mon logis et redoublée du sentiment de ne pas trop y croire que l'index appuie sur "Play" après avoir laissé patienter le disque quelques heures dans la platine, plusieurs semaines après l'avoir récolté sur une distro d'une soirée bisontine, plus d'un an après sa sortie via l'improbable agrégation de Can I Say? Records, Guerilla Asso, Des Ciseaux Et Une Photocopieuse et le groupe lui-même via son asso.
Mais, instantanément les doutes partent en fumée, se volatilisent, bref, se désintègrent. En un éclair, on sait que c'est bon, très bon et même mieux : ultime. Voilà que les Nantais, à défaut de réinventer l'efficace recette de son punk-rock de base (mais pas basique) nous refont Du pareil au même mais en pas pareil, en mieux et en urgent, le tout sans incartade, toujours sur l'accélérateur, jamais sur le frein. Un tempo toujours à fond de cale, une salvatrice nervosité, une textuelle à la fois surréaliste, poétique, un brin anar' et dotée de second degré, la gestuelle précise et la manivelle à portée de main pour en découdre envers des supporters trop peu fervents. Ils évitent systématiquement la situation de hors-jeu, enchaînent boulets de canon sur tirs cadrés, donnent des leçons de fair-play à qui veut l'entendre, jouent de virtuosité à en faire pâlir Pelé et font entonner à leur public des refrains imparables. Tu auras sans nul doute compris que Justin(e) est toujours au sommet de son art et, faute de prolongation, qu'il n'y a absolument plus aucun moment à perdre avant de mettre la main sur Treillères über alles.

Justin(e) / Chronique LP > Accident n°7

Justin(e) - Accident n°7 Après l'excellente surprise suscitée par la sortie de leur premier album Du pareil au même, les coquines de Justin(e) se devaient de franchir une étape aussi importante que périlleuse : confirmer. Après une bonne tournée qui leur a fait visiter du pays, et une partie de chaise musicale (dixit ou plutôt exit Mr Jack),les Justin(e) ont repris les chemins du Drudenhaus Studio de Nantes pour mettre en boite Accident N°7. Et là, waaaaohhh, pouahhhh, grosse baffe ! Grosse grosse baffe !! Grosse grosse grosse baffe !!! Je pourrais continuer comme ça pendant longtemps, mais ça n'apporterait rien à cette chronique, et à coup sur, ça vous gonflerait. Tout ça pour dire, vous l'aurez compris, que ce deuxième album de Justin(e) est excellent. Pas seulement parce que les gaziers font référence au football ("Jean-Claude Suaudeau", l'excellent "Affreux, sales et méchants" et sa référence à Chris Waddle et Tony Vairelles, allez lens allez !). Pas juste en raison du livret ultra soigné du skeud. Non non non. Mais surtout parce que Justin(e) envoie le punk rock avec une grande classe. Pas de chichis, ça bourre, ça dénonce, ça cultive le bon goût, ça développe de vrais morceaux, bref, ça entretien le bon goût. Le premier album posait sur sillon les prémisses d'un groupe plein d'avenir, Accident N°7 marque un chapitre important dans l'histoire du punk rock français. Rien que ça. Car vous l'aurez compris, il va falloir sérieusement se carrer dans un bon coin du crâne l'idée qu'il va falloir désormais compter avec le quatuor Nantais qui, mine de rien, signe un disque plaisant, remuant, et sacrement intelligent. Intelligent dans sa façon de composer des morceaux dont le terme efficace prend toute sa valeur, des morceaux fichtrement bien foutus qui font remuer du popotin. Intelligent aussi dans les textes en français écrits en grande majorité par Alexandre qui font réfléchir avec un humour grinçant et des bon mots pour de sales maux, et ce sans tomber dans ce putain de piège de la démagogie. Rien à jeter dans ce disque qui, durant un peu plus de trente minutes, enfonce le clou et consacre ce putain de groupe.Mais Justin(e) s'en branle, ni gloire, ni fierté, rien à foutre, Justin(e) suit sa petite bonne femme de chemin et se place dans la belle famille du punk rock frenchy. Et s'il ne fallait n'en retenir qu'une, cruel dilemme, je citerais, sans chauvinisme aucun, "Vie de merde" avec la participation de Batbat des Vosgiens Diego Pallavas. Justin(e) n'a pas à rougir, elle va faire chavirer nos coeurs de rockers, la demoiselle va faire des ravages dans le pit et en complexer plus d'une. Bien fait !

Justin(e) / Chronique LP > Du pareil au même

Du pareil au même Autant vous le dire tout de suite, cette chronique de ce premier album de Justin(e) aurait dû figurer dans ces pages depuis quelques mois. Ok, cette galette n'est pas toute neuve, mais mieux vaut tard que jamais (on se rassure comme on peut, hein ?). Et pourtant, ça ne veut pas dire que je viens de me mettre entre les écoutilles ce disque punk rock qui déboite sévère. C'était pourtant mal barré. Quand j'ai reçu Du pareil au même, le nom de Justin(e) évoquait pour moi les petits protégés de Guerilla Poubelle, sensation dans le microcosme français du punk rock. Je ne suis pas un grand fanatique de GxP, alors tout de suite, un a priori aurait pu s'installer. Mais non, j'ai vite envoyé le skeud dans ma haute fidélité, et franchement, grosse baffe. Grosse grosse baffe. Chant en français, compos bétons, refrains efficaces, Justin(e), dès son premier effort longue durée, a déjà tout compris. Quatorze titres scandés totalement dans la langue de Molière, et une ribambelle de tubes. Le quatuor Nantais recycle avec un son moderne la grande tradition du punk rock français des années 80. L'esprit des groupes contestataires de la "grande époque" associé au chant à la limite de la saturation rend l'ensemble très attrayant, surtout que Justin(e) joue avec son temps bénéficiant d'une production des plus actuelles ; en ayant su digérer ses influences tant ricaines que frenchies. Le son est massif, les mélodies sont imparables et les textes largement compréhensibles à la première écoute (et ça, c'est vraiment un plus) oscillent entre sujets plus ou moins graves et cynisme à outrance presque hilarant. Justin(e) en veut, les quatre frappent un grand coup avec ce disque qui mérite une oreille (et un coup d'œil à l'artwork du livret impeccable.) Franchement, Justin(e) vient de foutre un sacré coup de pied dans la fourmilière et ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir compter avec eux dans l'avenir. Putain, mais quel con, pourquoi avoir tant attendu avant de vous parler d'eux ? Vive le rock burné, vive le punk rock efficace, vive les mélodies, vive les morceaux bien faits, vive Justin(e) !!!